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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102573

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102573

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102573
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantLOMOVTZEFF - PAVEAU AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 septembre 2021, 14 et 27 mars, 31 mai et 16 juin 2023, la SARL Menuiserie Capdouze, représentée par Me Paveau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la région Grand Est à lui régler la somme de 97 033,49 euros TTC en règlement de ses factures de situations pour des prestations réalisées en qualité de sous-traitante de la société Techni Plafond ;

2°) de condamner la région Grand Est à lui régler la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice causé par la résistance abusive opposée à sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la région Grand Est la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a respecté la procédure de paiement direct prévue à l'article 116 du code des marchés publics, de sorte qu'elle est fondée à solliciter le paiement direct de ses factures auprès de la région Grand Est, maître d'ouvrage, pour les prestations réalisées dans le cadre des travaux de menuiserie qui lui ont été confiées par acte spécial de sous-traitance, pour un montant total de 97 033,49 euros ;

- la société Techni Plafond, titulaire du marché, n'ayant pas manifesté son refus exprès ou implicite dans le délai de quinze jours suivant la notification des factures de situations litigieuses, est réputée avoir accepté sa demande de paiement direct ;

- les factures de situations n°28 et n°29 ont fait l'objet de réfactions qui n'ont jamais été portées à sa connaissance et qui ne sont pas justifiées, et les factures de situations n°30 et 31 n'ont pas été réglées ;

- elle justifie avoir réalisé l'ensemble des prestations de menuiseries sous-traitées dans leur intégralité et dans les règles de l'art, comme l'atteste le constat d'huissier qu'elle produit ;

- la Région Grand Est ne pouvait fonder son refus à sa demande de paiement direct de ses factures de situations n°29 à n°32 sur la base de contestations émises tardivement par le titulaire du marché en méconnaissance de l'article 116 du code des marchés publics ; les motifs de refus, tirés de la répartition de l'exécution des travaux et de l'application des pénalités de retard, ne lui sont pas opposables ;

- la résistance abusive opposée par la région Grand Est à ses demandes de paiement direct, qui est à l'origine de difficultés de trésorerie, justifie que la somme de 3 000 euros soit mise à sa charge en réparation du préjudice financier subi.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet 2022, 5 et 25 mai 2023, la Région Grand Est, représentée par son président en exercice, conclut au rejet de la requête de la société Menuiserie Capdouze.

Elle soutient que :

- s'agissant des factures de situations n° 29 et 30, la société Menuiserie Capdouze n'a pas respecté la procédure applicable aux demandes de paiement des sous-traitants, prévue au cahier des clauses administratives particulières du marché en cause, faute de pouvoir justifier avoir adressé sa demande de paiement au maître d'œuvre ;

- même si la société titulaire du marché ne s'est pas opposée au paiement des prestations sous-traitées correspondant aux factures de situations n°29 et n°30, les vérifications opérées par le maître d'œuvre ont révélé que la consistance des travaux réellement exécutés ne correspondait pas aux prestations dont le règlement est demandé ; les prestations en cause n'ont pas été réalisées par la société Menuiserie Capdouze mais par la société titulaire du marché ;

- elle était tenue de refuser de faire droit à la demande de paiement direct des situations n° 31 et n°32, présentées par la société Menuiserie Capdouze, dès lors que la société titulaire du marché s'est opposée expressément et dans le délai de quinze jours à leur règlement, motif pris de ce que certaines prestations n'avaient pas été réalisées par elle ou qu'elles avaient été réalisées par la société titulaire du marché ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- les conclusions de Mme Laëtitia Cabecas, rapporteure publique,

- les observations de Me Paveau, représentant la société Menusierie Capdouze, et les observations de Mme A, représentant la région Grand Est.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la restructuration du lycée Alfred Mézières à Longwy, la région Lorraine, aux droits de laquelle vient la région Grand Est, a confié le macro-lot D " Partition Intérieure " à la société Techni Plafond. La région Lorraine a par ailleurs autorisé la société Techni Plafond à sous-traiter l'exécution des prestations afférentes aux menuiseries intérieures bois à la société Menuiserie Capdouze, dont les conditions de paiement ont été agréés par la maîtrise d'ouvrage par un acte spécial de sous-traitance signé le 27 mars 2015, pour un montant hors taxe de 1 050 000 euros. La société Menuiserie Capdouze demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner la Région Grand Est à lui verser la somme de 97 033,49 euros correspondant selon elle aux prestations sous-traitées par la société Techni Plafond, ainsi que la somme de 3 000 euros pour résistance abusive.

