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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103221

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103221

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103221
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantTHIERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 novembre 2021 et le 2 décembre 2022, Mme C A, agissant en sa qualité d'ayant droit de M. B A, représentée par Me Thiery, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à la charge de M. B A au titre des années 2014, 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les procédures de rectifications portant sur l'année 2014 et sur les années 2015 et 2016 sont irrégulières dès lors que l'administration sollicité la production des relevés des comptes bancaires de M. B A avant l'expiration du délai de 60 jours suivant l'avis d'examen de la situation fiscale personnelle ;

- la procédure de rectification portant sur l'année 2014 est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration a méconnu le principe du contradictoire en l'absence de communication des éléments recueillis au travers de l'exercice du droit de communication de l'administration ;

- la procédure de rectification portant sur les années 2015 et 2016 est entachée d'un vice de procédure dès lors que le dialogue n'a pas été poursuivi avec les ayants droit de M. B A, à la suite du décès de ce dernier ; un délai de vingt-et-un jours s'est écoulé entre le décès de M. B A et l'envoi de la proposition de rectification et, pendant ce délai, une seule réunion s'est tenue avec l'ex-mandataire du contribuable décédé ; la réunion du 14 décembre 2018 ne pouvait valablement se tenir dès lors que, en raison du décès de M. B A, le mandat de son conseil avait pris fin ;

- c'est à tort que l'administration a considéré, sur le fondement de l'article 1649 A du code général des impôts, que le virement de 80 000 euros du 14 octobre 2014 constituait un revenu imposable, ce virement provient, à hauteur de 50 000 euros, d'une succession ;

- le montant des plus-values de cession dégagées en 2015 et 2016 est justifié ;

- le crédit bancaire de 45 000 euros figurant au compte Boursorama XXX9083 correspond à la vente de titres KGN Moviles SL et a été taxé au titre de l'imposition forfaitaire unique de 2015 ; le crédit de 1 942,60 euros figurant au compte Boursorama XXX9748 correspond à un compte de trading ; le crédit de 50 257,30 euros figurant au compte Société Générale XXX6440 correspond au paiement d'une somme due par l'entreprise BAC depuis trente ans ; le crédit de 960 euros figurant au compté Société générale XXX6440 correspond à l'indemnisation du sinistre effraction survenu le 26 novembre 2015 ;

- les éléments produits par l'administration le 18 février 2019 au titre de l'article 76 B du livre des procédures fiscales sur le détail des opérations susmentionnées ne permettent pas de démontrer que les virements visés auraient été faits sur des comptes ouverts par M. B A à l'étranger ; il a cru effectuer des virements entre le 1er septembre 2015 et le 23 octobre 2015 à des comptes lui appartenant à l'étranger mais il a en réalité été victime d'une escroquerie pour laquelle une plainte pénale a été déposée ;

- les onze virements d'un montant total de 485 500 euros, effectués sur le compte Boursorama n°XXX5297 de M. B A, proviennent de la vente de propriétés foncières situées sur la commune de Willeroncourt et issues de la succession de ses parents ;

- les virements de 4 000 euros et de 46 000 euros effectués à partir du compte Société Générale XXX6440 ont pour origine un virement de 50 000 euros effectué en provenance du compte Boursorama XXX6917 de M. B A dont il n'est pas possible de retracer l'origine, en l'absence de réponse de cet établissement bancaire ;

- la même somme de 130 000 euros ne saurait donc être imposée les 14 octobre 2014, 19 et 21 janvier 2015, comme transférée à l'étranger, puis le 20 avril 2015, comme en provenance de l'étranger, sous peine d'une double imposition pour la même somme ;

- le virement de 40 000 euros effectué le 14 mai 2015 vers le compte Boursorama XXX5297 intervient au profit d'un compte situé en France ;

- le virement du 30 septembre 2015 de 15 951,09 euros, provient d'une somme de 20 000 euros qui a déjà été imposée en 2014 comme étant transférée à l'étranger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut :

1°) au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- le vice de procédure tiré de la méconnaissance du délai de 60 jours doit être écarté dès lors qu'aucun texte n'interdit à l'administration d'exercer son droit de communication alors même que le délai laissé au contribuable pour produire les documents n'est pas expiré ;

