jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102628 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL FILOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 septembre 2021 et le 10 mars 2022, M. A B, représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des compléments d'imposition, pénalités et intérêts de retard mis à sa charge ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les plus-values de cession de la maison située au 22, rue Bel Air à Saint-Max est exonérée dès lors que cette habitation constituait, au jour de la cession, sa résidence principale ;
- la plus-value de cession est de 113 315 euros et no de 115 273 euros ;
- les agissements qui lui sont reprochés ne sont pas constitutifs de manœuvres frauduleuses.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,
- et les observations de Me Brancaleoni, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a cédé, le 25 avril 2016, l'habitation qu'il possédait au 22, rue Bel Air à Saint-Max. A l'occasion de cette vente, l'intéressé a revendiqué le bénéfice de l'exonération d'imposition sur les plus-values de cession prévue par les dispositions du 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts au motif que cette villa était sa résidence principale. Par courrier du 19 décembre 2019, le service des impôts a remis en cause l'exonération pratiquée. L'intéressé a contesté les compléments d'imposition mis à sa charge par réclamation du 21 octobre 2020, explicitement rejetée le 15 juillet 2021.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le principe de l'imposition :
2. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I.- Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées par les personnes physiques ou les sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 ter, lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis ou de droits relatifs à ces biens, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. / () / II.- Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : / 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession ; / () ". Sont considérés comme résidence principale au sens de ces dispositions les immeubles qui constituent la résidence habituelle et effective du propriétaire au jour de la cession. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si un contribuable remplit les conditions légales d'une exonération.
3. L'administration fiscale, à la suite de la cession par M. B de l'immeuble situé au 22, rue Bel Air à Saint-Max, le 25 avril 2016, a remis en cause le bénéfice de l'exonération prévue au 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts au motif que cet immeuble ne constituait pas, au jour de la cession, la résidence principale du contribuable. Pour contester la remise en cause de cette exonération, M. B soutient qu'il a acheté l'immeuble litigieux au cours de l'année 2011, pour y réaliser d'importants travaux qui se sont achevés en février 2014 et qu'il ne disposait d'aucun autre logement susceptible de constituer sa résidence principale. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'au jour de l'acquisition de la maison litigieuse, M. B, âgé de vingt-six ans, résidait toujours chez ses parents au 2, rue Jean XXIII à Saint-Max. Si l'intéressé a déclaré avoir déménagé courant 2014, il ne produit aucun élément de nature à justifier de ce déménagement. Par ailleurs, les courriers bancaires afférents aux principaux comptes bancaires de l'intéressé ont continué à lui être adressés chez ses parents pendant toute la période litigieuse. De même, plusieurs factures de matériaux, établies par la société Gedimat en juin 2014, octobre 2014 et mars 2015, indiquent l'adresse de ses parents comme lieu de résidence du requérant. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B n'a consommé que cinq mètres cubes d'eau au cours des deux ans alors que dans l'appartement qu'il a occupé du 1er juillet au 30 juillet 2017 sa consommation était de trente et vingt-six mètres cubes soit une consommation cinq à six fois supérieure à celle de sa résidence du 22 rue Bel Air. Si M. B soutient qu'il continuait à manger ses parents entre 2014 et 2016, qu'il ne se lave pas chez lui mais prend des douches à la salle de sport et qu'il a été victime d'une fuite d'eau en 2017, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de cette fuite. Du 25 juin 2014 au 2 mai 2016, M. B n'a consommé que 939 kWh en heures creuses et 2 234 kWh en heures pleines, s'il justifie cette faible consommation par la circonstance qu'il ne chauffe qu'une pièce de son habitation au moyen d'un poêle à pétrole, il ne produit aucun élément probant de nature à justifier une consommation aussi faible d'électricité pendant près de deux ans. Par ailleurs, il n'est pas contesté que les travaux extérieurs de l'habitation n'étaient toujours pas achevés en avril 2015, qu'un compromis de vente de l'habitation a été signé le 12 février 2016, précédé d'un mois seulement par le dépôt de la déclaration indiquant que les travaux étaient achevés depuis février 2014. Au regard de ces différents éléments, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause, sur le fondement des dispositions du 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts, l'exonération litigieuse.
