vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102223 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP DUBOIS - MARRION- MOUROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juillet 2021 et le 12 juillet 2022, M. D G, représenté par Me Iochum, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy à lui verser la somme de 6 822,75 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, 4 000 euros au titre des souffrances endurées, 30 375 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
2°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le CHRU de Nancy a commis une faute de nature à engager sa responsabilité dans la mesure où l'option thérapeutique retenue n'était pas adaptée à sa pathologie ;
- il est fondé à solliciter le versement d'une somme de 6 822,75 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, de 4 000 euros au titre des souffrances endurées, de 30 375 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et de 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le CHRU de Nancy, représenté par Me Marrion, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) subsidiairement, à ce qu'une nouvelle expertise soit ordonnée ;
3°) plus subsidiairement, à ce que l'indemnisation soit limitée à 3 514,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 1 572 euros au titre des souffrances endurées et 16 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Il soutient que :
- aucune faute n'a été commise lors du choix de l'option thérapeutique ;
- il convient subsidiairement de nommer un nouvel expert ;
- l'indemnisation due au requérant ne saurait excéder les sommes de 3 514,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 1 572 euros au titre des souffrances endurées et de 16 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Dubois représentant le CHRU de Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 janvier 2009, à la suite d'une chute d'une hauteur de deux mètres, M. G, a été victime d'une fracture ouverte comminutive du pilon tibial gauche et d'une fracture transversale haute du péroné. Pris en charge par les services de l'hôpital Saint Charles de Toul, ces derniers ont procédé à un lavage de la plaie, une immobilisation en gouttière plâtrée, puis le lendemain, à un geste de stabilisation chirurgicale par ostéosynthèse avec plaque et vis. Les suites post-opératoires étant défavorables, M. G, a suivi des soins complémentaires au sein de l'hôpital Jeanne d'Arc de Dommartin-lès-Toul. En raison d'un retard de consolidation de la fracture sous-jacente, l'intéressé a finalement été pris en charge par le service ATOL du CHRU de Nancy où il est procédé à l'ablation du fixateur externe puis, le 16 novembre 2009, à l'enclouage trans-plantaire avec arthrodèse tibio-talienne. En raison de la persistance d'épisodes douloureux M. G a été confié à l'institut régional de réadaptation puis dans un service d'appareillage pour fabrication d'une chaussure orthopédique. Lors de la dernière consultation au sein du service ATOL, il a été constaté une évolution très favorable sans douleurs très importantes, compensée malheureusement par des épisodes douloureux sans mécanisme déclenchant. M. G a adressé, le 12 mai 2021, une demande d'indemnisation préalable au CHRU de Nancy, qui a rejeté sa demande. Par sa requête, M. G demande au tribunal de condamner le CHRU de Nancy à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la responsabilité du centre régional hospitalier universitaire de Nancy :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. M. G a été pris en charge au sein du service ATOL du CHRU de Nancy à partir du 25 août 2019. Dans un premier temps, il lui a été prescrit un scanner et une scintigraphie aux leucocytes marqués qui ont mis en évidence un bon cal osseux postérieur, épais de sept millimètres sur toute la largeur du tibia, sur la métaphyse tibiale avec une grosse perte de substance osseuse antérieure de cette métaphyse ainsi qu'une consolidation avec cal vicieux en valgus du péroné et un aspect tout à fait normal de l'articulation de la cheville. Après discussion en staff chirurgical, il a été décidé d'écarter l'option thérapeutique consistant dans une simple greffe osseuse et de procéder à un enclouage trans-plantaire avec arthrodèse tibio-talienne. Il résulte du rapport d'expertise établi par le Dr C, le 26 janvier 2021, que l'évolution de M. G, avant cette intervention, avait permis de constater le remplissage de la perte de substance osseuse par les produits d'alésage sans greffe complémentaire. Selon cet expert, la vascularisation locale était suffisante pour obtenir avec succès le comblement et la consolidation par une simple auto-greffe osseuse ce qui conduit l'expert à conclure que le choix retenu par le CHRU était excessif. Il résulte au contraire des expertises établies par le Dr B, le Pr E et le Dr A que le tabagisme important du requérant n'a pas suffisamment été pris en compte par le Dr C au moment de pratiquer son expertise et que le recours à un clou trans-plantaire avait pour avantage d'éviter un abord du foyer de fracture dans un contexte de fort tabagisme. L'état de l'instruction ne permet pas au tribunal de statuer sur la responsabilité du CHRU de Nancy à l'occasion de l'opération de M. G ni de définir la perte de chance qu'a pu constituer pour lui le recours éventuel à une technique opératoire inappropriée.
4. Par suite, il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale sur ces points et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Avant de statuer sur la requête, il sera procédé à une expertise confiée à un chirurgien orthopédique en présence du requérant, du CHRU de Nancy et de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme. L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 2 : L'expert aura pour mission :
1°) de prendre connaissance de l'entier dossier médical de M. G, de décrire son état de santé antérieur à l'intervention du 16 novembre 2009 et son état de santé postérieur, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;
2°) de décrire les différents actes chirurgicaux qui pouvaient être pratiqués le 16 novembre 2009 en précisant leurs avantages et leurs inconvénients et de préciser, au regard des données acquises de la science au jour de l'intervention, si la technique de l'enclouage trans-plantaire avec arthrodèse tibio-talienne pratiquée par le CHRU de Nancy était indiquée dans le cas du requérant ;
3°) dans l'hypothèse où une autre technique opératoire aurait dû être privilégiée par le CHRU de Nancy, d'analyser de façon détaillée et motivée la nature des fautes médicales, de soins, de choix thérapeutique, négligences, maladresses ou autres défaillances afin d'éclairer le Tribunal sur l'engagement, éventuel, de la responsabilité du CHRU de Nancy ;
4°) de préciser, le cas échéant, si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. G une chance d'échapper aux dommages ;
5°) de déterminer la réalité et, le cas échéant, l'ampleur et l'origine des dommages subis par M. G, en appréciant, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui y auraient concouru ;
6°) de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles d'éclairer le tribunal ;
Article 3 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Après avoir prêté serment, il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires dans le délai fixé par le président du tribunal dans la décision le désignant. Il en notifiera une copie à chacune des parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 5 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 6 : Tous droits, moyens et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, au centre hospitalier régional universitaire de Nancy, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et à l'expert.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Marini, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
Le rapporteur,
F. DurandLe président,
D. MartiLa greffière,
M. F
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2102223
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026