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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102366

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102366

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102366
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)
Avocat requérantSCP LAGRANGE - PHILIPPOT- CLEMENT-ZILLIG-VAUTRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 août 2021, 16 novembre 2022 et 20 mai 2023 (non communiqué), Mme B A, représentée par Me Zillig, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 13 juillet 2021 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle pour le recouvrement de la somme de 12 059,01 euros correspondant à des indus d'allocation de logement familiale et d'aide exceptionnelle de fin d'année ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient qu'elle est de bonne foi et que les sommes à l'origine de l'indu litigieux résultent d'un prêt qui lui a été consenti pour alimenter le compte de sa société et qu'elles ne devaient pas être prises en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023 la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- le décret n° 2016-1945 du 28 décembre 2016 ;

- le décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le décret n°2018-1150 du 14 décembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kohler,

- et les observations de Me Zillig, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle de situation ayant conduit à la rectification de ses déclarations trimestrielles, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle a notifié à Mme A un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 9 054 euros pour la période allant du 1er juillet 2017 au 30 juin 2019, un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 2 319 euros pour la période allant du 1er août 2016 au 30 juin 2017 et trois indus d'aide exceptionnelle de fin d'année chacun d'un montant de 228,67 euros au titre des année 2016, 2017 et 2018. Après avoir mis en demeure l'intéressée de procéder à leur remboursement, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle a émis une contrainte le 13 juillet 2021 en vue du recouvrement de la somme de 12 059,01 euros correspondant à ces trop-perçus. Par sa requête, Mme A forme opposition à cette contrainte.

Sur les indus d'allocation de logement familiale :

2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : / () / 2° Les allocations de logement : / () / a) L'allocation de logement familiale ; / () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 : / 3° Le montant du loyer payé, pris en compte dans la limite d'un plafond, ainsi que les dépenses accessoires retenues forfaitairement ; / 4° La qualité du demandeur : locataire, colocataire ou sous-locataire d'un logement meublé ou non, accédant à la propriété ou résident en logement-foyer. / () ". Aux termes de l'article R. 822-4 de ce code : " I.- Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale / () ".

3. Il résulte de l'instruction que les indus en litige résultent de la réintégration, dans les ressources de Mme A, de sommes qui lui ont été versées entre le 26 mai 2016 et le 18 juin 2019 pour environ 130 000 euros et qui n'ont pas été déclarées. Mme A soutient que ces sommes proviennent d'un prêt qui lui a été consenti à titre gracieux et dont le terme a été fixé à dix ans, pour alimenter son compte professionnel et produit, à l'appui de ses allégations, une attestation du prêteur mentionnant l'existence de ce prêt. A supposer même que ces éléments soient insuffisants pour caractériser l'existence de prêts d'honneur que l'intéressée s'est engagée à rembourser, ni les sommes provenant d'un prêt, ni celles provenant d'un don, ne constituent des revenus retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu. Dans ces conditions, en application des dispositions précitées de l'article R. 822-4 du code de la construction et de l'habitation, les sommes perçues par Mme A de la part d'un tiers ne constituent pas des ressources devant être prises en compte pour le calcul des aides personnelles au logement. Mme A est ainsi fondée à contester le bien-fondé des indus d'allocation de logement familial portant sur des montants de 9 054 euros et 2 319 euros dont le remboursement lui est réclamé.

Sur les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année :

4. Les décrets des 28 décembre 2016, 27 décembre 2017 et 14 décembre 2018 prévoient l'attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre des mois de novembre 2016, 2017 et 2018, ou à défaut, des mois de décembre de ces mêmes années, sous réserve notamment que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul.

5. L'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". L'article R. 262-6 du même code prévoit que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour l'appréciation du droit au revenu de solidarité active, l'ensemble des ressources du foyer, quelle qu'en soit la nature, doit être pris en compte. Aucun texte ni aucun principe ne prévoit que les aides apportées par des tiers devraient nécessairement être exclues des ressources devant être déclarées et prises en compte pour le calcul du revenu de solidarité active. Dans ces conditions, les éléments apportés par Mme A, exposés au point 3 du présent jugement, ne permettent pas d'établir qu'elle aurait dû bénéficier du RSA en 2016, 2017 et 2018. En vertu des dispositions précitées, elle ne pouvait donc prétendre au versement de l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de ces mêmes années.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la contrainte émise le 13 juillet 2021 en tant seulement qu'elle concerne les indus d'allocation de logement familiale pour des montants de 9 054 euros et 2 319 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991, codifiées à l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et des articles 37 et 43 de la même loi, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante, à son profit, que le paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. Mais l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

10. D'une part, Mme A, pour le compte de qui les conclusions de la requête relatives à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont présentées, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de Mme A n'a pas demandé que lui soit versée par la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si celle-ci n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte émise le 13 juillet 2021 par le président de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle en vue du recouvrement de la somme de 12 059,01 euros est annulée en tant qu'elle impose à Mme A le remboursement de deux indus d'allocation de logement familiale d'un montant total de 11 373 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

La magistrate désignée,

J. Kohler

La greffière

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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