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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2103463

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2103463

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2103463
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS AUDIT CONSEIL DEFENSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 novembre 2021 et le 4 octobre 2023, la société les constructeurs vosgiens, représentée par Me Cuny, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Pierre-Percée à lui verser la somme de 54 827,70 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts moratoires, correspondant, d'une part, aux travaux supplémentaires réalisés, d'autre part, aux frais liés à l'allongement de la durée du chantier du fait des retards dans le cadre de l'exécution du lot n° 1 " voiries, réseaux divers, espaces verts " du marché ;

2°) de condamner la commune de Pierre-Percée à lui verser la somme de 1 212,40 euros au titre des intérêts moratoires pour le paiement tardif des factures, émises entre le 30 mai 2017 et le 23 juin 2020, dans le cadre de l'exécution du lot n° 1 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pierre-Percée la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à solliciter la somme de 7 689,75 euros hors taxe (HT) correspondant au montant des travaux supplémentaires liés à la réalisation des nouveaux mètres linéaires de réseaux ;

- elle est fondée à solliciter la somme de 3 200 euros HT pour les travaux supplémentaires réalisés correspondant aux prestations d'arrachage de l'ancienne végétation et de l'apport de trapp ;

- elle est fondée à solliciter la somme de 34 800 euros HT correspondant aux frais liés à l'allongement de la durée du chantier pendant plus de deux ans ;

- elle est fondée à solliciter la somme de 1 212,40 euros HT au titre des intérêts moratoires dus en raison des retards de paiement des factures émises entre le 30 mai 2017 et le 23 juin 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la commune de Pierre-Percée, représentée par Me Coulon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la société les constructeurs vosgiens au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute de comporter des moyens ;

- la société requérante n'est pas fondée à réclamer le paiement des mètres linéaires supplémentaires réalisés, compte tenu du caractère forfaitaire du prix du marché et de l'accord conclu sans réserve entre les parties le 21 janvier 2019 ;

- elle n'est pas fondée à réclamer le paiement des aménagements des espaces verts dès lors que ces travaux n'étaient pas indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art et qu'ils ont été réalisés sans ordre de service ;

- elle n'est pas fondée à réclamer le paiement des frais engendrés par le retard du chantier dès lors qu'elle n'établit ni le lien de causalité entre la faute du maître d'ouvrage et l'allongement de la durée du chantier, ni la preuve des réunions de chantier supplémentaires, ni enfin celle des 17 amenés et replis supplémentaires de pelleteuses dont elle se prévaut, alors que le marché comprend un prix forfaitaire réputé assurer une marge au titulaire à raison des risques ;

- elle n'est pas fondée à réclamer le paiement d'intérêts moratoires correspondant à des factures sans établir la date de transmission des factures complètes conformément aux pièces du marché et au décret n° 2016-1478 du 2 novembre 2016.

Les parties ont été informées, le 7 septembre 2023, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de ce que l'instruction était susceptible d'être close par une ordonnance de clôture de l'instruction, sans information préalable, à compter du dernier trimestre 2023.

La clôture de l'instruction a été ordonnée le 27 novembre 2023.

Les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.

Par un mémoire enregistré le 9 avril 2024, la commune de Pierre-Percée a répondu à la mesure supplémentaire d'instruction.

Par un mémoire enregistré le 10 avril 2024, la société les constructeurs vosgiens a répondu à la mesure supplémentaire d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cuny, représentant la société les constructeurs vosgiens.

La commune de Pierre-Percée n'était ni présente ni représentée.

Des pièces, enregistrées le 31 mai 2024, ont été présentées pour la société les constructeurs vosgiens postérieurement à l'audience et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 janvier 2017, la société les constructeurs vosgiens (LCV), venant aux droits de la société Brignon BTP, s'est vue attribuer par la commune de Pierre-Percée la réalisation du lot n° 1 " voiries, réseaux divers et espaces verts " du marché public de travaux relatif à la création d'un centre d'accueil et d'un point d'information liés aux activités du lac de Pierre-Percée, ainsi que d'un centre d'hébergement et de remise en forme à Pierre-Percée, et portant aménagement des abords. La réception des travaux a été prononcée avec réserves le 5 janvier 2021. Par la présente requête, la société LCV demande au tribunal de condamner la commune de Pierre-Percée à lui verser, d'une part, la somme de 54 827,70 euros TTC, correspondant à la fois au montant des travaux supplémentaires qu'elle estime avoir effectués ainsi qu'aux frais liés à l'allongement de la durée du chantier, d'autre part, la somme de 1 212,40 euros correspondant aux intérêts moratoires dus en raison des retards de paiement de factures émises entre le 30 mai 2017 et le 23 juin 2020.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les travaux supplémentaires :

2. Le caractère global et forfaitaire du prix du marché ne fait pas obstacle à ce que l'entreprise cocontractante sollicite une indemnisation au titre de travaux supplémentaires effectués, même sans ordre de service, dès lors que ces travaux étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art, sauf dans le cas où la personne publique s'est préalablement opposée, de manière précise, à leur réalisation. Dans ce cadre, l'entreprise peut également solliciter l'indemnisation des travaux supplémentaires utiles à la personne publique contractante lorsqu'ils sont réalisés à sa demande.

