jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102363 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | LOUKIL RENARD ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2105388 du 9 août 2021 le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Strasbourg, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis la requête de M. A C au tribunal administratif de Nancy.
Par cette requête enregistrée le 31 juillet 2021 sous le n° 2102363, M. B A C demande au tribunal de condamner l'administration pénitentiaire à l'indemniser du préjudice lié à la perte de ses effets personnels lors de son transfert du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville vers la maison d'arrêt de Villepinte.
Invité à régulariser sa requête, M. A C, représenté par Me Loukil, a, par des mémoires enregistrés les 24 août et 19 novembre 2021, demandé au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice matériel et la somme de 3 500 euros en réparation de son préjudice moral du fait de la perte de ses effets personnels lors de son transfert d'établissements ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration pénitentiaire a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en perdant ses effets personnels à l'occasion de son transfert du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville vers la maison d'arrêt de Villepinte en novembre 2020 ;
- les dommages causés aux biens des détenus engagent la responsabilité de l'Etat et constituent une atteinte au respect des biens au sens de l'article 1er du Premier Protocole à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ce droit reconnu aux détenus est garanti par l'article D. 340 2ème alinéa du code de procédure pénale en cas de transfert inopiné du détenu qui prévoit que les objets lui appartenant sont déposés contre reçu entre les mains de l'agent de transfèrement s'ils ne sont pas trop lourds ou volumineux ; à défaut, ils sont expédiés à la nouvelle destination du détenu aux frais de ce dernier ou sont remis à un tiers désigné par lui, après accord du chef d'établissement ;
- il a été extrait de sa cellule du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville pour les besoins d'une audition par un juge d'instruction, sans avoir été invité à prendre ses dispositions quant à ses effets personnels ;
- il est jugé par la Cour européenne de sauvegarde des droits de l'homme que la charge de la preuve de la perte ou de la dégradation des biens des détenus incombe à l'administration pénitentiaire ;
- l'indemnisation liée à la perte de ses effets personnels doit prendre en compte non seulement les biens figurant dans ses relevés de cantines, sur le fondement desquels l'administration lui a proposé la somme insuffisante de 174,94 euros à titre de réparation, mais également les biens non indemnisés tels que la perte d'une plaque de cuisson, d'une montre de marque, d'ustensiles de cuisine, de vêtements et de produits de cantines alimentaires ;
- il subit un préjudice moral important, qu'il évalue à 3 500 euros, du fait de la perte des photos de sa fille unique, et s'inquiète du risque de détournement des photographies de sa fille en milieux carcéral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut à la minoration de l'indemnité sollicitée par M. A C au titre des préjudices matériel et moral invoqués et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir qu'à supposer qu'une faute assimilable à un défaut de surveillance puisse être reprochée à l'administration à l'occasion du transfert inopiné du détenu, la réparation du préjudice résultant de la perte de ses effets personnels, proposée à hauteur de 174,94 euros, correspondant aux seuls biens mentionnés dans ses relevés de cantines, a été refusée par le requérant ;
- à défaut de produire un justificatif d'achat, il n'établit pas que son préjudice matériel excéderait la somme de 200 euros, notamment la perte d'une montre de marque d'un montant de 1 500 euros, faute de facture d'achat ;
- le préjudice moral allégué résultant de la perte de photographies de sa fille lors du transfert inopiné à la maison d'arrêt de Villepinte, chiffré à hauteur de 3 500 euros, est disproportionné.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Agnès Bourjol, rapporteure,
- et les conclusions de M. Pierre Bastian, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville, a été transféré à la maison d'arrêt de Villepinte en novembre 2020. Par un courrier du 6 avril 2021, l'intéressé a demandé au directeur interrégional de l'administration pénitentiaire Est-Strasbourg la réparation des préjudices consécutifs à la perte de ses effets personnels à l'occasion de son transfert vers la maison d'arrêt de Villepinte. En réponse à cette réclamation, le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire Est-Strasbourg a proposé à M. A C une indemnisation à hauteur de 174,94 euros. Estimant cette proposition insuffisante, M. A C demande au tribunal de condamner l'Etat, en réparation des préjudices liés à la perte de ses effets personnels, à lui verser les sommes de 1 500 euros au titre du préjudice matériel et de 3 500 euros au titre de son préjudice moral.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Dans le cas particulier du transfert d'un détenu, il incombe aux chefs des établissements de départ et d'arrivée de prendre les mesures nécessaires à la protection de ses biens. Aux termes du IV de l'article 24 de l'annexe à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale : " Lorsque le détenu est transféré, les objets lui appartenant sont déposés contre reçu entre les mains de l'agent de transfèrement s'ils ne sont pas trop lourds ou volumineux ; sinon, ils sont expédiés à la nouvelle destination du détenu aux frais de ce dernier ou sont remis à un tiers désigné par lui, après accord du chef d'établissement ". Il découle de l'obligation de protéger les biens des détenus qu'en cas de transfert, le reçu, prévu par les dispositions précitées, remis à l'agent de transfèrement ainsi que, le cas échéant, au responsable de l'expédition des objets, doit, sauf urgence, être accompagné de l'inventaire précis de l'ensemble des objets personnels du détenu, dressé contradictoirement avec ce dernier.
3. En l'espèce, M. A C, qui purgeait une peine définitive au centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville, en a été extrait de manière inopinée dans le cadre de sa mise en examen dans une autre affaire pour y être entendu par un juge d'instruction du tribunal judiciaire de Créteil en charge de son dossier, lequel a décidé de le placer en détention provisoire à la maison d'arrêt de Villepinte sans mettre ce dernier à même de préparer son paquetage. Dans ces conditions, l'administration ne pouvait être tenue d'établir l'inventaire précis de l'ensemble des objets personnels du détenu. Toutefois, le garde des sceaux, ministre de la justice, qui ne conteste pas le principe de la responsabilité de l'Etat, conclut à ce que l'indemnité susceptible d'être allouée au requérant soit évaluée à de justes proportions.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à l'issue des investigations diligentées tant par la direction du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville qu'au sein de la maison d'arrêt de Villepinte, destinées à retrouver les effets personnels perdus par M. A C, l'administration a reconnu la perte d'ustensiles de cuisine, d'une plaque de cuisson et de divers produits cantinés, pour lesquels elle a proposé une indemnisation d'un montant de 174,94 euros. Par ailleurs, si l'administration en conteste le montant, faute pour le requérant de pouvoir fournir une facture d'achat de celle-ci, elle ne conteste pas avoir perdu une montre de marque. Dès lors, il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel global subi par M. A C en l'évaluant à la somme de 300 euros.
5. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration justifie, par la production des bordereaux de vestiaire du centre de Nancy-Maxéville et de la maison d'arrêt de Villepinte, que son permis de conduire, sa carte vitale, sa carte d'identité et celle de sa fille n'ont pas été égarés par l'administration.
6. En dernier lieu, il est constant que des photographies représentant la fille unique du requérant ont été perdues à l'occasion de son transfert. Ce dernier fait valoir qu'il est dans l'impossibilité de se procurer de nouvelles photographies de sa fille, qui réside en Guadeloupe et craint un risque de détournement des photographies de sa fille en milieux carcéral. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 200 euros.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A C est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 500 euros en réparation des préjudices matériel et moral subis du fait de la perte de certains de ses effets personnels à l'occasion de son transfert d'établissements.
Sur les frais d'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
En outre, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A C la somme de 500 euros.
Article 2 : L'Etat versera à M. A C la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience publique du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
A. Bourjol
Le président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2102363
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026