jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103351 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | RICHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 novembre 2021 et 14 février 2023, la société civile immobilière Anago, représentée par Me Richard, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Toul à lui verser les sommes respectives de 73 639,01 euros et 2 000 euros en réparation, d'une part, du préjudice matériel résultant des sommes indument versées à la commune, d'autre part de son préjudice moral, ces sommes portant intérêts au taux légal à compter du 9 septembre 2021, date de notification de la demande préalable d'indemnisation, avec capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Toul la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête, qui repose sur une cause juridique distincte de celle par laquelle elle a formé une opposition au titre exécutoire, est recevable ;
- le titre exécutoire émis à son encontre le 13 décembre 2019 est entaché d'une illégalité fautive et d'une erreur de fait dès lors qu'en présence d'un incendie volontaire, elle n'a pas à supporter les frais exposés par la commune de Toul dans le cadre de la mise en œuvre des arrêtés de péril des 19 juin et 2 août 2012 ;
- l'ordre de recouvrer et de payer méconnaît les articles 11 et 19 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique dès lors qu'il n'est pas assorti des pièces justificatives requises ;
- la créance n'est pas fondée dès lors que les travaux prescrits par l'arrêté n'ont pas été exécutés par la commune de Toul ;
- son préjudice s'élève à la somme globale de 73 639,01 euros ;
- subsidiairement, elle est fondée à demander le reversement de cette somme dès lors que la commune s'est enrichie à son dépens.
Par des mémoires enregistrés les 20 octobre 2022, 3 mars et 12 octobre 2023, la commune de Toul, représentée par Me Tadic, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a déjà formé une opposition à titre exécutoire et s'est désistée de cette action en raison de la tardiveté :
- la requête repose sur le même fondement que l'opposition à titre exécutoire dont elle s'est désistée, de sorte qu'elle est tardive et devra être rejetée à ce titre ;
- toute demande dont le fait générateur est antérieur au 1er janvier 2017 est prescrite sur le fondement de la loi du 31 décembre 1968 ;
- la circonstance que le tribunal de grande instance de Nancy ait condamné solidairement deux personnes physiques est sans incidence sur la créance fondée sur le recouvrement des dépenses engagées pour le compte du propriétaire dans le cadre des travaux d'exécution forcée ;
- la créance est fondée ;
- la commune a produit l'ensemble des pièces justificatives devant le juge judiciaire ;
- l'irrégularité du titre exécutoire est sans incidence sur le bien-fondé de la créance ;
- subsidiairement, la société requérante n'établit pas son préjudice moral.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Bastian, rapporteur public,
- les observations de Me Richard, pour la SCI Anago,
- et les observations de Me Tadic, pour la commune de Toul.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la nuit du 25 au 26 septembre 2010, un immeuble situé 8 place Mansuy à Toul, appartenant à la société civile immobilière (SCI) Anago, a été incendié. Par des arrêtés des 19 juin et 2 août 2012, le maire de Toul a mis en demeure la SCI Anago, en redressement judiciaire depuis le 26 mars 2012, de procéder, d'une part, à la destruction et à l'évacuation de la partie commerciale au rez-de-chaussée, de la partie appartement de l'étage (parcelle BS 174) et de la partie contigüe (parcelle BS 124), d'autre part à des mesures de préservation des bâtiments mitoyens, en précisant qu'il y serait procédé d'office par la commune et à ses frais en cas de carence. Par une ordonnance du 13 novembre 2012, le juge des référés du tribunal de grande instance de Nancy a, sur la demande de la commune de Toul, ordonné la démolition des parties brûlées, déformées et effondrées de l'immeuble, autorisé la commune à procéder d'office et à ses frais à la démolition de la partie commerciale au rez-de-chaussée, à la partie appartement de l'étage et à la partie bureau contigüe, avec évacuation des gravats, et à recouvrer les sommes correspondantes, sous réserve du redressement judiciaire de la SCI Anago. A l'issue de la procédure de redressement judiciaire de la SCI Anago, intervenue le 18 mai 2015, le mandataire judiciaire de cette dernière a, le 22 juin 2015, versé à la commune la somme de 29 649,44 euros. L'incendie à l'origine du sinistre étant d'origine criminelle, le tribunal de grande instance de Nancy, par un jugement correctionnel statuant sur les intérêts civils du 20 mars 2018, a reconnu le préjudice matériel de la commune de Toul, à hauteur de 80 579,21 euros, correspondant aux frais engagés au titre des arrêtés de péril, et condamné les auteurs de cet incendie à réparer ce préjudice. Le 13 décembre 2019, le comptable public a émis à l'encontre de la SCI Anago un titre exécutoire, pour un montant total de 43 999,47 euros, correspondant, selon ses dires, au montant des travaux réalisés sur le fondement des arrêtés de péril des 19 juin et 2 août 2012 et du jugement correctionnel sur intérêts civils précité du 20 mars 2018, déduction faite à la fois des sommes demeurant à la charge des auteurs de l'incendie, des sommes déjà versées par ceux-ci et des sommes déjà versées par le mandataire judiciaire de la SCI Anago le 22 juin 2015. Par sa requête, la SCI Anago demande au tribunal de condamner la commune de Toul, à titre principal sur le fondement de la responsabilité pour faute et subsidiairement sur le terrain de l'enrichissement sans cause, à lui verser les sommes de 73 639,01 et 2 000 euros en réparation à la fois de son préjudice matériel et de son préjudice moral.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toul :