- le principe du contradictoire, préalable à la taxation des flux financiers de la période du 1er au 14 octobre 2014, n'a pas été méconnu dès lors que le vérificateur n'est pas tenu de soumettre au débat l'ensemble des éléments qu'il a rassemblés ; compte tenu des réponses apportées et de son absence manifeste de coopération, il est patent que M. A a refusé le débat que le vérificateur a tenté d'instaurer ;

- concernant les périodes 2015 et 2016, le contribuable qui a eu avec le vérificateur trois entretiens, antérieurement à l'envoi de la notification de redressements, doit être regardé comme ayant bénéficié d'un débat contradictoire ; les diligences régulièrement accomplies avant le décès du contribuable n'ont pas à être réitérées à l'égard de ses héritiers ; les héritiers n'ont été privés d'aucune garantie dès lors que la réunion du 14 décembre 2018 avant pour objet de permettre au vérificateur de s'entretenir avec l'ancien mandataire de M. A des conséquences de son décès sur le contrôle en cours ; subsidiairement, en raison du péril en la demeure issu du risque financier résultant du contrôle, le mandat se poursuivait en application des dispositions de l'article 1991 du code civil ;

- il n'est pas justifié, par les éléments produits, du caractère non imposable de la somme de 80 000 euros transférée à l'étranger, le 14 octobre 2014, sur le compte bancaire chypriote de M. A ;

- le moyen tiré de la justification des plus-values sur cessions de titres des années 2015 et 2016 est inopérant dès lors que l'administration n'a opéré aucune rectification portant sur ces sommes ;

- Faute de justifier l'origine et la nature de ces sommes, la requérante ne peut être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'exagération des bases d'imposition issues des rectifications portant sur des crédits bancaires13 d'origine inexpliquée enregistrés au cours des années 2015 et 2016 ;

- concernant les onze virements à destination de comptes bancaires à l'étranger non déclarés, M. A a formellement reconnu lors du contrôle disposer du compte de courtage en ligne tenu par la société De Giro, société de droit néerlandais ; s'agissant des 7 autres virements effectués sur des comptes à l'étranger, M. A a reconnu, lors de son dépôt de plainte15, avoir viré en 2015 au profit de la société Trade Capital Group des sommes à hauteur de 500 000 euros vers des comptes étrangers, tenus notamment par la société Caixa Bank et la circonstance selon laquelle des détournements de fonds auraient été commis à l'insu et au détriment de M. A ne saurait justifier que ce dernier n'était pas propriétaire des comptes sur lesquels ont été virées les sommes litigieuses ;

- la requérante, malgré ses recherches, n'a pu établir que les sommes de 4 000 euros et 46 000 euros que M. A a transférées en 2015 à l'étranger vers un compte de dépôt qu'il détenait auprès de la société chypriote Lionsman Capital Market, avaient déjà été imposées ou ne devaient pas être soumises à l'impôt au titre de l'année de leur transfert

- la double imposition de la somme de 41 984 euros n'est pas démontrée dès lors que aucun lien direct ne peut être établi entre les sommes portées au crédit du compte et la somme virée de 133 283,80 euros qui a été taxée par ailleurs ;

- concernant le virement de 40 000 euros du 14 mai 2015, le fait de déposer des sommes par le biais d'une banque française, sur un compte de dépôt tenu par une société étrangère constitue un transfert vers l'étranger au sens de l'article 344 A de l'annexe 3 au code général des impôts ;