Sur les conclusions indemnitaires de la société Menuiserie Capdouze :

2. Aux termes de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " Le sous-traitant direct du titulaire du marché qui a été accepté et dont les conditions de paiement ont été agréées par le maître de l'ouvrage, est payé directement par lui pour la part du marché dont il assure l'exécution. () ". Aux termes de l'article 8 de la même loi : " L'entrepreneur principal dispose d'un délai de quinze jours, comptés à partir de la réception des pièces justificatives servant de base au paiement direct, pour les revêtir de son acceptation ou pour signifier au sous-traitant son refus motivé d'acceptation. / Passé ce délai, l'entrepreneur principal est réputé avoir accepté celles des pièces justificatives ou des parties de pièces justificatives qu'il n'a pas expressément acceptées ou refusées. / Les notifications prévues à l'alinéa 1er sont adressées par lettre recommandée avec accusé de réception. ". Aux termes de l'article 116 du code des marchés publics, dans sa version en vigueur à la date de signature de l'acte spécial de sous-traitance : " Le sous-traitant adresse sa demande de paiement libellée au nom du pouvoir adjudicateur au titulaire du marché, sous pli recommandé avec accusé de réception, ou la dépose auprès du titulaire contre récépissé. / Le titulaire dispose d'un délai de quinze jours à compter de la signature de l'accusé de réception ou du récépissé pour donner son accord ou notifier un refus, d'une part, au sous-traitant et, d'autre part, au pouvoir adjudicateur ou à la personne désignée par lui dans le marché. / Le sous-traitant adresse également sa demande de paiement au pouvoir adjudicateur ou à la personne désignée dans le marché par le pouvoir adjudicateur, accompagnée des factures et de l'accusé de réception ou du récépissé attestant que le titulaire a bien reçu la demande ou de l'avis postal attestant que le pli a été refusé ou n'a pas été réclamé. / Le pouvoir adjudicateur ou la personne désignée par lui dans le marché adresse sans délai au titulaire une copie des factures produites par le sous-traitant. / Le pouvoir adjudicateur procède au paiement du sous-traitant conformément aux dispositions du titre IV de la loi n°2013-100 du 28 janvier 2013 susmentionnée et de son décret d'application. / Le pouvoir adjudicateur informe le titulaire des paiements qu'il effectue au sous-traitant. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que, pour obtenir le paiement direct par le maître d'ouvrage de tout ou partie des prestations qu'il a exécutées dans le cadre de son contrat de sous-traitance, le sous-traitant régulièrement agréé doit adresser sa demande de paiement direct à l'entrepreneur principal, titulaire du marché, et au maître d'ouvrage. Il appartient ensuite au titulaire du marché de donner son accord à la demande de paiement direct ou de signifier son refus dans un délai de quinze jours à compter de la réception de cette demande. Le titulaire du marché est réputé avoir accepté cette demande s'il garde le silence pendant plus de quinze jours à compter de sa réception. A l'issue de cette procédure, le maître d'ouvrage procède au paiement direct du sous-traitant régulièrement agréé si le titulaire du marché a donné son accord ou s'il est réputé avoir accepté la demande de paiement direct, sans préjudice toutefois du contrôle par le maître d'ouvrage du montant de la créance du sous-traitant, compte tenu des travaux qu'il a exécutés et des prix stipulés par le marché. Cette procédure a pour objet de permettre au titulaire du marché d'exercer un contrôle sur les pièces transmises par le sous-traitant et de s'opposer, le cas échéant, au paiement direct. Sa méconnaissance par le sous-traitant fait ainsi obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir, auprès du maître d'ouvrage, d'un droit à ce paiement.

