mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102594 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | TUGAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2021, la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle, représentée par Me Tugas, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 582 650,08 euros en réparation de son préjudice, avec intérêts au taux légal et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la charge d'indemniser les dégâts de grands gibiers pèse sur les fédérations départementales en application de l'article L. 426-5 du code de l'environnement.
- les fédérations départementales subissent un préjudice en ce qu'elles doivent assurer la prise en charge du surcoût de l'indemnisation non couvert par les produits qui leurs ont été affectés ;
- le dispositif d'indemnisation des dégâts de grands gibiers est contraire aux droits et libertés garanties par la Constitution, et en particulier au principe d'égalité devant les charges publiques et au droit de propriété protégés par les articles 13 et 2 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ; aucun motif d'intérêt général ni aucun critère objectif et rationnel ne justifie de mettre à la charge des seuls chasseurs la réparation des dégâts ; les dispositions litigieuses ont pour effet de mettre à la charge des fédérations départementales des chasseurs une charge excessive au regard des moyens financiers dont elles disposent ;
- elle se voit imposer des sujétions excessives au regard des moyens dont elle dispose et de l'objectif affiché par le législateur, ce qui constitue un préjudice anormal et spécial et justifie son indemnisation pour rupture d'égalité devant les charges publiques ; elle se trouve dans une situation particulière par rapport aux autres fédérations départementales en raison de la baisse du nombre de ses affiliés, de l'augmentation des demandes indemnitaires, de l'augmentation de la population des grands gibiers et de la baisse de ses moyens financiers alors que son activité n'est pas à l'origine des dégâts ; le préjudice financier est certain et correspond à la différence entre le montant des produits d'exploitation et celui des charges d'exploitation sur quatre ans et n'est pas susceptible de s'améliorer compte tenu de la baisse du nombre de chasseurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son article 61-1 ;
- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;
- la loi n° 2000-698 du 26 juillet 2000 ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,
- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier en date du 29 avril 2021, réceptionné le 18 mai suivant, la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a demandé au ministre de la transition écologique d'indemniser le préjudice qu'elle estime avoir subi entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2020 à raison de l'insuffisance des ressources qui lui sont allouées par le dispositif d'indemnisation des dégâts de grands gibiers en application des dispositions de la loi n° 2000-698 du 26 juillet 2000, codifiée aux articles L. 421-5 et suivants du code de l'environnement. Le silence du ministre pendant deux mois ayant fait naitre une décision implicite de rejet, la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 582 650,08 euros en réparation de son préjudice.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de l'Etat du fait de l'inconstitutionnalité de la loi :
2. La fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle soutient que les dispositions de l'article L. 426-5 du code de l'environnement, dans leur rédaction issue de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019, sont contraires aux articles 2 et 13 de la déclaration du 26 août 1789 des droits de l'Homme et du Citoyen en ce qu'elles mettent à la charge des fédérations départementales l'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier.
3. D'une part, la responsabilité de l'Etat du fait des lois est susceptible d'être engagée en raison des exigences inhérentes à la hiérarchie des normes, pour réparer l'ensemble des préjudices qui résultent de l'application d'une loi méconnaissant la Constitution. Toutefois, il résulte des dispositions des articles 61, 61-1 et 62 de la Constitution que la responsabilité de l'Etat n'est susceptible d'être engagée du fait d'une disposition législative contraire à la Constitution que si le Conseil constitutionnel a déclaré cette disposition inconstitutionnelle sur le fondement de l'article 61-1, lors de l'examen d'une question prioritaire de constitutionnalité, ou bien encore, sur le fondement de l'article 61, à l'occasion de l'examen de dispositions législatives qui la modifient, la complètent ou affectent son domaine.
4. D'autre part, il résulte des dispositions combinées des premiers alinéas des articles 23-1 et 23-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, que le tribunal administratif saisi d'un moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution présenté dans un écrit distinct et motivé, statue sans délai par une décision motivée sur la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d'Etat et procède à cette transmission si est remplie la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu'elle n'ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances et que la question ne soit pas dépourvue de caractère sérieux.
5. Il résulte de l'instruction que le moyen tiré de ce que les modalités de financement par les fédérations départementales de chasseurs du dispositif d'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier, telles que prévues à l'article L. 426-5 du code de l'environnement, porteraient atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution n'a pas été présenté par un mémoire distinct, en méconnaissance de l'article 23-1 de l'ordonnance du 7 novembre 1958. Ce moyen étant par suite irrecevable, la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle ne peut utilement soutenir que la responsabilité de l'Etat devrait être engagée du fait de l'inconstitutionnalité de ces dispositions.
En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat :
6. La responsabilité de l'Etat du fait des lois est susceptible d'être engagée sur le fondement de l'égalité des citoyens devant les charges publiques, pour assurer la réparation de préjudices nés de l'adoption d'une loi, à la condition que cette loi n'ait pas exclu toute indemnisation et que le préjudice dont il est demandé réparation, revêtant un caractère grave et spécial, ne puisse, dès lors, être regardé comme une charge incombant normalement aux intéressés.
