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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200518

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200518

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200518
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantPHELIP & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2200518, les 18 février 2022, 15 mars 2023, 29 juin 2023 et 23 novembre 2023, la SA Saint-Paul France prise en la personne de Me Duboc, liquidateur judiciaire, et représentée par Me Forget, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le conseil départemental de la Meuse, in solidum avec la société Areas Dommages, à lui verser la somme de 877 217,12 euros, majorée des intérêts de droit à compter de la date de la demande d'indemnisation formée le 23 novembre 2021, avec capitalisation des intérêts échus à compter de la même date ;

2°) de lui donner acte de son désistement en ce qui concerne les conclusions dirigés contre la société Paris Nord Assurances Services (PNAS) ;

3°) de mettre à la charge du département de la Meuse, in solidum avec son assureur Areas Dommages, les entiers dépens, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge du département de la Meuse, in solidum avec son assureur Areas Dommages, une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la destruction par incendie dont le mineur placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance a été reconnu coupable par un jugement du tribunal des enfants de A du 11 juin 2021, qui revêt l'autorité absolue de chose jugée, engage la responsabilité sans faute du département de la Meuse ;

- le préjudice résultant de la destruction du bâtiment historique dénommé " hôtel Desandrouin " et de son annexe s'élève, conformément à la somme retenue par le jugement du tribunal des enfants de A du 11 juin 2021, à la somme de 877 217,12 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 juillet 2022, 17 avril 2023, 23 janvier 2024 et 16 mai 2024, le département de la Meuse et la SARL PNAS, représentés par Me Phelip, concluent :

1°) au rejet de la requête ;

2°) subsidiairement, à ce que soit constaté le caractère partiellement injustifié et en tout cas excessif des sommes réclamées ;

3°) avant-dire droit, à ce que soit ordonnée une expertise avec pour objet d'estimer la valeur après incendie de l'immeuble ;

4°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SA Saint-Paul France en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conclusions dirigées contre la société PNAS sont irrecevables ;

- la faute de la requérante, propriétaire du bien incendié, a été un élément déterminant dans la survenance du sinistre dès lors qu'elle a permis, par sa négligence, l'occupation irrégulière des lieux de manière fréquente s'exposant ainsi à un risque d'incendie qu'implique nécessairement ce type d'occupation ; cette faute est de nature à exonérer totalement l'administration de sa responsabilité ;

- le fait du tiers doit être pris en compte dans la détermination de la part de responsabilité susceptible d'être mise à la charge de l'administration et il y a lieu d'exonérer l'administration de la part de responsabilité revenant aux deux co-auteurs de l'incendie ;

- la valeur de l'immeuble a diminué depuis 2009, date de l'évaluation de sa valeur vénale retenue par la requérante ;

- l'évaluation des dommages faite par le tribunal pour enfants ne saurait être opposée au département ;

- la requérante n'établit pas ne pas avoir été indemnisée par son assureur et par les deux co-auteurs de l'incendie.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2301963, les 29 juin et 23 novembre 2023, la SA Saint-Paul France prise en la personne de Me Duboc, liquidateur judiciaire, et représentée par Me Forget, demande au tribunal :

1°) de condamner le conseil départemental de la Meuse, in solidum avec son assureur Areas Dommages, à lui verser la somme de 877 217,12 euros, majorée des intérêts de droit à compter de la date de la demande d'indemnisation formée le 23 novembre 2021, avec capitalisation des intérêts échus à compter de la même date ;

2°) de mettre à la charge du département, in solidum avec son assureur Areas Dommages, les entiers dépens, en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge du département de la Meuse, in solidum avec son assureur Areas Dommages, une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la destruction par incendie dont le mineur placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance a été reconnu coupable par un jugement du tribunal des enfants de A du 11 juin 2021, qui revêt l'autorité absolue de chose jugée, engage la responsabilité sans faute du département de la Meuse ;