En ce qui concerne les factures de situation n° 29 et 30 :

4. Il résulte de l'instruction que la région Grand-Est a opéré unilatéralement une réfaction de la facture de situations n° 29, d'un montant de 15 133,59 euros hors taxe adressée au titulaire le 16 décembre 2019, en ne lui réglant que la somme de 2 514,66 euros, ainsi qu'une réfaction de la facture de situations n° 30, d'un montant de 28 016,30 euros hors taxe, adressée au titulaire le 21 janvier 2020, en ne lui réglant que la somme de 26 989,30 euros. Il résulte de l'instruction que le maître d'œuvre a proposé à la région de ne pas payer les prestations n'ayant pas été réalisées, relatives à la pose et à la dépose de tablettes, objets du devis du 26 septembre 2019, en raison d'un sinistre survenu dans la salle 207, au nombre de blocs porte dans le bâtiment IN 1 Nord, au nombre de placards et de trappes d'accès des gaines techniques. Si la société requérante produit un constat d'huissier produit relatif aux travaux effectués dans la salle 207, celui-ci ne contient aucune mention des tablettes sur lesquelles porte la réfaction en litige. En outre, il ressort des termes du courrier du 30 mars 2023, adressé par le maître d'œuvre au pouvoir adjudicateur, que les travaux en cause ont été réalisés par la société titulaire elle-même. D'autre part, le constat d'huissier produit par la société requérante n'apporte aucune précision quant au nombre de blocs porte, de placards et de trappes d'accès aux gaines techniques de nature à contredire les réfactions opérées par la région Grand Est. Dans ces conditions, et alors même que le titulaire du marché n'aurait pas manifesté son refus exprès ou implicite dans le délai de quinze jours suivant réception des factures de situations litigieuses, la société Menuiserie Capdouze n'établit pas avoir réalisé les travaux correspondants dont elle demande le paiement. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que la région Grand Est a procédé à la réfaction des factures en litige n° 29 et 30.

En ce qui concerne les factures de situation n° 31 et 32 :

5. Si la société Menuiserie Capdouze justifie avoir adressé à la société Techni Plafond, les 25 février 2020 et 1er octobre 2020, les factures afférentes aux situations de travaux nos 31 et 32, pour des montants respectivement de 14 149,10 euros et 25 449,24 hors taxe, ces factures étaient établies non pas au nom du maître d'ouvrage, mais au nom de la société titulaire du marché. Dès lors, ces courriers ne constituent pas une demande de paiement directe par le maître de l'ouvrage mais une demande du sous-traitant de règlement par l'entrepreneur principal des prestations réalisées.

6. Toutefois, la région Grand Est reconnaît elle-même, dans ses écritures, avoir été saisie d'une demande de paiement direct, régulièrement adressée à elle-même comme au titulaire du marché, le 13 novembre 2020. Il résulte néanmoins de l'instruction que, le 18 novembre 2020, la société Techni Plafond a manifesté son opposition expresse et motivée à cette demande de paiement le 18 novembre 2020, soit dans le délai de quinze jours imparti par les dispositions mentionnées au point 2 du présent jugement.

7. Le refus opposé par le titulaire du marché à la demande de paiement direct formée par la société Menuiserie Capdouze au titre des prestations réalisées, objet des factures de situations n° 31 et 32, faisait donc obstacle à ce que celle-ci puisse se prévaloir, auprès du maître d'ouvrage, d'un droit à ce paiement. La région Grand Est était fondée à refuser de procéder au paiement direct pour ce seul motif. Par suite, les moyens soulevés par la société Menuiserie Capdouze tendant à démontrer le bien-fondé de sa créance sont inopérants.

En ce qui concerne les autres factures de situation :

8. Si la société requérante se plaint, à compter de son mémoire enregistré le 27 mars 2023, des réfactions opérées par la région sur l'ensemble des factures de situation à compter de la facture n° 3, elle n'assortit sa demande d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Menuiserie Capdouze, sur le fondement du droit au paiement direct du sous-traitant, doivent être rejetées.

Sur la résistance abusive :

10. La société Menuiserie Capdouze sollicite la condamnation de la région Grand Est à lui payer la somme de 3 000 euros pour résistance abusive. Toutefois, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à établir la résistance abusive du pouvoir adjudicateur à ne pas lui avoir payé les sommes en litige. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à demander la condamnation de la région Grand Est à lui verser une somme de 3 000 euros pour résistance abusive. Dès lors, ces conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Grand Est, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Menuiserie Capdouze demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Menuiserie Capdouze est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Menuiserie Capdouze et à la région Grand Est.

Délibéré après l'audience publique du 7 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia président,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

A. BourjolLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102573

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