En ce qui concerne le quantum de la plus-value :
4. Aux termes de l'article 150 VB du code général des impôts : " () II.- Le prix d'acquisition est, sur justificatifs, majoré : () 3° Des frais afférents à l'acquisition à titre onéreux définis par décret, que le cédant peut fixer forfaitairement à 7,5 % du prix d'acquisition dans le cas des immeubles à l'exception de ceux détenus directement ou indirectement par un fonds de placement immobilier mentionné à l'article 239 nonies ; () ".
5. Il résulte de l'instruction que l'administration a déterminé la plus-value imposable par la différence entre le prix de cession de 193 940 euros et le prix d'acquisition de 75 000 euros majoré des frais d'acquisition pour leur montant réel de 3 665 euros. Il y a par suite lieu, comme le contribuable en fait la demande, de fixer les frais d'acquisitions pour leur montant forfaitaire de 7,5% du prix d'acquisition de l'immeuble et de fixer le montant de la plus-value imposable à 113 315 euros.
En ce qui concerne la pénalité pour manœuvre frauduleuse :
6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ; c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut appliquer la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue par le c) de l'article 1729 du code général des impôts, si l'intéressé a fait usage d'agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve () des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'administration peut appliquer la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue par l'article 1729 du code général des impôts si le contribuable a fait usage d'artifices destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration. Lorsque les éléments invoqués par l'administration permettent de regarder comme établie l'existence d'un manquement délibéré au sens du a de l'article 1729 du code général des impôts mais ne permettent pas de justifier l'application de la majoration pour manœuvres frauduleuses prévue par le c de ce même article, il appartient au juge, alors même qu'il n'aurait pas été saisi d'une demande en ce sens, d'appliquer la majoration pour manquement délibéré au taux de 40 % et de substituer ce taux à l'autre en prononçant, en conséquence, la décharge partielle de la pénalité contestée.
8. Pour justifier du bien-fondé de l'application aux droits en litige de la majoration de 80 % prévue au c. de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fait valoir que l'existence de manœuvres frauduleuses est établie par le fait que M. B a déclaré l'achèvement de l'immeuble un mois avant la signature du compromis de vente, que la vente a été réalisée sans l'aide d'un intermédiaire et a donc dû nécessiter de la part du requérant une recherche active pour trouver les acquéreurs et négocier la vente qui apparaît au final comme le seul but vraiment recherché par le requérant et par le fait qu'en déclarant des mentions inexactes à l'officier ministériel chargé de la rédaction de l'acte authentique, le requérant a sciemment cherché à égarer l'administration afin de bénéficier d'une exonération totale de la plus-value réalisée à cette occasion. Cependant, ces éléments, s'ils révèlent le caractère délibéré du manquement commis par le requérant en ne déclarant pas la plus-value réalisée sur la cession de son bien au titre de l'année 2014, ne peuvent être regardés comme étant de nature à égarer l'administration ou à restreindre son pouvoir de contrôle au sens des dispositions précitées du c de l'article 1729 du code général des impôts. Dans ces conditions, il y a lieu de substituer à la majoration de 80 % appliquée aux droits mis à la charge de la société requérante, la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts dans le cas, qui est celui de l'espèce, où le manquement présente un caractère délibéré.
Sur les frais de l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante au principal, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les rappels d'impositions auxquelles M. B a été assujetti ainsi que les pénalités et intérêts correspondants sont réduits selon les modalités prévues au point 5 du présent jugement.
Article 2 : M. B est déchargé des droits et pénalités correspondant à la réduction des bases d'impositions définies ci-dessus.
Article 3 : M. B est déchargé des pénalités pour manœuvres frauduleuses auxquelles il a été assujetti.
Article 4 : La pénalité de 40 % prévue par l'article 1729 du code général des impôts est substituée à la pénalité au taux de 80 % dont ont été assorties les impositions en cause.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2102628
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026