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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2102871

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2102871

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2102871
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 2)
Avocat requérantSELARL FILOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2021 et un mémoire en réplique enregistré le 9 décembre 2022, la Fondation Saint-Charles, représentée par Me Martin et Me Brancaleoni, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 dans les rôles de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy à raison d'un immeuble sis 17 rue du Bois le Duc à Vandœuvre-lès-Nancy à concurrence, d'une part, des surimpositions générées par la non prise en compte des pondérations justifiées et, d'autre part, de la surimposition résultant de la revalorisation des tarifs résultant des lois du 29 décembre 2010 et 16 août 2012 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la pondération des surfaces taxables de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Sainte-Famille opérée par le service est erronée ;

- à la suite de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels organisée par la loi de finances rectificative pour 2010, elle a vu ses cotisations de taxe foncière ont augmenté de manière continue à compter des impositions de l'année 2017 ;

- les conditions et les modalités de revalorisation pour la détermination de la valeur locative servant de base à la taxe foncière apparaissent contraires aux normes supérieures que sont la Constitution et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'absence de prise en compte du caractère lucratif ou non de l'activité exercée dans les maisons de retraite par le décret du 10 octobre 2011 et l'absence de prise en compte de la destination au secteur social des locaux conduisent à une situation de discrimination des locaux rattachés au parc social qui est prohibée par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions de la Fondation Saint-Charles sont en partie irrecevables ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, et le premier protocole additionnel à cette convention ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, notamment son article 34 ;

- le décret n° 2011-1267 du 10 octobre 2011 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coudert, magistrat désigné,

- les conclusions de Mme Guidi, rapporteure publique,

- et les observations de Me Martin, représentant la Fondation Saint-Charles.

Une note en délibérée présentée pour la Fondation Saint-Charles a été enregistrée le 4 juillet 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La Fondation Saint-Charles, reconnue d'utilité publique, est propriétaire d'un ensemble immobilier sis 17 rue du Bois le Duc à Vandœuvre-lès-Nancy au sein duquel elle exploite un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), à raison duquel elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 à 2020. Par la présente requête, elle demande la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties ainsi mises à sa charge dans les rôles de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle).

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :

2. A supposer que l'administration ait entendu opposer une fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de réduction de la taxe foncière sur les propriétés bâties mise à la charge de la Fondation Saint-Charles au titre des années 2016 et 2020, d'une part, la requérante ne formule aucune conclusion relative à l'année 2016 et, d'autre part, il résulte de l'instruction que, par réclamation du 30 décembre 2021 ayant donné lieu, à la date du présent jugement, à une décision implicite de rejet, la requérante a notamment contesté la taxe foncière sur les propriétés bâties qui lui a été assignée au titre de l'année 2020 dans les rôles de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy. Cette fin de non-recevoir ne peut, par suite, qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins de réduction des impositions en litige :

En ce qui concerne la détermination de la valeur locative des locaux en litige :

3. Aux termes des dispositions de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, aujourd'hui reprises à l'article 1498 du code général des impôts : " I. - Les conditions de la révision des valeurs locatives des propriétés bâties mentionnées à l'article 1498 du code général des impôts ainsi que celles affectées à une activité professionnelle non commerciale au sens de l'article 92 du même code retenues pour l'assiette des impositions directes locales et de leurs taxes additionnelles sont fixées par le présent article. / () II. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif ou, à défaut, par référence aux autres critères prévus par le présent article. Elle tient compte de la nature, de la destination, de l'utilisation, des caractéristiques physiques, de la situation et de la consistance de la propriété ou fraction de propriété considérée. / Les propriétés mentionnées au I sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, les propriétés sont, le cas échéant, classées par catégories, en fonction de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / III. - La valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au B du IV à la surface pondérée du local définie au V ou, à défaut de tarif, par la voie d'appréciation directe mentionnée au VI. / () V. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives ". Aux termes de l'article 1er du décret du 10 octobre 2011 fixant les sous-groupes et catégories de locaux professionnels en vue de l'évaluation de leur valeur locative, dont les dispositions sont aujourd'hui codifiées à l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts : " Pour l'application du second alinéa du II de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 susvisée, les propriétés bâties mentionnées au I de cet article sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants : / () Sous-groupe VIII : cliniques et établissements du secteur sanitaire et social : / Catégorie 1 : cliniques et établissements hospitaliers. / Catégorie 2 : centres médico-sociaux, centres de soins, crèches, haltes-garderies. / Catégorie 3 : maisons de repos, maisons de retraite (médicalisées ou non). / Catégorie 4 : centres de rééducation, de thalassothérapie, établissements thermaux. / () ".

4. La Fondation Saint-Charles soutient que les conditions et les modalités de révision des valeurs locatives des locaux professionnels prévues par la loi de finances rectificative pour 2010 sont contraires à la Constitution ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. D'une part, en dehors des cas et conditions prévus par le chapitre II bis du titre II de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, relatif à la question prioritaire de constitutionnalité, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la constitutionnalité de dispositions législatives. Si la requérante fait valoir qu'elle a transmis par un mémoire distinct une question prioritaire de constitutionnalité dans le cadre d'une autre instance, il est constant qu'aucun mémoire distinct n'a été présenté dans la présente instance. La requérante ne peut donc contester la constitutionnalité des dispositions législatives en cause. Par ailleurs, à supposer même que la requérante ait entendu contester la constitutionnalité des dispositions réglementaires prises pour l'application de la loi de finances rectificative pour 2010, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

6. D'autre part, aux termes de l'article premier du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les États de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ". Aux termes de l'article 14 de la même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".