3. D'une part, il résulte de l'instruction qu'en cours d'exécution du contrat en litige, un différend est apparu en ce qui concerne la prise en charge des mètres linéaires supplémentaires de réseaux exigés par le maître d'ouvrage et que celui-ci a donné lieu à la signature d'un avenant de régularisation n° 1, le 21 janvier 2019, figurant dans le décompte général établi par le maître d'ouvrage, sur la base d'un devis établi le 17 janvier 2019. Si la société requérante, signataire du marché litigieux à prix global et forfaitaire, ainsi que le prévoit l'article 3-2.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché en litige, demande le versement de la somme de 7 689,75 euros correspondant à la réalisation de mètres linéaires de réseaux supplémentaires non couverts par cet avenant, elle n'apporte, par les pièces qu'elle produit, ni la preuve que la réalisation de ceux-ci était indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art, ni qu'elle était utile et faisait suite à une demande, même tacite, de la commune de Pierre-Percée. Par suite, la société LCV n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ces travaux supplémentaires.

4. D'autre part, s'agissant des travaux supplémentaires d'aménagements extérieurs, il résulte de l'instruction que le devis correspondant aux prestations d'" arrachage de la végétation derrière le mur extérieur de l'hôtel, de nettoyage, de débroussaillage, de suppression de certains arbustes avec dessouchage en vue de la plantation de la haie libre ", ainsi que pour la prestation d'" apport de trapp de Raon l'Etape en remplacement des tuiles concassées, trapp de 0/20 " a fait l'objet d'un refus du maître d'ouvrage par une délibération n° 2019-104 du 16 décembre 2019. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la commune de Pierre-Percée aurait ensuite donné son accord, même tacite, à la société LCV, pour la réalisation de telles prestations. Dans ces conditions, et alors qu'en vertu du paragraphe B de l'article 5-3 du CCAP du marché, le titulaire du marché doit solliciter l'accord du maître d'ouvrage pour la mise en place de nouveaux plants, la société requérante n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ces travaux supplémentaires.

En ce qui concerne les frais liés à l'allongement de la durée du chantier :

5. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

6. La société requérante se prévaut de l'allongement de la durée du chantier au-delà de deux ans pour réclamer le remboursement des frais de personnel et d'immobilisation du matériel qu'elle a engagés. Toutefois, les éléments qu'elle produit, notamment le calendrier prévisionnel et les ordres de service portant prolongation de la durée de l'exécution du lot n° 1 du marché en litige, prévue à l'article 3 de l'acte d'engagement, auquel renvoie l'article 4-1 du CCAP du marché en litige, ne permettent pas d'établir une faute imputable au maître d'ouvrage. Par suite, la société LCV n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune à l'indemniser des frais liés à l'allongement de la durée du chantier.

En ce qui concerne la somme réclamée au titre d'intérêts moratoires pour le paiement tardif de factures émises entre le 30 mai 2017 et le 23 juin 2020 :

7. Aux termes de l'article 3-2 du cahier des clauses administratives particulières du marché en litige, lequel renvoie à l'article 13 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux dans sa version issue de l'arrêté du 8 septembre 2009 : " le délai global de paiement des avances, acomptes, solde et indemnités est fixé à 30 jours. / Le défaut de paiement dans ce délai fait courir de plein droit, et sans autre formalité, des intérêts moratoires () ".

8. Pour prétendre au paiement des intérêts moratoires liés au paiement tardif des factures émises entre le 30 mai 2017 et le 23 juin 2020, la société requérante produit un tableau réalisé par ses soins mentionnant les dates d'émission de ces factures et les dates de règlement de ces dernières, ainsi que le nombre de jours de retard. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces mentions, contestées par la commune, ne correspondent pas aux informations figurant dans le décompte général relatif au lot n° 1 produit en défense recensant les acomptes versés mensuellement. Ces éléments n'étant pas utilement remis en cause par la société requérante, notamment par la production de pièces attestant de l'existence de retards dans le paiement des acomptes mensuels, elle n'est pas fondée à solliciter la somme de 1 212,40 euros HT correspondant au montant des intérêts moratoires qui seraient dus par le maître d'ouvrage.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par la société LCV doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pierre-Percée, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société LCV au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société LCV la somme demandée par la commune de Pierre-Percée au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société LCV est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Pierre-Percée présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société les constructeurs vosgiens et à la commune de Pierre-Percée.

Délibéré après l'audience publique du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

L. Philis

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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