- le préjudice résultant de la destruction du bâtiment historique dénommé " hôtel Desandrouin " et de son annexe s'élève, conformément à la somme retenue par le jugement du tribunal des enfants de A du 11 juin 2021, à la somme de 877 217,12 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, le département de la Meuse, la SARL Paris Nord Assurances Services (PNAS) et la société Areas Dommages, représentés par Me Phelip, concluent :

1°) au rejet de la requête ;

2°) subsidiairement, à ce que soit constaté le caractère partiellement injustifié et en tout cas excessif des sommes réclamées ;

3°) avant-dire droit, à ce que soit ordonnée une expertise avec pour objet d'estimer la valeur après incendie de l'immeuble ;

4°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SA Saint-Paul France en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les conclusions dirigées contre la société PNAS sont irrecevables ;

- la faute de la requérante, propriétaire du bien incendié, a été un élément déterminant dans la survenance du sinistre dès lors qu'elle a permis, par sa négligence, l'occupation irrégulière des lieux de manière fréquente s'exposant ainsi à un risque d'incendie qu'implique nécessairement ce type d'occupation ; cette faute est de nature à exonérer totalement l'administration de sa responsabilité ;

- le fait du tiers doit être pris en compte dans la détermination de la part de responsabilité susceptible d'être mise à la charge de l'administration et il y a lieu d'exonérer l'administration de la part de responsabilité revenant aux deux co-auteurs de l'incendie ;

- la valeur de l'immeuble a diminué depuis 2009, date de l'évaluation de sa valeur vénale retenue par la requérante ;

- l'évaluation des dommages faite par le tribunal pour enfants ne saurait être opposée au département ;

- la requérante n'établit pas l'absence d'indemnisation par son assureur et par les deux co-auteurs de l'incendie.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grandjean, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du tribunal pour enfants de A du 10 juin 2021, devenu définitif, le jeune C B, dont la garde avait été confiée au service du département de la Meuse, a été déclaré coupable de l'incendie qui s'est déclaré le 24 mai 2019 à l'hôtel particulier Desandrouin situé à Bar-le-Duc (Meuse), appartenant à la SA Saint-Paul France. Par un courrier du 23 novembre 2021 réceptionné le 26 novembre 2021, la SA Saint-Paul France, représentée par son liquidateur judiciaire, a demandé au département de la Meuse de l'indemniser du préjudice subi. Cette demande a été implicitement rejetée. Par les requêtes susvisées, la SA Saint-Paul France demande à ce que le département de la Meuse et la compagnie d'assurance Areas Dommages soient solidairement condamnés à lui verser la somme de 877 217,12 euros. Ces deux requêtes ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur le désistement des conclusions dirigées contre la société PNAS :

2. Par la requête enregistrée sous le n° 2200518, la SA Saint-Paul France sollicitait initialement la condamnation solidaire du département de la Meuse et de la société Paris Nord Assurances Services (PNAS) à lui verser la somme de 877 217,22 euros. Par un mémoire enregistré le 29 juin 2023, la requérante a déclaré se désister de ses demandes à l'encontre de la société PNAS. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur le non-lieu :

3. Il ne ressort pas de l'instruction que la requérante aurait obtenu satisfaction en cours d'instance. Par suite, bien que les conclusions présentées dans la requête n° 2301963 soient les mêmes que celles présentées dans la requête n° 22000518, les conclusions de la SA Saint-Paul France n'ont, contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, pas perdu leur objet.

Sur la fin de non-recevoir :

4. La société SA Saint-Paul France justifie par les pièces produites être propriétaire de l'immeuble objet du litige. Par suite, la requérante justifie de son intérêt à agir.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité du département de la Meuse et de la société Areas Dommages :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 375-3 du code civil : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3 À un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil général : / () 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ".

6. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

7. Par un jugement du 10 juin 2021, devenu définitif, le tribunal pour enfants de A a déclaré C B coupable des faits de destruction du bien d'autrui par l'effet d'un incendie et d'avoir ainsi détruit le 24 mai 2019 le bâtiment appartenant à la SA Saint-Paul France situé à Bar-le-Duc. Il résulte de l'instruction qu'à la date des faits, l'intéressé, né le 8 janvier 2002, avait été confié au département de la Meuse en dernier lieu par un jugement en assistance éducative du juge des enfants de A du 5 octobre 2018, pris sur le fondement des articles 375 et suivants du code civil. Dans ces conditions, la responsabilité sans faute du département de la Meuse est engagée en raison des dommages causés au tiers par ce mineur.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 124-3 du code des assurances : " Le tiers lésé dispose d'un droit d'action directe à l'encontre de l'assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable () ". En vertu de l'article L. 2 du code de la commande publique, un contrat d'assurance passé par une des personnes morales de droit public soumises aux dispositions de ce code, notamment par une collectivité territoriale, présente le caractère d'un contrat administratif. L'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre relève de la compétence de la juridiction administrative, dès lors que le contrat d'assurance présente le caractère d'un contrat administratif.

9. En troisième lieu, si les défendeurs se prévalent du fait que deux autres personnes ont participé à la réalisation du sinistre pour soutenir que sa responsabilité doit être limitée à un tiers du préjudice subi par la victime, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que le fait du tiers n'est pas opposable à la victime dans un cas de responsabilité sans faute.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

10. Contrairement à ce que soutient la SA Saint-Paul France l'autorité absolue de la chose jugée sur l'action publique par le tribunal pour enfants ne s'impose qu'en ce qui concerne les faits constatés au soutien de la condamnation pénale prononcée. En revanche, en l'absence d'identité de partie, de cause et d'objet, aucune autorité relative ne s'impose s'agissant de ce qu'a jugé le tribunal pour enfants en ce qui concerne l'action civile. Il appartient ainsi au tribunal d'apprécier le montant des dommages dont la réparation incombe au département de la Meuse et à son assureur, sans être lié sur ce point par le jugement du tribunal pour enfants du 10 juin 2021 dont se prévaut la requérante.

11. Par ailleurs, lorsqu'un dommage causé à un immeuble engage la responsabilité d'une collectivité publique, le propriétaire peut prétendre à une indemnité couvrant, d'une part, les troubles qu'il a pu subir, du fait notamment de pertes de loyers, jusqu'à la date à laquelle, la cause des dommages ayant pris fin et leur étendue étant connue, il a été en mesure d'y remédier et, d'autre part, une indemnité correspondant au coût des travaux de réfection. Ce coût doit être évalué à cette date, sans pouvoir excéder la valeur vénale, à la même date, de l'immeuble exempt des dommages imputables à la collectivité.

12. En premier lieu, il résulte des termes du jugement du tribunal pour enfants de A du 10 juin 2021 que la valeur du bâtiment détruit a été estimée par la justice commerciale qui en avait autorisé la cession en 2009 au prix de 350 000 euros. Toutefois, les défendeurs produisent un avis de valeur établi par un office notarial le 16 juillet 2014 situant la valeur du bâtiment principal situé 36 boulevard Raymond Poincaré à Bar-le-Duc dans une fourchette de 250 000 à 280 000 euros et estimant la valeur du bâtiment annexe situé 38 boulevard Raymond Poincaré au prix de 40 000 euros. La défense n'apporte aucun élément relatif à une dégradation du bien ou une évolution du marché immobilier entre 2014 et 2019 telles qu'elles auraient conduit à une baisse supplémentaire de la valeur de l'immeuble à la date du sinistre qui l'a détruit. La requérante ne discutant pas cette dernière estimation, et sans qu'il y ait lieu d'en déduire aucune valeur résiduelle, la valeur vénale, avant l'intervention du sinistre, de l'immeuble et de son annexe sera fixée à 290 000 euros.

