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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103094

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103094

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103094
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP BUISSON & BRODIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 22 octobre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Nancy la requête enregistrée le 6 janvier 2020 du Groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Ormeaux, représenté par Me Buisson, qui demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 août 2019 par laquelle l'Agence de services et de paiement (ASP) a procédé à la notification des ordres de recouvrer nos APCP20190052347, APCP20190052346 et APCP20190052348 ;

2°) d'annuler les ordres de recouvrer nos APCP20190052347, APCP20190052346 et APCP20190052348 en date du 23 mars 2019 et notifiés au GAEC des Ormeaux le 23 août 2019 ;

3°) d'enjoindre à l'ASP de lui rembourser les sommes indument prélevées sur les aides 2019, à hauteur de 86 487,56 euros, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'ASP à lui verser une somme de 15 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi du fait de la rétention injustifiée des aides ;

5°) de mettre à la charge de l'ASP le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision portant notification du 23 août 2019 a été prise par une autorité incompétente ;

- les trois ordres de recouvrer sont insuffisamment motivés ;

- la décision du 23 août 2019 et les trois ordres de recouvrer sont entachés d'une erreur de fait quant aux montants réclamés ;

- en lui réclamant les sommes en litige, l'ASP a procédé au retrait illégal de la décision de lui accorder un avantage financier, créatrice de droits ;

- la décision du 23 août 2019 et les trois ordres de recouvrer méconnaissent l'autorité de la chose jugée.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 18 et 19 juin 2023, l'agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du GAEC des Ormeaux d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la lettre de notification du 23 août 2019 sont irrecevables ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de réclamation préalable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) des Ormeaux exploite un élevage de bovins sur la commune de Omelmont (Meurthe-et-Moselle). Le 7 janvier 2016, il a déposé une demande d'aides au titre de la politique agricole commune. A la suite d'un contrôle sur place diligenté par les services de l'agence de services et de paiement (ASP) et de la direction départementale de la protection des populations, effectué le 15 juin 2016, le préfet de Meurthe-et-Moselle a décidé le 30 août 2016 de prononcer la déchéance totale des droits du GAEC des Ormeaux aux aides communautaires, pour la campagne 2016, motivée par un refus de contrôle de l'exploitation. Le GAEC ayant contesté cette décision devant le tribunal administratif de Nancy, celui-ci a, par un jugement en date du 20 mars 2018, considéré qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cette décision en tant qu'elle prononce la déchéance des droits du GAEC des Ormeaux aux aides découplées animales du premier pilier pour la campagne de 2016, l'administration ayant, postérieurement à l'introduction de la requête, octroyé au GAEC une somme de 111 363, 34 euros à ce titre, et a rejeté le surplus des conclusions d'annulation de cette décision. Ce jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel de Nancy par un arrêt du 27 juin 2019. Par trois ordres de recouvrer en date du 23 mars 2019, l'ASP a réclamé au GAEC des Ormeaux le paiement d'une somme totale de 112 805,27 euros et, par un courrier en date du 23 août 2019, l'a invité à régler ce montant dans un délai d'un mois. Par un recours gracieux en date du 18 septembre 2019, le GAEC des Ormeaux a demandé le retrait de la décision du 23 août 2019 et des trois ordres de recouvrement en date du 23 mars 2019. L'ASP ayant implicitement rejeté ce recours, le GAEC des Ormeaux demande l'annulation de la décision du 23 août 2019 et des ordres de recouvrement en date du 23 mars 2019, la restitution des sommes indument perçues et la réparation de son préjudice.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 23 août 2019 :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 23 août 2019, l'agent comptable de l'ASP a notifié au GAEC des Ormeaux les ordres de recouvrer nos APCP20190052347, APCP20190052346 et APCP20190052348 en date du 23 mars 2019. Ce courrier ne comprenant aucune décision distincte, le GAEC n'est pas recevable à en demander l'annulation. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'ASP doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires :

3. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout titre exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

4. Il résulte de l'instruction que le libellé des trois actes de recouvrer en litige fait apparaître que les sommes réclamées au GAEC des Ormeaux pour un montant total de 112 805,27 euros correspondent à la réduction des aides accordées au titre du FEAGA pour la récolte de 2016 en précisant " pénalité conditionnalité " et " COND Réduction Conditionnalité " et le courrier de notification précise que la somme correspond à un trop-perçu. Ces seules indications ne permettaient pas au GAEC des Ormeaux de connaître les bases de la liquidation et les éléments de calcul des créances mises à sa charge. Si l'ASP indique en défense que les ordres de recouvrer sont la conséquence de la décision de déchéance des aides en date du 30 août 2016 et que les éléments de calcul des sommes réclamées ont été communiqués au GAEC par l'intermédiaire du service en ligne " Télépac ", aucune mention dans les ordres de recouvrer ou dans le courrier de notification n'y font référence. Dans ces conditions, le GAEC est fondé à soutenir que les ordres de recouvrer en litige sont insuffisamment motivés.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que les trois ordres de recouvrement en date du 23 mars 2019 dont le GAEC des Ormeaux a été destinataire doivent être annulés.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () ".

7. Le GAEC des Ormeaux demande la condamnation de l'ASP à lui verser une somme de 15 000 euros à titre de dommages et intérêts. Par courrier du greffe du tribunal administratif de Montreuil en date du 8 janvier 2020, le GAEC requérant a été invité à produire la réclamation préalable indemnitaire prévue par l'article R. 421-1 du code de justice administrative précité. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant ait formé auprès de l'ASP une réclamation en vue d'obtenir la réparation de ses dommages. Par suite, les conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des trois ordres de recouvrer en litige n'implique pas qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser les sommes prélevées en compensation sur les aides de la campagne 2019. Par suite, les conclusions en ce sens doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ASP le versement au GAEC des Ormeaux d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées par l'ASP sur le même fondement doivent être rejetées.

10. La présente instance ne comporte aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par le GAEC des Ormeaux doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les trois ordres de recouvrement en date du 23 mars 2019 émis par l'ASP et mettant à la charge du GAEC des Ormeaux une somme totale de 112 805,27 euros sont annulés.

Article 2 : L'ASP versera au GAEC des Ormeaux une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête du GAEC des Ormeaux est rejeté, ainsi que les conclusions de l'ASP présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au groupement agricole d'exploitation en commun des Ormeaux et à l'agence de services et de paiements.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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