7. D'une part, à défaut de régime spécifique de responsabilité pour les dégâts causés par le grand gibier constituant des animaux qui n'ont pas de propriétaire, la loi du 27 décembre 1968 de finances pour 1969 a instauré un mécanisme d'indemnisation administrative assurée par le conseil supérieur de la chasse puis l'office national de la chasse. Il résulte des travaux parlementaires de la loi du 26 juillet 2000 relative à la chasse, qui a confié aux fédérations départementales de chasseurs la mission d'indemnisation des dégâts du grand gibier, qu'un tel dispositif d'indemnisation est issu du constat que la mission relevant de l'Office national de la chasse était également exercée en pratique par les fédérations départementales de chasseurs qui participaient au financement complémentaire de ce dispositif. Il a donc été proposé, à titre de simplification administrative, que ce dispositif d'indemnisation soit confié directement aux fédérations départementales de chasseurs dès lors qu'elles sont les plus proches du terrain, qu'elles sont en contact de manière quotidienne avec les exploitants agricoles et les chasseurs et qu'elles connaissent les conditions économiques des agriculteurs. Cette modification législative avait pour objectif de responsabiliser davantage les fédérations, de clarifier les flux financiers d'indemnisation du gibier mais aussi d'inciter les fédérations à dégager des ressources pour le financement des dégâts selon des modalités qui leur appartenait de définir, par exemple, par une hausse d'un montant équivalent des cotisations de leurs adhérents. Il a été expressément souhaité que lorsque le produit des taxes par animal à tirer ne suffisait pas à couvrir le montant des dégâts indemnisables, la fédération départementale des chasseurs prendrait à sa charge le surplus de l'indemnisation et en répartirait le montant entre ses adhérents. Pouvant exiger une participation personnelle des chasseurs de grand gibier et de sangliers ainsi qu'une participation pour chaque dispositif de marquage du gibier, lesquelles peuvent s'ajouter aux taxes par animal à tirer, les fédérations départementales avaient donc vocation à disposer d'une palette de moyens de financement, en étant libres de choisir de jouer plus ou moins sur chacun d'entre eux. Enfin, il a été également prévu, dans le cadre de ces travaux parlementaires, qu'afin de garantir une péréquation entre les fédérations selon leurs ressources et leurs charges, notamment celles qui concernent l'indemnisation des dégâts du grand gibier, la fédération nationale des chasseurs gèrerait un fonds alimenté par des contributions obligatoires des fédérations départementales.
8. D'autre part, par sa décision n° 2021-963 QPC du 20 janvier 2022, le Conseil constitutionnel a considéré que compte tenu de la charge financière que représente en l'état l'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier, le troisième alinéa de l'article L. 421-5, l'article L. 426-3 et les troisième et quatrième alinéas de l'article L. 426-5 du code de l'environnement n'entraînent pas de rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques. Le Conseil constitutionnel a en effet constaté que les dispositions contestées de l'article L. 421-5 du code de l'environnement prévoient que les fédérations départementales des chasseurs assurent l'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier dont, en application des dispositions contestées de l'article L. 426-5 du même code, le financement est réparti entre leurs adhérents. En entendant assurer le financement de l'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier aux cultures et récoltes agricoles, le législateur a poursuivi un objectif d'intérêt général. La prise en charge par ces fédérations de l'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier est directement liée aux missions de service public qui leur sont confiées. Cependant, seuls les dégâts causés aux cultures, aux inter-bandes des cultures pérennes, aux filets de récoltes agricoles ou aux récoltes agricoles peuvent donner lieu à indemnisation. En outre, l'indemnisation, dont le montant est déterminé sur la base de barèmes fixés par la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, n'est due que lorsque les dégâts sont supérieurs à un seuil minimal et fait l'objet d'un abattement proportionnel. L'indemnité peut être réduite s'il est établi que l'exploitant a une part de responsabilité dans la survenance des dégâts et aucune indemnité n'est due si les dommages ont été causés par des grands gibiers provenant de son propre fonds. Enfin, la fédération départementale des chasseurs a toujours la possibilité de demander elle-même au responsable de lui verser le montant de l'indemnité qu'elle a accordée à l'exploitant.
9. Dans ces conditions, il résulte dès lors des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 426-5 du code de l'environnement, tels qu'éclairés par les travaux préparatoires de la loi n° 2000-698 du 26 juillet 2000 relative à la chasse et la décision du Conseil constitutionnel n° 2021-963 QPC du 20 janvier 2022, que le législateur n'a pas entendu prévoir que les fédérations départementales de chasseurs puissent rechercher la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques, au titre d'un préjudice financier grave et spécial issu des modalités de financement de ce dispositif légal d'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier.
10. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle subirait un préjudice financier d'une gravité telle qu'il excèderait les charges normales susceptibles d'être imposées dans l'intérêt général à ces fédérations dès lors que l'augmentation des coûts d'indemnisation des dégâts causés par le grand gibier et la baisse du nombre de chasseurs affiliés sont deux facteurs, d'une part, qui sont rencontrés par la majorité des fédérations départementales de chasseurs sur l'ensemble du territoire national et, d'autre part, qui ne sont pas, au demeurant, causés par le dispositif contesté. Il s'ensuit, quand bien même le législateur n'aurait pas entendu exclure par principe toute indemnisation des préjudices résultant du dispositif en cause, que les conditions mises à l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques ne sont en l'espèce pas réunies.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'indemnisation doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.
La rapporteure,
F. Milin-Rance
Le président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026