13. En second lieu, la requérante justifie par un devis de la société Varnerot en date du 23 octobre 2019 du coût des travaux de démolition pour un montant de 527 217,12 euros.

14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit utile d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée en défense ni la production des factures relatives aux travaux de nettoyage et évacuation des gravats et de confortement des parties fragilisées du bâtiment au titre desquels la requérante présente le devis de la société Varnerot, que le préjudice résultant de la destruction de l'immeuble en litige doit être évalué à la somme totale de 817 217,12 euros.

En ce qui concerne le montant à allouer :

15. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi.

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. / () ". Il résulte de ces dispositions que le versement par l'assureur de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage. Par suite, l'assureur subrogé dans les droits de la victime par le versement de l'indemnité a seul qualité pour agir et obtenir, s'il l'estime opportun, la réparation du préjudice qu'il a indemnisé.

17. Il résulte de l'instruction que le liquidateur de la SA Saint-Paul France a, à la suite de la demande qui lui a été adressée par le greffe du tribunal administratif de Nancy, attesté que l'assureur de la requérante lui avait versé une indemnisation globale et définitive de 373 285 euros au titre du sinistre du 24 mai 2019, ce que ne conteste pas sérieusement la défense en soutenant qu'aucune facture ne justifie l'affectation intégrale de cette indemnité aux travaux d'évacuation des gravats et de confortement du bâtiment. Dans ces conditions, il y a lieu de déduire du montant des préjudices subis par la SA Saint-Paul déterminés au point 14 du présent jugement, la somme ainsi versée par son assureur, subrogé dans les droits de son assurée à hauteur de cette somme. Par suite, l'indemnité à laquelle peut prétendre la SA Saint-Paul France de la part du département de la Meuse et de la société Areas Dommage s'élève à la somme de 443 932,12 euros.

18. En second lieu, il résulte de l'instruction que, par un jugement du 3 mars 2020 du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, deux autres jeunes hommes, majeurs, ont été reconnus coupables des faits de destruction volontaire par un moyen dangereux pour les personnes de l'immeuble appartenant à la requérante, et que par un arrêt du 24 février 2023, la cour d'appel de Nancy a condamné solidairement les deux intéressés au paiement de la somme de 877 217,12 euros. Dans ces conditions, le paiement de l'indemnité de 443 932,12 euros allouée par le présent jugement à la SA Saint-Paul France en réparation des dommages subis doit être subordonné à la subrogation du département de la Meuse et de la société Areas Dommages à la SA Saint-Paul France dans les droits pouvant résulter pour cette dernière des condamnations prononcées à son profit par la cour d'appel de Nancy du 24 février 2023 contre les autres responsables de l'incendie survenu le 24 mai 2019.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

19. La SA Saint-Paul France a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 443 932,12 euros à compter du 26 novembre 2021, date de réception de sa demande préalable par le département de la Meuse.

20. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 18 février 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais de l'instance :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SA Saint-Paul France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département de la Meuse, la société PNAS et la société Areas Dommages demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire du département de la Meuse et la société Areas Dommages une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SA Saint-Paul France et non compris dans les dépens.

22. La présente instance ne comporte aucuns dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par la SA Saint-Paul France doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :Il est donné acte du désistement des conclusions de la SA Saint-Paul France présentées à l'encontre de la société PNAS.

Article 2 : Le département de la Meuse et la société Areas Dommages sont solidairement condamnés à verser à la SA Saint-Paul France la somme de 443 932,12 euros (quatre cent quarante-trois mille neuf cent trente-deux euros douze centimes).

Article 3 : Le département de la Meuse et la société Areas Dommages sont condamnés à verser solidairement à la SA Saint-Paul France une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de la SA Saint-Paul France est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du département de la Meuse, de la société Areas Dommages et de la société PNAS présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Me Duboc, liquidateur judiciaire de la SA Saint-Paul France, au département de la Meuse, à la société Areas Dommages et à la société Paris Nord Assurances Services.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2200518,

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