jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102376 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL SENTINELLE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 août 2021, la société Holdin Eurus, représentée par Me Reichert, demande au tribunal de :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge, à hauteur de 54 093 euros, ainsi que des intérêts de retard y afférents ;
2°) de prononcer la décharge de l'intégralité des pénalités mises à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode de reconstitution des encaissements utilisée par l'administration est erronée dès lors qu'elle ne tient pas compte de la circonstance qu'elle effectue des encaissements non taxables ; les avances reçues de ses filiales et les remboursements de sommes avancées à ces dernières ont été intégrées à tort dans l'assiette imposable à cet impôt ; les taux de TVA retenus sont pour partie erronés puisqu'ils n'intègrent pas les taux de 19,6%, 7% et 5,5% ; si elle a commis des erreurs dans sa comptabilité, ces dernières ont pour la plupart été rectifiées dans les travaux de fins d'exercice ;
- l'administration a inversé la charge de la preuve en lui demandant de prouver que les sommes qu'elle a encaissées ne relèvent pas de la TVA ;
- la preuve de sa mauvaise foi n'est pas établie.
Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2021, l'administratrice des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la méthode utilisée par le service vérificateur pour déterminer les rappels de TVA due par la société est dès lors parfaitement justifiée au regard des conditions d'exigibilité de la taxe ;
- il appartient au contribuable de justifier des écritures portant sur les comptes de tiers ;
- elle est fondé à appliquer la pénalité pour manquement délibéré.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Holding Eurus, anciennement dénommée Via Mobilis Eurus a pour activité la détention de participations au sein d'autres sociétés, la fourniture de prestations de services de management à ces dernières et la réalisation de travaux immobiliers pour le compte de ses filiales. La société requérante a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de TVA, portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Une proposition de rectification lui a été adressée, le 3 décembre 2018. La commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires a été saisie et a rendu son avis le 13 mars 2020. Des redressements ont été notifiés à la société Holding Eurus et mis en recouvrement, le 16 juillet 2020. Cette dernière a saisi l'administration fiscale d'une réclamation préalable, le 11 décembre 2020, qui a été explicitement rejetée le 11 juin 2021. Par sa requête, la société Holding Eurus demande au tribunal de prononcer la décharge partielle des redressements mis à sa charge à hauteur de la somme de 54 093 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes de l'article 261 C du même code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° Les opérations bancaires et financières suivantes : / a. L'octroi et la négociation de crédits, la gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés, les prêts de titres effectués dans les conditions prévues aux articles L. 211-22 à L. 211-26 du code monétaire et financier et les pensions réalisées dans les conditions prévues par les articles L. 211-27 à L. 211-34 du même code ; () c. Les opérations, y compris la négociation, concernant les dépôts de fonds, comptes courants, paiements, virements, créances, chèques et autres effets de commerce, à l'exception du recouvrement de créances ; () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " () 2. La taxe est exigible : () c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. () ".
3. L'administration a procédé, dans le cadre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, à la rectification de l'assiette imposable de la société à la TVA au titre de la période vérifiée. A cette occasion, le service vérificateur a procédé à une analyse des encaissements figurant sur les comptes bancaires de la société en les recoupant avec les écritures enregistrées au compte 411 " créances clients " et les sommes reportées sur les déclarations de TVA en imputant les virements internes au groupe de société ainsi que les montants justifiés. La société requérante soutient que le résultat ainsi obtenu est surévalué dès lors qu'il intègre les avances reçues par elle de ses filiales ainsi que les remboursements des sommes avancées à ces dernières. Elle ajoute que l'administration n'a pas tenu compte des écritures de fin d'exercice régularisant les erreurs commises dans la comptabilisation de certaines écritures entre les comptes courants. Pour justifier de la réalité des erreurs comptables qu'elle soutient avoir commises ainsi que de la comptabilisation erronée de sommes relevant d'un " compte-courant " en " créance client ", la société Holding Eurus a produit, à l'occasion des opérations de contrôle, la copie des conventions de trésorerie l'unissant à ses filiales et, dans le cadre du présent contentieux, trois tableaux établis par ses soins et censés opérer des rapprochements entre les bases déclarées et les bases imposables régularisées. S'il appartenait au service de tenir compte de la nature des encaissements pour déterminer l'insuffisance des bases d'imposition, les éléments fournis par la société requérante, en l'absence de tout autre pièce comptable, ne sont pas de susceptibles de justifier de la nature des encaissements litigieux ainsi que de la réalité des erreurs comptables alléguées. Par ailleurs, si la société Holding Eurus soutient que l'administration a fait usage de taux de TVA erronés, il résulte de l'instruction que le service a retenu les taux de 10% et de 20% constatés en comptabilité et reportés par la société dans ses déclarations de TVA. Par suite, la société Holding Eurus n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale, qui n'a pas inversé la charge de la preuve qui lui incombait, a exagéré le montant de son assiette imposable à la TVA.
En ce qui concerne les pénalités pour mauvaise foi :
4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () c. 80% en cas de manœuvres frauduleuses ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sanctionne la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le manquement délibéré, l'administration fiscale doit apporter la preuve de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable, et de son intention délibérée d'éluder l'impôt.
5. Afin de justifier l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur la circonstance que lors du débat oral et contradictoire, le gérant de la société a déclaré avoir eu conscience d'une rétention de TVA avec l'inscription en comptabilité d'un compte de TVA à régulariser et sur le fait que les rehaussements étaient importants et présentaient un caractère répétitif de l'ordre de 10% de la base taxable à la TVA en 2015, 15% en 2016 et 30% en 2017. Par une telle motivation, qui est en lien avec les éléments fondant les redressements, l'administration doit être regardée comme ayant suffisamment établi la volonté délibérée de la société Holding Eurus d'éluder la TVA.
6. En second lieu, à supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir des dispositions de la doctrine BOI-CF-INF-10-20-20, la doctrine invoquée ne comporte pas une interprétation différente de la loi fiscale qui a été appliquée par le service au titre du manquement délibéré.
Sur les frais de l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que la société Holding Eurus demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Holding Eurus est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Holding Eurus et à l'administratrice des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. Marti
Le greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2102376
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026