- par décision du 8 mars 202218, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu afférent à ce virement de 15 951,09 euros, auxquelles M. A été assujetti.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Thierry, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2014, 2015 et 2016. À l'issue du contrôle, l'administration a, d'une part, taxé d'office, par application de l'article L.69 du livre des procédures fiscales, le montant des revenus d'origine indéterminée perçus au cours des années 2015 et 2016 et, d'autre part, imposé, suivant la procédure contradictoire prévue à l'article L.55 du même livre, les sommes qui avaient fait l'objet d'un transfert vers l'étranger ou en provenance de l'étranger sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, en méconnaissance de l'obligation déclarative définie à l'article 1649 quater A du code général des impôts. Les rectifications relatives à l'année 2014 ont été portées à sa connaissance par une proposition de rectification du 19 décembre 2017. À la suite du décès de M. B A survenu en cours de contrôle le 28 novembre 2018, les rectifications relatives aux années 2015 et 2016 ont été portées à la connaissance de ses ayants droit par une proposition de rectification du 19 décembre 2018. Mme C A, pour le compte des ayants droit, a formulé le 22 décembre 2020 auprès de l'administration deux réclamations contentieuses qui ont fait l'objet d'une décision d'acceptation partielle en date du 7 septembre 2021. Par sa requête, Mme C A, en sa qualité d'ayant droit de M. B A, demande au tribunal de prononcer la décharge des compléments d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à la charge de son père au titre des années 2014, 2015 et 2016.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 8 mars 2022, postérieure à l'introduction de la requête, la direction spécialisée de contrôle fiscal Est a prononcé la décharge des sommes de 7 658 euros et de 2 473 euros en droit au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux de l'année 2015. Les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales, qui limitent à un an à compter de la réception de l'avis de vérification la durée de l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable, prévoient également que cette période est prorogée " des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration ". Ces dispositions ne faisaient pas obstacle à ce que l'administration, après avoir demandé au contribuable de lui communiquer ses relevés de compte, exerce, avant même l'expiration du délai de soixante jours imparti au contribuable, son droit de communication auprès des organismes bancaires pour obtenir ces mêmes documents.

4. Il est constant que, par courrier du 13 septembre 2017, le service des impôts a invité M. A à lui remettre, dans un délai de soixante jours, les relevés de ses comptes en banque et a, sans attendre le terme de ce délai, exercé son droit de communication pour obtenir ces mêmes documents. Si la requérante soutient qu'il appartenait à l'administration d'attendre l'expiration du délai de soixante jours laissé à son père avant de mettre en œuvre son droit de communication, les dispositions précitées ne font cependant pas obstacle à ce que le service mette en œuvre sans délai son droit de communication. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu en vertu des articles L. 47 à L. 50 du livre des procédures fiscales interdit au vérificateur d'adresser la notification de redressement qui, selon l'article L. 48, marque l'achèvement de cet examen, sans avoir au préalable engagé un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir.

6. Il résulte de l'instruction qu'interrogé par le service quant à sa possession de comptes à l'étranger, M. A a affirmé, au cours du premier entretien le 9 novembre 2017, qu'il ne disposait pas de comptes bancaires à l'étranger. Par la suite, il a indiqué, dans son courrier du 29 novembre 2017, répondant à la demande de production de relevés bancaires et de renseignements que lui avait adressée le vérificateur par lettre du 24 novembre 2017, qu'il n'avait pas connaissance du compte bancaire qu'il détenait auprès de la société Barclays Banque PLC, et que, s'agissant des comptes de trading dont il était détenteur auprès de la société Activ Trades PLC, l'administration disposait de moyens pour les obtenir. Un dernier entretien est intervenu le 18 décembre 2017 au cours duquel les rectifications portant sur les virements en cause lui ont été présentées. Si la requérante soutient que le principe du contradictoire a été méconnu, en l'absence de communication des éléments recueillis au travers de l'exercice du droit de communication de l'administration, il ressort de la chronologie des faits rappelés par l'administration et non contestée que l'administration a tenté, à plusieurs reprises d'établir un dialogue avec M. A, que ce dernier a pour partie refusé. Dans ces conditions, alors qu'il n'appartenait pas au service de soumettre au débat l'ensemble des éléments qu'il avait rassemblés, Mme A n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure de vérification.

7. En dernier lieu, dans le cas où le contribuable décède avant l'envoi de la proposition de rectification, le vérificateur doit poursuivre avec ses ayants-droit le dialogue contradictoire engagé avec le contribuable décédé.

