jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2102813 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL FL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 septembre 2021 et le 21 juin 2022, M. A Maginot, représenté par Me Michel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2014, 2015, 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête n'est pas tardive ;
- les redressements qui lui ont été notifiés sont privés de base légale dès lors que les dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts ne s'appliquent qu'en l'absence de texte particulier susceptible d'être mis en œuvre ce qui n'est pas le cas en l'espèce puisque le solde débiteur d'un compte courant peut être redressé sur le fondement du a) de l'article 111 du même code ;
- le solde débiteur du compte courant ne peut être considéré comme étant une distribution occulte puisqu'il n'est pas associé de la société mais un simple tiers ; ce solde ne peut davantage être qualifié de rémunération occulte dès lors que son identité est révélée en comptabilité ; la preuve n'est pas rapportée de l'intention libérale de la société HM Investissement puisque le compte courant a été intégralement remboursé au travers d'écritures de régularisation ;
- s'agissant du c) de l'article 111 du code général des impôts, il est fondé à se prévaloir des dispositions du §20 de la doctrine BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 ;
- à supposer que l'administration ait entendu se prévaloir des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ou du a) de l'article 111 du même code, les conditions de mise en œuvre de ces dispositions ne sont pas réunies ; l'avance taxable a été remboursée antérieurement à la vérification de comptabilité ;
- s'agissant du a) de l'article 111 du code général des impôts, il est fondé à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la tolérance administrative posée au §190 du BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20 ; la société HM Investissement dispose d'une créance à l'encontre de la société AMP et non à l'encontre de lui-même ;
- il n'est pas l'auteur d'un manquement délibéré au sens de l'article 1729 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2022 et un mémoire enregistré le 22 juin 2022, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est, conclut au rejet de la requête :
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable comme tardive, en tant qu'elle sollicite l'annulation de la décision du 12 juin 2020 portant rejet du recours préalable du 12 décembre 2019 ;
- la société HM Investissement a versé à M. Maginot les sommes de 119 000 euros en 2014, 316 500 euros en 2015 et 1 000 euros en 2016, qui ont été inscrites au compte courant d'associé ouvert par M. Maginot dans les livres de la société ; par ailleurs, M. Maginot a perçu, de la société HM Investissements, au titre de l'année 2017, des sommes de 10 000 euros et de 5 000 euros ; ces différentes sommes s'analysent comme des libéralités, constitutives d'avantages occultes, imposables sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts ;
- si le requérant soutient avoir remboursé les avances qu'il a perçues avant le début des opérations de contrôle, ces remboursements sont intervenus au profit de la société AMP et non de la société HM Investissement ;
- les agissements reprochés à M. Maginot sont constitutifs de manquements délibérés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société HM Investissement a fait l'objet d'une vérification portant sur sa comptabilité des exercices 2014, 2015 et 2016. A la suite de ces opérations, le service a réintégré, d'une part, dans l'assiette imposable à l'impôt sur les revenus le solde débiteur du compte courant que M. Maginot, président de la société HM Investissement détenait dans les comptes de ce groupement et, d'autre part, des sommes perçues de cette même société au titre de l'année 2017. M. Maginot a saisi l'administration d'une réclamation préalable tendant à la décharge des compléments d'impositions mis à sa charge, le 12 décembre 2019 et le 21 juin 2021. Ces recours ont été explicitement rejetés le 12 juin 2020 et le 2 août 2021.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne les sommes portées au débit du compte courant de M. Maginot :
2. D'une part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes./ Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées postérieurement au 1er janvier 1960, à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret. () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".
