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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102809

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102809

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102809
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCABINET JASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2021, Mme D C, agissant en sa qualité de représentante légale de son fils mineur, M. A C, représentée par Me Bauer, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 79 000 euros à titre de provision ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à engager la responsabilité de l'ONIAM dès lors que son fils a été victime d'un accident médical non fautif ; celui-ci souffre de préjudices résultant directement d'un acte de soin ; les préjudices présentent un caractère d'anormalité et de gravité suffisants ;

- elle est fondée à demander la réparation des différents préjudices subis par son fils ;

- les préjudices de son fils doivent faire l'objet d'une nouvelle évaluation médicale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, l'ONIAM, représenté par Me Roquelle Meyer, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas réunies en l'absence de lien de causalité direct et certain avec un acte médical et en l'absence d'anormalité du dommage subi et de gravité suffisante.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle le 30 septembre 2021 qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Florence Milin-Rance, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mouton, substituant Me Bauer, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Dans la nuit du 29 au 30 août 2015, Mme C a été prise en charge par le service des urgences obstétriques et médicales fœtales de la maternité du centre hospitalier régional universitaire de Nancy. Peu de temps après le début de l'accouchement, une dystocie des épaules de l'enfant a entrainé un arrêt de l'expulsion. L'équipe médicale a alors réalisé une manœuvre de Mac Roberts, sans succès, puis une manœuvre de Jacquemier. L'enfant est finalement né avec une lésion du plexus brachial. A la suite de la sortie de la maternité, il a fait l'objet de soins de kinésithérapie et a subi des interventions chirurgicales en 2016 et 2019. Mme C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux le 4 décembre 2018, qui a ordonné une expertise médicale. Les experts ont rendu leur rapport, le 3 octobre 2019. La commission a rendu son avis, le 5 novembre 2019, qui conclut à l'existence d'un accident médical non fautif ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale. Par courrier du 15 juillet 2020, l'ONIAM a refusé d'indemniser la victime.

Sur la réparation au titre de la solidarité nationale :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Et aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. ()". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM est seul chargé d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les victimes de préjudices résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.

3. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport des experts désignés par la commission de conciliation, que la lésion du plexus brachial droit de l'enfant de la requérante est la conséquence des manœuvres obstétricales accomplies, dans les règles de l'art, pour résoudre une dystocie d'engagement des épaules, complication survenant dans 0,5% à 1% des accouchements par voie basse, et ayant consisté en une manœuvre de Mac Roberts puis de Jacquemier. La condition d'imputabilité du dommage à un acte de soins non fautif est par suite remplie.

5. Toutefois, il résulte également de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les manœuvres obstétricales ont été mises en œuvre dans un contexte d'urgence vitale de l'enfant à naître. Ces manœuvres n'ont donc pas entraîné de conséquences plus graves que celles auxquelles il était exposé de manière suffisamment probable en leur absence. En outre, les experts relèvent que l'accouchement d'un enfant présentant une dystocie des épaules présente des risques importants d'élongation du plexus brachial retrouvé dans 7% des dystocies des épaules traitées par la manœuvre de Mac Roberts isolée et que la survenue d'une lésion du plexus brachial est majorée d'un facteur proche de quatre dans la suite d'une manœuvre de Jacquemier. Dans ces conditions, la gravité de la complication de dystocie d'engagement des épaules a conduit à pratiquer des manœuvres obstétricales comportant un risque élevé d'élongation du plexus brachial qui s'est réalisé. Il s'ensuit que les conséquences de l'acte médical ne peuvent être regardées comme anormales au sens des dispositions précitées.

6. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'une prise en charge du dommage par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies, et que les conclusions indemnitaires de Mme C doivent donc être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant à ce qu'il soit procédé, avant-dire droit, à une expertise.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. MartiLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2102809

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