mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2103730 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | AARPI MCH AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 décembre 2021, la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade, représentée par Me Savouret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet opposée par la métropole du Grand Nancy à sa demande indemnitaire du 7 octobre 2021 ;
2°) de condamner la métropole du Grand Nancy à lui verser la somme de 1 822 671 euros en réparation des préjudices subis conséquemment aux travaux publics entrepris ;
3°) de mettre à la charge de la métropole du Grand Nancy une somme de 5 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- les travaux de restructuration du centre commercial sont des travaux publics réalisés par et pour le compte de la métropole du Grand Nancy agissant en qualité de maître d'ouvrage ;
- la responsabilité sans faute de la métropole du Grand Nancy est dès lors engagée ;
- elle a subi un préjudice grave, anormal et spécial dès lors qu'elle a connu une importante baisse de clientèle et conséquemment une perte indéniable en termes de chiffre d'affaires en raison de la réalisation, entre 2016 et 2020, de ces travaux publics qui ont bloqué l'accès du magasin, occulté son enseigne commerciale, conduit à des difficultés d'approvisionnement, eu pour effet de supprimer des places de stationnement, provoqué des coupures de courant récurrentes de chauffage en hiver et des coupures de lignes téléphoniques, ont été réalisés sans protection des commerces eu égard aux poussières dégagées par la démolition et sans signalétique à l'attention de la clientèle des commerces et se sont accompagnés de la suppression des services collectifs tels que le gardiennage ou le nettoyage des locaux ;
- outre les pertes d'exploitation, estimées à 1 303 993 euros au titre des exercices clos au 30 septembre de chaque année entre 2015 et 2020, elle a contracté d'importantes dettes locatives résultant des reports de loyers accordés par les SCI La Fauvette et Tradition, et des dettes auprès de son gérant, M. A, pour un montant total de 518 678 euros.
Par des mémoires en intervention enregistrés les 19 juin et 11 décembre 2023, Me Eric Bogelmann, mandataire de la SARL Boulangerie La Cascade, représenté par Me Savouret, s'associe aux conclusions de la requête.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er août et 29 novembre 2023, la métropole du Grand Nancy, représentée par Me Kluczynski, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que l'Agence nationale de la cohésion des territoires soit appelée en garantie ;
3°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable et il n'y a pas lieu d'y statuer, dès lors que la requérante a déjà obtenu une indemnisation au titre de l'expropriation temporaire et que n'étant pas le maître de l'ouvrage des travaux en cause, la requête est mal dirigée ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- à titre plus subsidiaire encore, en cas de condamnation, l'Agence nationale de la cohésion des territoires, maître de l'ouvrage des travaux mis en cause, doit être appelée en garantie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Grascoeur, substituant Me Kluczynski, représentant la métropole du Grand Nancy.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 mai 2012, modifié le 8 janvier 2013, le préfet de Meurthe-et-Moselle a déclaré d'utilité publique les travaux nécessaires à la restructuration du centre commercial La Cascade à Laxou et Maxéville, quartier Champ-le-Bœuf, au profit de l'Établissement public d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (EPARECA) aux droits duquel est venue l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). La SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade, qui exploitait une boulangerie pâtisserie salon de thé sur le site du centre commercial La Cascade où elle occupait les lots n° 10, 11 et 12, a sollicité par un courrier du 4 octobre 2021 le versement de la somme de 1 303 993 euros au titre des pertes d'exploitation et de 518 678 euros au titre des dettes contractées pour pallier ces pertes d'exploitation, à titre d'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi à raison des travaux de restructuration du centre commercial La Cascade. Cette demande a été implicitement rejetée par la métropole du Grand Nancy. Par la requête susvisée, la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade, agissant dans le dernier état de ses écritures par son mandataire liquidateur désigné par jugement du 26 avril 2022 du tribunal de commerce de Nancy, demande l'annulation de ce rejet et la condamnation de la métropole du Grand Nancy à l'indemniser à hauteur de la somme totale de 1 822 671 euros.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Ni la circonstance que la requête serait, le cas échéant, mal dirigée, ni celle qu'un arrêt de la chambre des expropriations de la cour d'appel de Nancy ait condamné l'ANCT à verser à la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade un montant de 42 623 euros mensuels au titre de son expropriation temporaire des lots n° 10 et 12 du centre commercial, dès lors que la demande d'indemnisation du préjudice subi par la requérante à raison des travaux de restructuration du centre commercial, adressée à la métropole du Grand Nancy, n'a pas le même objet, ne sont de nature à priver d'objet les conclusions présentées par la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