3. D'autre part, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé.
4. Il résulte de l'instruction que des sommes de 119 000 euros, 316 500 euros et de 1 000 euros ont été inscrites au débite du compte courant ouvert au nom de M. Maginot dans les livres de la société HM Investissement. Pour réintégrer ces sommes dans l'assiette imposable à l'impôt sur le revenu de M. Maginot, le service s'est fondé sur la circonstance, dans le dernier état de ses écritures, que le requérant n'était plus associé de la société HM Investissement, depuis le 22 mars 2013, date à laquelle il a intégré l'intégralité de ses parts à la société AMP, que les sommes perçues par M. Maginot devaient par suite être regardées comme des libéralités consenties par une société à un tiers et qui constituent un avantage occulte, imposable entre les mains de son bénéficiaire, au sens du c) de l'article 111 du code général des impôts. Il résulte toutefois de l'instruction que les avantages litigieux ont été inscrits au nom de M. Maginot dans les comptes de la société HM Investissement. Si l'administration entend requalifier un prêt consenti par une société à un tiers en libéralité, il lui appartient de rapporter la preuve de l'intention libérale de la société, consistant dans l'octroi au bénéficiaire d'un avantage, sans contrepartie et l'absence de toute perspective de remboursement. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance, comme le soutient l'administration, que le bénéficiaire du prêt n'est plus associé de la société et en demeure le dirigeant. Au demeurant il n'est pas contesté que les prêts litigieux ont, pour partie, été cédés, le 31 décembre 2015, à la société AMP et que, le 30 septembre 2016, préalablement aux opérations de contrôle, M. Maginot les a remboursés, pour partie en numéraire, pour partie au moyen de la cession d'une créance détenue par l'intéressé à l'encontre de la société Maxand et, pour le reste, au moyen de montres d'une valeur de 198 000 euros. Dans ces conditions, les sommes portées au débit du compte de M. Maginot ne pouvaient être regardés comme un avantage occulte au sens des dispositions précitées du c) de l'article 111 du code général des impôts. Dès lors, c'est à tort que l'administration a imposé ces sommes en cause dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement de ces dispositions.
En ce qui concerne les sommes appréhendées par M. Maginot au titre de l'année 2017 :
5. L'administration a réintégré dans l'assiette imposable de M. Maginot, au titre de l'année 2017 des sommes de 10 000 euros et de 5 000 euros reçues de la société HM Investissement les 26 janvier et 2 juin 2017.
6. En premier lieu, si M. Maginot soutient que les redressements qui lui ont été notifiés sont privés de base légale dès lors que les dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts ne s'appliquent qu'en l'absence de texte particulier susceptible d'être mis en œuvre ce qui n'est pas le cas en l'espèce puisque le solde débiteur d'un compte courant peut être redressé sur le fondement du a) de l'article 111 du même code, il résulte de l'instruction qu'à la date de ces opérations M. Maginot n'est plus associé de la société et que, en tout état de cause, ces sommes n'ont pas été portées au débit du compte qu'il détient dans les livres de la société HM Investissement.
7. En deuxième lieu, si M. Maginot soutient que la preuve de l'intention libérale de la société n'est pas rapportée et que les avantages litigieux ne présentaient pas un caractère occulte, il ne résulte pas de l'instruction que les sommes litigieuses aient été inscrites sous une forme explicite, dans sa comptabilité, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 54 bis du code général des impôts. Par suite, de tels avantages revêtaient, au sens des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts, un caractère occulte.
8. En troisième lieu, à supposer que le requérant entende se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des dispositions du §20 de la doctrine BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40, ces dispositions ne donnent pas de la loi fiscale une interprétation différente susceptible d'être opposée à l'administration.
9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a réintégré les sommes litigieuses dans l'assiette imposable de M. Maginot sur le fondement des dispositions du c) de l'article 111 du code général des impôts. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 et du a) de l'article 111 de ce même code doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, il convient également d'écarter, pour les mêmes motifs le moyen tiré de l'invocabilité, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des dispositions du §190 du BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20.
10. Il résulte de ce qui précède que M. Maginot est seulement fondé à solliciter la décharge des compléments d'imposition mis à sa charge au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Sur les pénalités :
11. Aux termes des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sanctionne la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le manquement délibéré, l'administration fiscale doit apporter la preuve de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable, et de son intention délibérée d'éluder l'impôt.
12. Afin de justifier l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur la circonstance que M. Maginot a perçu un montant total de 15 000 euros en 2017 qui ne correspond pas à la rémunération de ses fonctions de dirigeant, sans pouvoir justifier de l'existence d'une contrepartie et que l'intéressé ne pouvait ignorer le caractère imposable de sommes ainsi perçues. Si l'intéressé soutient qu'il pensait s'octroyer des avances sur distribution, qu'il a changé de conseil et qu'il a reversé à la société AMP les sommes prélevées à tort, l'administration doit être regardée comme démontrant le caractère délibéré des manquements à l'origine des impositions en litige. M. Maginot n'est ainsi pas fondé à demander la décharge des majorations qui lui ont été appliquées.
Sur les frais de l'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme sur le fondement de l'article L. 716-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. Maginot est déchargé des compléments d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Maginot et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2102813
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026