jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200367 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AUBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2022, la société A car évolution, représentée par Me Aubé, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de l'exercice 2016 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le véhicule de marque MAN litigieux a été acquis par son dirigeant, auprès de la société Lorequip'bail, au terme du contrat de crédit-bail conclu avec cette société et non par elle ; son dirigeant a assuré la transformation dudit véhicule à ses frais et en était le seul propriétaire ; par suite, il n'y a pas lieu de réintégrer le prix de cession dans l'assiette imposable à l'impôt sur les sociétés ;
- n'étant pas propriétaire du véhicule litigieux, elle n'est pas redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à cette cession ;
- n'étant pas propriétaire du véhicule litigieux, son prix de cession ne saurait être considéré comme un revenu réputé distribué, sur le fondement du c de l'article 111 du code général du code des impôts ;
- la pénalité de 80% n'est pas due dès lors qu'elle n'était pas propriétaire du véhicule litigieux.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, l'administratrice générale des finances publiques, chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.
- et les observations de Me Aubé, représentant la société A car évolution.
Considérant ce qui suit :
1. D'abord dénommée EURL A puis société Legrand-Thill, l'EURL A car évolution, entreprise soumise à l'impôt sur les sociétés, a pour objet social le transport ainsi que l'installation, l'entretien, le négoce et le dépannage de luminaires ou de tous objets en cristal. Au cours de l'année 2019, cette société a fait l'objet d'un contrôle sur pièce à l'issue duquel l'administration a considéré qu'elle avait sciemment omis de déclarer le produit de la vente d'un véhicule qu'elle a facturé au prix de 120 000 euros toutes taxes comprises. Cette société a saisi l'administration, le 29 novembre 2021, d'une réclamation contentieuse qui a été explicitement rejetée, le 27 décembre 2021.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés et le revenus distribués :
2. En premier lieu aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation () ".
3. L'administration a réintégré dans l'assiette imposable à l'impôt sur les sociétés de l'exercice 2016, la somme de 100 000 euros correspondant au prix de cession d'un véhicule fourgon de marque MAN.
4. Il est constant que la société Legrand-Thill a conclu avec la société Lorequip'bail, au cours de l'année 2006, un contrat de crédit-bail portant sur un véhicule de transport de marque MAN, dont le terme devait intervenir au cours de l'année 2016. A cette occasion, le certificat d'immatriculation de ce véhicule n'a, par erreur, pas été établi au nom de la société Lorequip'bail mais à celui de la société Legrand-Thill.
5. Pour contester la réintégration du prix de cession, la société requérante soutient que le véhicule litigieux n'était pas sa propriété mais celle de son dirigeant qui s'est substitué à elle, au terme du contrat de crédit-bail conclu avec la société de financement Lorequip'bail et qui a levé l'option d'achat du véhicule. Il résulte cependant de l'instruction que, le 18 mars 2016, la société Lorequip'bail a établi une fracture d'un montant de 1 362 euros toutes taxes comprises au nom de la société EURL A, correspondant au prix de levée de l'option d'achat du véhicule MAN. Si la société A car évolution soutient que ladite facture a été établie à tort à son nom et qu'une facture rectificative portant le même numéro et du même montant a été établie au nom de M. A, par la société Lorequip'bail, filiale de la société Banque populaire Alsace Lorraine Champagne (BPALC), le 6 avril 2016, il résulte du courriel établi, le 24 octobre 2019 par la société BPALC que la facture émise au nom de la société EURL A est la seule figurant dans ses dossiers et qu'aucun engagement de crédit-bail n'avait été conclu avec M. A, à titre privé. Par ailleurs, si la société A soutient que le véhicule litigieux a été transformé en home-car par M. A à ses frais, ce qui a nécessité son homologation par la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement, il résulte du courriel établi le 7 octobre 2019 par cette direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement qu'aucune demande d'homologation n'a été gérée par ses services, concernant le véhicule litigieux. Enfin, si la société A soutient qu'elle a émis, le 23 janvier 2016, une facture " pro forma " d'un montant de 120 000 euros au nom de la société Gelain, à une date à laquelle elle n'était pas propriétaire du véhicule, pour permettre à l'acquéreur d'obtenir un financement bancaire, il est constant que ladite facture n'est pas revêtue de la mention " pro forma " et qu'elle a donné lieu au règlement, par l'acheteur du prix de cession, sur le compte de la société A. Dans ces conditions, la société A doit être regardée comme ayant acquis la propriété du véhicule MAN au jour de la levée de l'option d'achat de celui-ci auprès de la société Lorequip'bail. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a réintégré le prix de cession de 100 000 euros dans son assiette imposable à l'impôt sur les sociétés.
6. En second lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".
7. Si la société A soutient qu'elle n'est jamais devenue propriétaire du véhicule de transport de marque MAN, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que cette société doit être regardée comme ayant acquis la propriété du véhicule MAN au jour de la levée de l'option d'achat de celui-ci auprès de la société Lorequip'bail. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a qualifié le prix de cession de revenus distribués.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
8. Aux termes de l'article 283 du code général des impôts : " () 3. Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation () ".
9. Il résulte de l'instruction que le 23 janvier 2016, la société EURL A a établi une facture d'un montant de 100 000 euros hors taxe assortie de 20 000 euros de taxe sur la valeur ajoutée, correspondant au prix de cession d'un véhicule de marque MAN à la société Gelain, facture qui lui a été effectivement payée. Si la société requérante soutient qu'elle n'était pas effectivement propriétaire du véhicule litigieux, il résulte de ce qui a été dit précédemment que ce moyen doit, en tout état de cause, être rejeté.
En ce qui concerne les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses ou de dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat ou en cas d'application de l'article 792 bis ".
11. Pour appliquer la pénalité de 80%, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que l'analyse des déclarations de résultat et de taxe sur la valeur ajoutée déposées par la société requérante sur l'année 2016 a permis de constater cette dernière n'avait pas déclaré le prix de cession du camion de marque MAN dont le produit a été encaissé sur un compte personnel de M. A et sur le fait que l'émission de la facture correspondant au prix de vente ne peut être considérée comme une erreur excusable ou une omission involontaire, ni même une opération réalisée par une tierce personne. Si la société requérante soutient n'avoir jamais été propriétaire du véhicule litigieux, l'administration doit être regardée comme démontrant le caractère délibéré des manœuvres frauduleuses à l'origine des impositions en litige. La société A n'est ainsi pas fondée à demander la décharge des majorations qui lui ont été appliquées.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance et les dépens :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société A car évolution est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société A car évolution et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200367
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026