2. Il résulte de l'instruction que la SCI Anago a, le 18 mai 2021, introduit un recours tendant à être déchargée des frais mis à sa charge par le titre exécutoire précité du 13 décembre 2019, d'un montant de 43 999,47 euros, avant d'ailleurs de s'en désister en raison de la tardiveté de son action, ce qu'elle a d'ailleurs admis dans ses écritures. Dans le cadre de la présente instance, dès lors que la société requérante sollicite une indemnité pour faute de la commune d'un montant au moins égal à celui des sommes mises à sa charge par le titre exécutoire émis le 13 décembre 2019, elle doit être regardée comme formant des conclusions ayant en réalité le même objet que celles tendant à la décharge de ce titre. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'exception de recours parallèle doit, dans cette mesure, être accueillie.
Sur le surplus des conclusions indemnitaires de la SCI Anago :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
3. En premier lieu, pour demander la réparation du préjudice que lui cause le versement de la somme supplémentaire de 29 649,44 euros, la société requérante se prévaut de l'illégalité du titre exécutoire émis le 13 décembre 2019. Toutefois, dès lors qu'il résulte de l'instruction que cette somme de 29 649,44 euros a été versée spontanément, par lettre-chèque du 22 juin 2015, par Me Bruart, en sa qualité de mandataire judiciaire de la société requérante à cette date, et que cette même somme, correspondant au montant versé par le mandataire judiciaire de la SCI Anago le 22 juin 2015, n'était pas mise à sa charge par le titre exécutoire du 13 décembre 2019, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de ce titre, sans lien avec le préjudice dont elle se prévaut, pour en demander réparation.
4. En deuxième lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de la contestation d'une somme versée spontanément, ni des dispositions de l'article 11 du décret susvisé du 7 novembre 2012, lesquelles concernent les pièces justificatives dont doivent être assorties les ordres de recouvrer et de payer, ni de celles de l'article D. 1617-21 du code général des collectivités territoriales, imposant aux comptables publics de s'assurer que les opérations de recette sont justifiées.
5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que cette somme, versée spontanément par son mandataire judiciaire, a donné lieu à l'émission de deux titres exécutoires en vue de régulariser ce versement, le premier correspondant à des frais de dératisation des lieux, pour un montant de 6 206,40 euros, le second pour des travaux liés au péril du " Rabo d'or ", pour un montant de 23 443,04 euros. En se bornant à soutenir que la commune de Toul ne justifie pas de la créance totale, d'un montant de 29 649,44 euros, qu'elle prétend détenir sur elle, la société requérante, qui a, ainsi qu'il a été dit, versé spontanément cette somme par l'intermédiaire de son mandataire judiciaire, n'apporte aucun élément de nature à établir que ce montant ne serait pas justifié.
6. En dernier lieu, faute d'établir l'existence d'une faute de la commune de Toul, les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante en réparation de son préjudice moral ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'enrichissement sans cause :
7. Il résulte de l'instruction que le versement de la somme de 29 649,44 euros correspond à des travaux réalisés d'office par la commune de Toul faute pour la SCI Anago d'en avoir supporté la charge. Ces travaux n'ont ainsi pas profité à la commune. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune aurait bénéficié d'un enrichissement sans cause.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la SCI Anago doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toul, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCI Anago. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Toul sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société civile immobilière Anago est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Toul présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Anago et à la commune de Toul.
Délibéré après l'audience publique du 19 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président-rapporteur,
- Mme Bourjol, première conseillère,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,
A. Bourjol
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2103351
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026