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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102438

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102438

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102438
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)
Avocat requérantSELARL SOLER-COUTEAUX & LLORENS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 août et 29 novembre 2021 et le 7 août 2022, Mme C A, représentée par Me Grandhaye demande au tribunal :

1°) de condamner le département de Meurthe-et-Moselle à lui verser les sommes de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral, de 2 945,70 euros au titre de l'aide personnelle au logement non versée et de 500 euros au titre de ses frais bancaires ;

2°) de mettre à la charge du département la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les interruptions brutales de versement du RSA, sans motivation, la privent de plusieurs centaines d'euros par mois, ce qui lui cause un préjudice ;

- les dispositions des articles R. 262-9 et R. 262-10 ne s'appliquent pas à sa situation et le montant du RSA qui lui a été versé depuis avril 2021 est incorrect ;

- elle peut prétendre au versement de la prime d'activité ;

- elle remplit toutes les conditions pour bénéficier du RSA et a effectué les démarches qui lui étaient demandées par le département ;

- l'accompagnement qui lui est imposé n'est pas obligatoire mais il n'a pas été réalisé par les services du département ;

- elle n'entre dans aucun des cas prévus par le code de l'action sociale et des familles pour la suspension du versement du RSA

- ces erreurs et manquements dans la gestion de son dossier lui créent un préjudice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le département de Meurthe-et-Moselle, représenté par Me Zimmer, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) d'infliger à Mme A une amende pour recours abusif ;

3°) de mettre à la charge de Mme A le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable faute d'être accompagnée d'un inventaire détaillé des pièces ;

- il n'a commis aucune faute ;

- aucun lien n'est établi entre les fautes alléguées et les préjudices dont il est demandé réparation ;

- il y a lieu d'infliger une amende pour recours abusif à la requérante qui multiplie les recours sans fondement.

Les parties ont été informées en application de l'article R. en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions du département de Meurthe-et-Moselle tendant à ce qu'une amende pour recours abusif soit prononcée à l'encontre de Mme A.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Arab, représentant le département de Meurthe-et-Moselle.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, qui a créé une société par actions simplifiée unipersonnelle, est bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) depuis 2015. Elle conteste la façon dont son dossier en tant que bénéficiaire du RSA est géré par les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) et le département et, après l'avoir saisi en vain d'une demande indemnitaire, demande la condamnation de ce dernier à lui verser la somme totale de 18 445,70 euros en réparation des préjudices résultant pour elle de cette gestion.

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire ".

3. En premier lieu, les articles L. 262-21 et R. 262-4 du code de l'action sociale et des familles prévoient un réexamen du montant de cette allocation selon une périodicité trimestrielle et l'article R. 262-36 du même code prévoit qu'elle est versée mensuellement à terme échu.

4. Si Mme A soutient que les décisions de suspendre le bénéfice du RSA prononcées à son encontre auraient dû être motivées et prises après mise en œuvre d'une procédure contradictoire, il résulte de l'instruction que, si l'étude de sa situation a pu donner lieu à l'envoi de courriers contradictoires lui indiquant d'abord qu'elle n'avait pas droit au RSA au titre de certains mois et ensuite qu'elle pouvait finalement y prétendre, aucune décision de suspendre le bénéfice du RSA n'a été prononcée à son encontre en application de l'article L. 262-37 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, l'envoi de courriers contradictoires s'explique par l'analyse de ses déclarations trimestrielles qui font apparaître, du fait de son statut de présidente de société par actions simplifiée unipersonnelle qui ne se verse aucun salaire, une incohérence entre sa situation professionnelle connue et les ressources déclarées, nécessitant une intervention des gestionnaires de la CAF et il ne résulte pas de l'instruction que ce traitement des déclarations trimestrielles de Mme A, à qui des explications détaillées sur la manière de remplir ces déclarations pour éviter les difficultés ont été données, aurait été faite dans des délais déraisonnables. Dans ces conditions, aucune faute du département ne peut être retenue à cet égard.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 612-10 du code de l'action sociale et des familles : " Les aides personnelles au logement prévues à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation sont incluses dans les ressources dans la limite d'un forfait calculé selon les modalités fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 262-9. () ". Aux termes de l'article R. 262-9 du même code : " Les avantages en nature procurés par un logement occupé soit par son propriétaire ne bénéficiant pas d'aide personnelle au logement, soit, à titre gratuit, par les membres du foyer, sont évalués mensuellement et de manière forfaitaire : 1° A 12 % du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne ; () ".

6. Mme A invoque des erreurs dans le calcul du montant du RSA auquel elle peut prétendre. En se bornant à indiquer qu'elle n'est pas propriétaire de son logement et qu'il n'est pas mis à sa disposition à titre gratuit, sans contester bénéficier d'une aide personnelle au logement, Mme A n'établit pas que c'est à tort qu'une diminution du montant forfaitaire du RSA de 12% lui a été appliquée sur le fondement des dispositions de l'article R. 612-10 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, aucune faute du département n'est établie à ce titre.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-28 du de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, soit, si le département décide d'y recourir, vers l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-4 du code du travail ou encore vers un des réseaux d'appui à la création et au développement des entreprises mentionnés à l'article 200 octies du code général des impôts, en vue d'un accompagnement professionnel et, le cas échéant, social ; () ".

8. Il résulte de ces dispositions que, quel que soit son statut, le bénéficiaire du RSA est tenu à des obligations en vue de trouver un emploi, créer sa propre activité ou entreprendre des actions en vue d'une meilleure insertion sociale et professionnelle. Mme A n'est dès lors fondée à soutenir ni qu'elle n'était pas tenue de se soumettre à l'accompagnement qui a été préconisé, ni qu'un tel accompagnement relèverait de l'acharnement dont la CAF et le département auraient fait preuve à son égard. Par ailleurs la circonstance que les conditions dans lesquelles cet accompagnement a été réalisé l'auraient privée de la possibilité de bénéficier de la prime d'activité n'est pas de nature à établir l'existence d'une faute du département de Meurthe-et-Moselle.

9. En quatrième lieu, si Mme A invoque la méconnaissance de la convention conclue entre le département et la CAF de Meurthe-et-Moselle pour la gestion du RSA, une telle circonstance, à la supposer avérée, ne serait pas de nature à établir l'existence d'une faute du département de nature à ouvrir droit à réparation à Mme A, cette convention n'étant pas opposable aux tiers.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucune faute ne peut être retenue à l'encontre du département de Meurthe-et-Moselle et que la requête de Mme A doit, par suite, être rejetée dans toutes ses conclusions.

11. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions du département de Meurthe-et-Moselle tendant à ce que Mme A soit condamnée à une telle amende ne sont pas recevables.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme que demande le département de Meurthe-et-Moselle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A et les conclusions du département de Meurthe-et-Moselle sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au département de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

La magistrate désignée,

J. B

Le greffier,

P. Lepage La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2102438

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