7. Une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue ou la non-application d'un traitement différencié à des personnes se trouvant dans des situations sensiblement différentes, est discriminatoire, au sens des stipulations de l'article 14 de la convention, si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique ou si elle n'est pas fondée sur des critères objectifs et rationnels en rapport avec les buts de la loi.

8. La Fondation Saint-Charles soutient en l'espèce qu'en ne prévoyant pas, dans le sous-groupe " cliniques et établissements du secteur sanitaire et social ", des catégories distinctes pour les EHPAD lucratifs et les EHPAD non-lucratifs et en les soumettant ainsi aux mêmes modalités de détermination de la valeur locative des locaux qu'ils utilisent, le pouvoir réglementaire aurait porté atteinte à ses biens ainsi qu'au principe de non-discrimination. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les établissements lucratifs et les établissements non-lucratifs seraient, au regard à l'imposition en litige, qui est due à raison de la seule propriété de biens immobiliers imposables, et alors même qu'elle est assise sur la valeur locative déterminée fonction de l'état du marché locatif, dans une différence de situation telle que le pouvoir réglementaire, en ne prévoyant pas à l'article 1er du décret du 10 octobre 2011 un traitement différent entre les EHPAD lucratifs et les EHPAD non-lucratifs, puisse être regardé comme ayant ainsi introduit une discrimination prohibée par les stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A cet égard, est sans incidence sur cette appréciation la circonstance que le pouvoir réglementaire a, s'agissant du sous-groupe VII relatif aux établissements d'enseignement, distingué les établissements lucratifs des établissements non-lucratifs, la requérante se trouvant dans une situation différente des établissements rattachés à ce sous-groupe.

9. Enfin, si les dispositions de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010 prévoient que la valeur locative de chaque propriété bâtie est déterminée " en fonction de l'état du marché locatif ", ce même article renvoie à un décret en Conseil d'Etat la détermination des sous-groupes et des catégories permettant de classer les propriétés. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions litigieuses du décret du 10 octobre 2011 fixant les sous-groupes et catégories de locaux professionnels en vue de l'évaluation de leur valeur locative auraient, en ne distinguant pas les EHPAD lucratifs des EHPAD non-lucratifs, méconnu les dispositions de l'article 34 de la loi du 29 décembre 2010.

10. Il résulte de ce qui précède que la Fondation Saint-Charles n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 à concurrence du montant résultant de la revalorisation des valeurs locatives issues de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010.

En ce qui concerne la détermination de la surface pondérée de l'immeuble en litige :

11. Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. / La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire ".

12. Aux termes de sa requête, la Fondation Saint-Charles soutient que c'est à tort que l'administration n'a pas fait application du coefficient de 0,5, prévu par les dispositions précitées de l'annexe III au code général des impôts pour les parties d'un local ayant une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale, s'agissant des bureaux et de la loge concierge, de la chambre mortuaire, des vidoirs, des circulations et paliers, des réserves, rangement, lingerie, laverie, local ménage, atelier et dépôt, des couloirs et dégagements, des locaux personnels, salle à manger personnel, et locaux sœurs, et de la chaufferie, locaux techniques et archives.

13. D'une part, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que la requérante indique, la partie " chaufferie, locaux techniques et archives mortes " a été affectée par le service d'un coefficient de 0,5. Sa contestation sur ce point est donc sans objet. D'autre part, eu égard à l'activité d'hébergement de personnes âgées dépendantes exercée dans les locaux en litige, c'est à bon droit que l'administration a estimé que ne devaient pas être pondérées de ce coefficient de 0,5 les parties des locaux correspondant aux " parloirs, bureaux, loge concierge ", " chambre mortuaire ", " circulation, paliers " et " locaux personnels, salle à manger personnel, sanitaire personnel et locaux sœurs ". En revanche, la requérante est fondée à soutenir que les parties des locaux correspondant aux " vidoirs " et " réserves, rangement, lingerie, laverie, local ménage, atelier et dépôt " ont une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale des locaux et que leur superficie, respectivement de 49,59 m2 et de 879,56 m2, devait être réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5. La Fondation Saint-Charles est ainsi fondée à demander que la surface pondérée totale des locaux en litige soit ramenée de 7 059 m2 à 6 594 m2.

14. Si, aux termes de ses écritures en défense, l'administration relève que la Fondation Saint-Charles omettrait " la correction inverse de la portée de l'exonération de 25 ans accordée au titre de deux extensions de construction ", elle ne précise pas en quoi cette exonération serait susceptible de faire obstacle à la correction de la surface pondérée totale des locaux en litige. Il appartiendra en revanche à la Fondation requérante, afin de permettre l'exécution du présent jugement, de produire à l'administration les éléments lui permettant d'apprécier si et dans quelle proportion les parties des locaux auxquelles doit s'appliquer une pondération de 0,5 sont situées dans les extensions bénéficiant de l'exonération de taxe foncière sur les propriétés bâties.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la Fondation Saint-Charles est seulement fondée à demander la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 dans les rôles de la commune de Vandœuvre-lès-Nancy à concurrence de la différence entre le montant mis à sa charge et celui résultant de la prise en compte de la surface pondérée totale fixée au point 13 du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la Fondation Saint-Charles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles la Fondation Saint-Charles a été assujettie au titre des années 2017 à 2020 à raison d'un immeuble sis 17 rue du Bois le Duc à Vandœuvre-lès-Nancy sont réduites à concurrence de la différence entre les montants mis à sa charge et ceux résultant de la prise en compte de la diminution de surface pondérée fixée au point 13 du présent jugement.

Article 2 : L'Etat versera à la Fondation Saint-Charles une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la Fondation Saint-Charles est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Fondation Saint-Charles et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

B. Coudert

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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