8. Il résulte de l'instruction que le vérificateur a mené avec M. A, trois entretiens les 9 novembre 2017, 28 mars et 7 septembre 2018 au cours desquels il a notamment évoqué, à plusieurs reprises, la justification de crédits inexpliqués sur ses comptes bancaires personnels, a répondu aux exigences découlant d'un débat contradictoire avec l'intéressé. À l'issue du dernier entretien, le vérificateur a offert à M. A, par courrier du 21 novembre 2018, la possibilité de participer à une réunion de synthèse. La requérante soutient que le dialogue n'a pas été poursuit avec les ayants droit de M. B A, à la suite du décès de ce dernier, qu'un délai de vingt-et-un jours s'est écoulé entre le décès de M. B A et l'envoi de la proposition de rectification et que l'ancien mandataire de son père n'avait pu valablement la représenter lors de la réunion du 14 décembre 2018, le décès de son mandant ayant mis fin à son mandat. Toutefois, il n'est pas contesté que le service n'a été informé du décès de M. B A que le 3 décembre 2018 et a souhaité maintenir la réunion du 14 décembre 2018 afin de s'entretenir avec l'ancien mandataire de M. A et principal interlocuteur de l'administration des conséquences du décès de ce dernier en lui demandant de prendre contact avec les ayants droit du défunt pour les tenir informés des conséquences financières du contrôle en cours sur la succession. Le décès de M. A n'imposait pas à l'administration de réitérer les diligences qu'elle avait déjà accomplies avec ce dernier avant son décès. Il n'est pas contesté que les trois entretiens des 9 novembre 2017, 28 mars 2018 et 7 septembre 2018 ont permis aux parties d'évoquer à plusieurs reprises, la justification des différents crédits inexpliqués et que la réunion du 14 décembre 2018 avait pour seul objet de faire la synthèse de ces échanges passés. Dans ces conditions, l'absence de tenue d'une réunion de synthèse, laquelle n'est exigée par aucun texte, n'a pas eu pour effet de remettre en cause le caractère contradictoire de la procédure d'imposition.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

9. D'une part, aux termes de l'article 1649 A du code général des impôts, dans sa version applicable : " () Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. Les modalités d'application du présent alinéa sont fixées par décret. / Les sommes, titres ou valeurs transférés à l'étranger ou en provenance de l'étranger par l'intermédiaire de comptes non déclarés dans les conditions prévues au deuxième alinéa constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables. ". Aux termes de l'article 344 A de l'annexe 3 du même code, dans sa version applicable : " I. - Les comptes à déclarer en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts sont ceux ouverts auprès de toute personne de droit privé ou public qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou espèces. / II. - Les personnes physiques joignent la déclaration de compte à la déclaration annuelle de leurs revenus. Chaque compte à usage privé, professionnel ou à usage privé et professionnel doit être mentionné distinctement. () ".

10. Ces dispositions, qui instaurent l'obligation, pour tout contribuable domicilié en France, de déclarer à l'administration les références de tout compte bancaire ouvert, utilisé ou clos à l'étranger, prévoient qu'à défaut d'une telle déclaration, les fonds ayant transité par ce compte constituent des revenus imposables, sauf pour le contribuable à apporter la preuve que les sommes en question n'entraient pas dans le champ d'application de l'impôt ou en étaient exonérées, ou qu'elles constituaient des revenus qui avaient déjà été soumis à l'impôt. Entre dans le champ de l'obligation déclarative posée par ces dispositions tout compte bancaire ouvert, utilisé ou clos à l'étranger par une personne physique, une association ou une société n'ayant pas la forme commerciale, domiciliée ou établie en France, quel que soit le titulaire de ce compte, y compris notamment si ce titulaire est une société commerciale. Un compte bancaire ne peut être regardé comme ayant été utilisé pour une année donnée que si l'utilisateur du compte a, au cours de cette année, effectué au moins une opération de crédit ou de débit sur ce compte. Lorsque l'administration fiscale dispose d'éléments établissant l'utilisation de comptes non déclarés à l'étranger au titre d'une ou plusieurs années, leurs détenteurs ou leurs ayants droit sont présumés, sauf preuve contraire, avoir continué de les utiliser les années suivantes et avoir méconnu, au titre de ces années, l'obligation déclarative prévue par l'article 1649 A du code général des impôts. L'administration fiscale est alors fondée à se prévaloir du délai de reprise spécial de dix ans prévu par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales aux fins d'imposer, le cas échéant, au titre de ces années, tant les transferts réalisés en provenance ou au bénéfice de ces comptes dissimulés que les revenus issus des avoirs y figurant.