3. La décision implicite par laquelle le président de la métropole du Grand Nancy a rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article L. 325-1 du code de l'urbanisme applicable du 15 novembre 1996 au 1er janvier 2020 : " Il est créé un établissement public national pour l'aménagement et la restructuration des espaces commerciaux et artisanaux. / Cet établissement à caractère industriel et commercial est doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière. / Il a pour objet de favoriser l'aménagement et la restructuration des espaces commerciaux et artisanaux [dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les territoires retenus au titre du programme national de requalification des quartiers anciens dégradés mentionné à l'article 25 de la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion]. À cette fin, il assure, après accord des conseils municipaux des communes ou des organes délibérants des établissements publics de coopération communale ou des syndicats mixtes visés à l'article L. 5711-1 du code général des collectivités territoriales concernés, la maîtrise d'ouvrage d'actions et d'opérations tendant à la création, l'extension, la transformation ou la reconversion de surfaces commerciales et artisanales situées dans ces zones. Il peut passer convention avec les communes, établissements publics ou syndicats mixtes concernés ". Aux termes de l'article L. 325-2 du même code applicable du 15 novembre 1996 au 1er janvier 2020 : " L'établissement public peut accomplir tous actes de disposition et d'administration nécessaires à la réalisation de son objet et notamment : / a) Acquérir les fonds commerciaux ou artisanaux ainsi que, le cas échéant, par voie d'expropriation, les immeubles ou droits réels immobiliers nécessaires aux opérations correspondant à son objet ; () ". En vertu des articles L. 1231-1 et L. 1231-2 du code général des collectivités territoriales, ces missions sont désormais confiées à l'ANCT.
5. Par un avenant signé en octobre 2009, la restructuration commerciale du plateau de Haye, impliquant notamment la restructuration du centre commercial La Cascade situé à Laxou et Maxéville, a été intégrée au projet de renouvellement urbain objet de la convention du 19 janvier 2007 conclue entre la communauté d'agglomération du Grand Nancy, devenue la métropole du Grand Nancy, et notamment l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) relative à un projet de renouvellement urbain. Cet avenant prévoit, à son article 2 " Organisation de la conduite du projet d'ensemble " l'ajout d'un point 2-2-d à la convention du 19 juin 2007, qui prévoit en particulier que " la maîtrise d'ouvrage de la réalisation des centres commerciaux est assurée par l'EPARECA, les évictions et les transferts étant menés avec les porteurs des déclarations d'utilité publique mises en place (), l'EPARECA portant celle du centre commercial La Cascade ". En outre, par un arrêté du 23 mai 2012, modifié par un arrêté du 8 janvier 2013, le préfet de Meurthe-et-Moselle a déclaré d'utilité publique les travaux nécessaires à la restructuration du centre commercial " La Cascade " sur le territoire des communes de Laxou et Maxéville, quartier Champ-le-Bœuf, au profit de l'EPARECA. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas des avenants suivants produits par la métropole du Grand Nancy, que la convention du 19 janvier 2007 ait été ultérieurement modifiée sur ce point. L'ANCT venue aux droits de l'EPARECA est, aux termes de l'article L. 1231-1 du code général des collectivités territoriales, un établissement public d'État, disposant d'une personnalité juridique propre. Il s'ensuit que la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade n'est pas fondée à rechercher la responsabilité sans faute de la métropole du Grand Nancy à raison des préjudices causés par les conditions de réalisation des travaux de restructuration de ce centre commercial. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la métropole du Grand Nancy, les conclusions indemnitaires de la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade, prise en la personne de Me Bogelmann, mal dirigées, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
6. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole du Grand Nancy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la métropole du Grand Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade, prise en la personne de Me Bogelmann, est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la métropole du Grand Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Bogelmann, agissant ès qualité de liquidateur de la SARL Boulangerie pâtisserie La Cascade et à la métropole du Grand Nancy.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026