jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102312 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SCP NOIRJEAN - GIRARD - BOUDIBA - GANTOIS - GRAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juillet 2021, MM. Cyril et Ludovic A, représentés par Me Boudiba, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 50 000 euros chacun en réparation des préjudices que leur a causé le défaut de surveillance des services de l'Etat dans les geôles du tribunal de grande instance de Nancy ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute en négligeant la surveillance de M. E A, signalé comme étant vulnérable, qui s'est suicidé dans les geôles du tribunal de grande instance de Nancy ;
- l'Etat étant en charge de la sécurité morale et psychologique des personnes incarcérées, cette faute est de nature à engager sa responsabilité ;
- l'Etat doit être condamné à leur verser la somme de 50 000 euros chacun au titre de dommages et intérêts.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que le montant des prétentions soit ramené à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- aucune faute n'est imputable à l'administration pénitentiaire dès lors que le comportement de M. A ne laissait pas présager un passage à l'acte imminent et qu'elle a pris toute les mesures adéquates pour assurer sa surveillance ;
- le montant du préjudice demandé doit être ramené à de plus justes proportions.
M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.
M. B A a été admis partiellement (55%) au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 8 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Sousa Pereira, rapporteure publique,
- et les observations de M. B A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 18 décembre 2012, M. E A, frère des requérants, s'est suicidé dans les geôles du tribunal judiciaire de Nancy. Par un courrier reçu le 28 avril 2021, MM. A ont demandé au garde des sceaux, ministre de la justice de les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du défaut de surveillance ayant conduit au décès de leur frère. Cette demande a implicitement été rejetée. Les requérants demandent au tribunal de condamner l'Etat à les indemniser d'un préjudice qu'ils évaluent à la somme de 50 000 euros chacun.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. La responsabilité de l'Etat en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier sur les antécédents de l'intéressé, son comportement et son état de santé, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
3. M. E A a comparu à l'audience du tribunal correctionnel de Nancy, le 18 décembre 2012 et, à l'issue de cette audience, les membres de l'administration pénitentiaire chargés de son escorte l'ont accompagné dans les geôles du tribunal, entre 17 heures et 17h05, dans l'attente du délibéré. A 17h25, M. A a été découvert inconscient dans sa cellule et a été conduit à l'hôpital, où il est décédé de ses blessures le lendemain. L'intéressé s'est suicidé avec les bandes médicales entourant son poignet, lesquelles avaient été accrochées aux barreaux de sa cellule.
4. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment des motifs de l'ordonnance de non-lieu de la juge d'instruction du tribunal de grande instance de Metz du 7 août 2019, que les surveillants en charge de l'escorte avaient été informés des tendances suicidaires que M. A, déclaré comme un détenu nécessitant une attention accrue, manifestait régulièrement depuis son incarcération. Par ailleurs, alors que le chef d'escorte est tenu de définir les modalités de la surveillance du détenu, il ressort de la même décision de la juge d'instruction que les conditions d'escorte de M. A, telles qu'elles avaient initialement été définies par l'autorité de régulation et de planification des extractions judiciaires (ARPEJ), ont été modifiées par l'un des surveillants gradés, ce qui a entraîné une certaine incompréhension quant à la question de savoir qui était responsable de l'escorte et donnerait des directives relatives à la surveillance de M. A.
5. D'autre part, selon cette même ordonnance, il est d'usage de réaliser une surveillance visuelle des détenus dans leurs cellules toutes les 10 à 15 minutes, lorsqu'ils ne posent pas de difficultés. A l'inverse, lorsqu'un détenu présente une spécificité, notamment liée à des difficultés psychologiques entraînant des tentatives de suicides, il est recommandé au chef d'escorte de définir des modalités de surveillance accrue telle qu'une visite de la cellule toutes les cinq minutes. Or, en raison de la confusion résultant des conditions d'escorte mentionnées au point 4 ci-dessus, il résulte de l'instruction qu'aucune instruction en ce sens n'a été donnée aux membres de l'escorte chargés de surveiller M. A. En outre, si deux des surveillants membres de l'escorte ont déclaré qu'une visite visuelle avait été effectuée dans la cellule de M. A à 17h15, leurs propos ont été contredits de manière non équivoque par la cheffe du service des geôles du tribunal, dont la position de neutralité au regard de l'enquête qui était menée lui donne une force plus probante que les déclarations des membres de l'escorte concernée. Celle-ci a certifié qu'aucune surveillance visuelle n'avait été effectuée auprès de M. A, entre 17h05, heure de son arrivée en cellule, et 17h25, heure à laquelle il a été découvert inconscient. Dans ces conditions, les membres de l'escorte doivent être regardés comme n'ayant pas surveillé M. A avec un niveau de vigilance que ses tendances suicidaires, dont ils avaient connaissance, exigeaient. Dès lors, MM. A sont fondés à soutenir qu'ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
6. Il résulte de l'instruction, notamment de l'ordonnance de non-lieu précitée, que les relations des requérants avec leur frère étaient distendues et qu'ils ne lui ont jamais rendu visite en détention. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par eux en l'évaluant à la somme de 2 000 euros chacun.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à M. D A et à M. B A une somme de 2 000 euros chacun en réparation des préjudices subis du fait du défaut de surveillance de leur frère.
Sur les frais de l'instance
8. Il résulte des dispositions de la loi du 10 juillet 1991 que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de condamner à son profit la partie perdante qu'au paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. En revanche, l'avocat de ce bénéficiaire peut, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
9. En l'espèce, M. D A, à qui a été accordée l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2020, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée et son avocate n'a pas demandé la condamnation de la partie adverse à lui verser la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si celui-ci n'avait pas bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions tendant à la condamnation de la partie adverse sur le fondement de l'article L. 761-1 ne peuvent être accueillies.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à M. B A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. D A et à M. B A une somme de 2 000 euros chacun en réparation des préjudices subis du fait du défaut de surveillance de leur frère.
Article 2 : L'Etat versera à M. B A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, M. D A, et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Cabecas, première conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public après mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.
La rapporteure,
L. CLe président,
O. Di Candia
La greffière,
L. BourgerLa République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°210231
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026