11. D'autre part, aux termes de l'article 1649 quater A du code général des impôts, dans sa version applicable : " () Les sommes, titres ou valeurs transférés vers l'étranger ou en provenance de l'étranger constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables lorsque le contribuable n'a pas rempli les obligations prévues à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier et au règlement (CE) n° 1889/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 26 octobre 2005, relatif aux contrôles de l'argent liquide entrant ou sortant de la Communauté ". Aux termes de l'article L. 152-1 du code monétaire financier, dans sa version applicable : " Les personnes physiques qui transfèrent vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un Etat membre de l'Union européenne des sommes, titres ou valeurs y compris les valeurs mentionnées à l'article L. 561-13, les moyens de paiement décrits par la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière, ou de l'or, sans l'intermédiaire d'un établissement de crédit, d'un établissement de monnaie électronique, d'un établissement de paiement ou d'un organisme ou service mentionné à l'article L. 518-1 doivent en faire la déclaration dans des conditions fixées par décret. / Une déclaration est établie pour chaque transfert à l'exclusion des transferts dont le montant est inférieur à 10 000 euros ".

12. Les sommes, titres ou valeurs qui font l'objet d'un transfert vers l'étranger ou en provenance de l'étranger en méconnaissance de l'obligation déclarative définie à l'article 1649 quater A du code général des impôts sont présumés constituer des revenus imposables. Cette présomption naît lorsque le contribuable ne dispose plus d'aucune des possibilités de s'acquitter de son obligation déclarative, ou lorsque, à l'occasion d'un contrôle, il ne procède pas à la déclaration de sommes, titres ou valeurs qui sont en sa possession alors qu'il est établi, notamment par un titre de transport, qu'il se rend à l'étranger ou qu'il en provient.

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, M. A a transféré, le 14 octobre 2014, une somme de 80 000 euros à un compte qu'il avait ouvert dans les livres d'une banque chypriote et qu'il n'avait pas déclaré à l'administration. Cette dernière a considéré cette somme comme constituant un revenu imposable en application des dispositions précitées. Pour contester cette imposition, Mme A soutient que ce virement constituait, à concurrence de 50 000 euros, au déblocage de la succession des parents de M. B A. Si elle produit un relevé bancaire faisant apparaître des opérations libellées avec la mention " DEBLOCAGE PARTIEL SSION A ", il résulte de l'instruction que cette mention figure sur un total de quatre-vingt-huit opérations inscrites au débit et au crédit du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, dont certaines correspondent à des retraits effectués auprès de distributeurs automatiques de billets. Par suite, Mme A ne peut être regardée, par la production de ce seul élément, comme rapportant la preuve du caractère non imposable du virement litigieux.

14. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le montant des plus-values de cession dégagées en 2015 et 2016 est justifié, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait redressé M. A à raison de ces opérations.

15. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a, notamment, réintégré dans l'assiette imposable à l'impôt sur le revenu des années 2015 et 2016 des sommes de 45 000 euros, 1 942,60 euros, 50 257,30 euros et de 960 euros. Pour contester ces impositions, Mme A soutient que le crédit bancaire de 45 000 euros figurant au compte Boursorama n°XXX9083 correspond à la vente de titres KGN Moviles SL, dont le prix a été taxé au titre de l'imposition forfaitaire unique de 2015, que le crédit de 1 942,60 euros figurant au compte Boursorama n°XXX9748 correspond à un compte de trading, que le crédit de 50 257,30 euros figurant au compte Société Générale n°XXX6440 correspond au paiement d'une somme due par l'entreprise BAC depuis trente ans et que le crédit de 960 euros figurant au compte Société Générale n°XXX6440 correspond à l'indemnisation du sinistre effraction survenu le 26 novembre 2015. A l'appui de ces affirmations, Mme A se borne à produire une attestation de règlement établie par la société Groupama, le 2 février 2022, précisant que la somme de 960 euros a été versée à M. A en réparation d'un sinistre survenu, le 26 novembre 2015. Par suite Mme A ne peut être regardée comme justifiant du caractère non imposable des sommes litigieuses qu'à hauteur de 960 euros.

16. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans l'assiette imposable de l'impôt sur le revenu de l'année 2015 onze virements effectués à partir du compte Boursorama n°XXX5297 de M. A, entre le 14 mai 2015 et le 10 décembre 2015, pour un montant total de 485 500 euros. D'une part, si la requérante soutient que les virements des 14 mai 2015, 20 juillet 2015, 26 octobre 2015 et 10 décembre 2015 ont été effectués à destination d'un compte situé en France, il n'est pas contesté par Mme A que ces quatre virements ont été réalisés à destination de comptes bancaires tenus par la société de courtage en ligne De Giro, société de droit néerlandais auprès de laquelle M. A disposait d'un compte titres ouvert à son nom, et qui constituaient dès lors des transferts vers l'étranger au sens de l'article 344 A de l'annexe 3 au code général des impôts. D'autre part, la requérante soutient que l'administration n'aurait pas démontré que les comptes sur lesquels ont été transférées les sept autres sommes représentant un montant de 335 500 euros appartenaient à M. A et que ce dernier a été victime d'un abus de confiance ou d'une escroquerie. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification, que ce dernier a déclaré, lors de son dépôt de plainte, avoir viré en 2015 au profit de la société Trade Capital Group des sommes à hauteur de 500 000 euros vers des comptes étrangers, tenus notamment par la société Caixa Bank et que M. A apparaît, dans les relevés de banque établis par la société Trade Capital Group, comme propriétaire des comptes litigieux. Enfin si la requérante soutient que les onze virements effectués sur le compte Boursorama n°XXX5297 de M. B A proviennent de la vente de propriétés foncières situées sur la commune de Willeroncourt et issues de la succession du père ou de la mère de ce dernier, dont le prix a été placé sur des comptes auprès du GIE AFER puis a transité par des banques avant d'être viré sur le compte Boursorama litigieux, elle ne saurait établir la réalité de ses affirmations par la seule production d'un acte de cession de biens immobiliers du 16 mars 1996 et de relevés annuels de placements effectuées auprès du GIE AFER entre 1993 et 2018.

17. En cinquième lieu, en se bornant à soutenir que les virements de 4 000 euros et de 46 000 euros effectués à partir du compte Société Générale n°XXX6440, à destination, d'un établissement bancaire chypriote, ont pour origine un virement de 50 000 euros effectué en provenance du compte Boursorama n°XXX6917 de M. B A dont il n'est pas possible de retracer l'origine, en l'absence de réponse de cet établissement bancaire, Mme A ne conteste pas utilement la qualification de revenu imposable de ces sommes.

18. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans l'assiette imposable de l'impôt sur le revenu de l'année 2015 une somme de 41 984 euros, correspondant à une fraction d'un virement de 133 283,80 euros en provenance d'un compte détenu par M. A dans un établissement bancaire chypriote. Mme A conteste l'imposition de ce virement à concurrence de la somme de 41 984 euros dès lors que M. A avait précédemment transféré des sommes de 80 000 euros, 4 000 euros et de 46 000 euros à destination de ce même compte et que ces sommes ont été taxées sur le fondement de l'article 1649 A du code général des impôts. Toutefois, il n'est pas contesté qu'au jour du virement litigieux, le solde du compte chypriote de M. A s'élevait à la somme de 171 983,30 euros, correspondant à la somme de 130 000 euros précédemment transférée et à celle de 41 983,30 euros tirée d'activité de courtage à Chypre. Par suite, la requérante ne démontre pas que la somme de 41 984 euros transférée de Chypre a déjà été soumise à l'impôt ou en était exonérée.

19. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a réintégré dans l'assiette imposable de l'impôt sur le revenu de l'année 2015 une somme de 40 000 euros, correspondant à un virement effectué le 14 mai 2015. Si la requérante fait valoir que cette somme a été transférée d'un compte bancaire domicilié en France et non à l'étranger, il n'est pas contesté qu'elle a été virée à un compte bancaire tenu par la société de courtage en ligne De Giro qui est une société de droit néerlandais auprès de laquelle M. A disposait d'un compte titres ouvert à son nom. Par suite, Mme A ne conteste pas utilement la qualification de revenu imposable de ces sommes.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu de M. A de l'année 2015 et des prélèvements sociaux correspondants, en tant que l'administration a réintégré la somme de 960 euros dans l'assiette imposable à ces impôts.

Sur les frais de l'instance :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge l'Etat qui n'est pas la partie perdante au principal dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge des sommes de 7 658 euros et de 2 473 euros en droit au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux de l'année 2015.

Article 2 : Les bases de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux fixées à la charge de M. A au titre de l'année 2015 sont réduites d'une somme de 960 euros.

Article 3 : M. A est déchargé de la différence entre la cotisation supplémentaire à l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2015, et ceux qui résultent de l'article 2.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

S. DavesneLe greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2103221

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