jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200685 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | ALAIN CHARDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Chardon, demande au tribunal :
1°) de déclarer le centre hospitalier de Lunéville entièrement responsable du préjudice qu'elle a subi à la suite de l'intervention chirurgicale intervenue à la main gauche le 4 septembre 2020 ;
2°) d'ordonner une expertise médicale sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Lunéville ;
3°) de déclarer que le centre hospitalier de Lunéville avancera les frais de l'expertise ;
4°) de condamner le centre hospitalier de Lunéville aux entiers dépens et au versement de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle a été opérée en urgence le 4 septembre 2020 au centre hospitalier de Lunéville, qu'aucun consentement n'a été signé, qu'elle est rentrée chez elle et qu'à l'occasion d'un bilan effectué le 12 octobre suivant, un déplacement secondaire de la fracture de l'extrémité discale du radius avec un décalage de la surface articulaire a été révélé, ainsi qu'une luxation palmaire du carpe ; Elle a entamé une rééducation et le 18 novembre 2020, un mauvais positionnement du poignet a été constaté, confirmé le 8 décembre 2020 par un chirurgien du centre Emile Gallé ; Il ressort du rapport d'expertise effectué à la demande de son assureur que la prise en charge n'était pas conforme et qu'aucune information préalable et suffisante ni aucun consentement n'ont été donnés. Aucun bilan de reconstruction visuel de la fracture n'a été réalisé en vue de permettre au chirurgien d'effectuer une réduction anatomique ; elle se plaint de complications et de séquelles.
Par un mémoire, enregistré le 9 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Meurthe-et-Moselle déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le groupe hospitalier de l'Est de la Meurthe-et-Moselle, dont fait partie le centre hospitalier de Lunéville, représenté par Me Gasse, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme C aux dépens.
Il fait valoir qu'une expertise réalisée à la demande de la SHAM a déjà été réalisée et que les conclusions de l'expert de même que du sapiteur sont sans ambiguïté et ne retiennent pas de faute.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique ;
- le rapport de M. Marti, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gasse, représentant le Groupe hospitalier de l'Est de la Meurthe-et-Moselle.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C recherche la responsabilité du centre hospitalier de Lunéville à la suite de l'intervention à la main gauche qu'elle a subie le 4 septembre 2020 dans cet établissement, où elle a été admise et opérée en urgence après une chute à son domicile. Elle se plaint de complications résultant d'un déplacement secondaire de la fracture dû à un mauvais positionnement de son poignet et se prévaut d'un défaut d'information préalable suffisante, d'un défaut de consentement éclairé et d'un manquement aux règles de l'art dès lors qu'aucun bilan de reconstruction visuel de la fracture par coupes scannographiques n'a été effectué pour permettre au chirurgien de procéder à une réduction anatomique. Elle se fonde en cela sur les conclusions du rapport de l'expertise du Dr A réalisée à la demande de son assureur. Le centre hospitalier se fonde, quant à lui, pour réfuter toute responsabilité, sur le rapport de l'expertise réalisée par le Dr D et de son sapiteur le Dr E, à la demande de son propre assureur, qui ne retient aucune faute à l'encontre du centre hospitalier.
Sur la responsabilité fautive du centre hospitalier :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
En ce qui concerne le défaut d'information :
3. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel () ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'acte médical envisagé, même accompli conformément aux règles de l'art, comporte des risques connus de décès ou d'invalidité, le patient doit en être informé dans des conditions qui permettent de recueillir son consentement éclairé. Si cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité ou de refus du patient d'être informé, la seule circonstance que les risques ne se réalisent qu'exceptionnellement ne dispense pas les praticiens de leur obligation. Un manquement des médecins à leur obligation d'information engage la responsabilité de l'hôpital dans la mesure où il a privé le patient d'une chance de se soustraire au risque lié à l'intervention en refusant qu'elle soit pratiquée. C'est seulement dans le cas où l'intervention était impérieusement requise, en sorte que le patient ne disposait d'aucune possibilité raisonnable de refus, que peut être niée l'existence d'une perte de chance.
5. Mme C, qui a admis à deux reprises avoir été informée de l'intervention envisagée, fait valoir qu'aucune information ne lui a été donnée sur les risques de l'intervention qu'elle a subie, notamment le risque de déplacement secondaire et de cal vicieux. Le centre hospitalier n'établit pas qu'une telle information aurait été effectivement délivrée à l'intéressée, quelle qu'en soit la forme, ni même ne conteste sérieusement ses allégations. Dans ces conditions, il ne saurait être retenu que Mme C a bien été mise à même de donner en connaissance de cause son consentement éclairé à l'intervention réalisée le 4 septembre 2020 par voie d'ostéosynthèse. Il résulte cependant de l'instruction que Mme C souffrait d'une fracture complexe et comminutive du poignet gauche et qu'en l'absence d'intervention, elle risquait une perte de mobilité de son poignet gauche. La fracture a été traitée par plaque verrouillée mais aurait pu l'être orthopédiquement ou par broche, ce qui augmentait le risque de survenance d'un déplacement secondaire. Au vu de ces éléments, Mme C doit être regardée comme ne disposant d'aucune possibilité raisonnable de refus, de sorte que le défaut d'information de la part du praticien qui a réalisé l'intervention ne l'a privée d'aucune chance d'échapper au risque qui s'est réalisé.
En ce qui concerne l'absence de bilan de reconstruction visuel :
6. Le Dr A indique qu'il est surpris de la rapidité de l'intervention alors qu'il n'y avait pas d'urgence et qu'aucun bilan de reconstruction visuel de la fracture par des coupes scannographiques n'a été réalisé. Pour autant il n'indique pas que le choix thérapeutique était erroné, qu'une autre solution thérapeutique était envisageable et ne relève aucun manquement dans la manière dont l'intervention s'est déroulée. Quant au Dr E, il indique que le recours à une ostéosynthèse par plaque console verrouillée antérieure était adaptée à la pathologie, que la plaque était bien positionnée et les vis étaient placées dans la zone susceptible de donner le meilleur ancrage osseux, que l'orientation de la surface radiale distale était satisfaisante, et qu'il n'a pas été réalisé d'ostéosynthèse sur le styloïde ulnaire, ce qui ne constitue pas un manquement, l'utilité de ce geste ne faisant pas consensus. Il ajoute que si la consolidation s'était réalisée, le résultat morphologique aurait été tout à fait satisfaisant. Ainsi, l'indication thérapeutique et la réalisation étaient conformes aux règles de l'art et aucun manquement n'est à relever. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction, et sans qu'il soit besoin de recourir à l'expertise, qu'il s'agit d'un échec thérapeutique avec un déplacement secondaire de l'épiphyse malgré une ostéosynthèse correcte et que l'absence de bilan de reconstruction visuel n'a eu aucune conséquence sur l'état de la requérante.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité du centre hospitalier de Lunéville n'est pas engagée et que les conclusions aux fins d'indemnisation de Mme C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
8. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge Groupe hospitalier de l'Est de la Meurthe-et-Moselle quelle que somme que ce soit sur ce fondement.
9. En second lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par les parties à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du Groupe hospitalier de l'Est de la Meurthe-et-Moselle présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au Groupe hospitalier de l'Est de la Meurthe-et-Moselle, à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le président- rapporteur,
D. Marti L'assesseur le plus ancien,
F. Durand
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2200685
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026