jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200797 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL FILOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, Mme C A, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) la décharge de l'obligation qui lui a été notifiée par la mise en demeure n° 6M-00002, tenant lieu de commandement, en date du 2 novembre 2021 de payer la somme de 72 272,75 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2002 ;
2°) à titre subsidiaire, la réduction de cette obligation de payer, à hauteur de 63 115,75 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- l'action en recouvrement est tardive dès lors que l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire de M. A est intervenue par un jugement du 17 mars 2006 ;
- elle a été conduite en méconnaissance du principe de sécurité juridique et du délai raisonnable dont l'administration disposait pour agir ;
- les règles d'imputation des paiements posées par l'article 1256 du code civil ont été méconnues dès lors que le paiement de 10 990,25 euros effectués par M. A a été imputé prioritairement sur la majoration de retard de 40% ;
- les intérêts de retard d'un montant de 1 588 euros devaient être remis à la suite de l'ouverte de la procédure de redressement judiciaire de M. A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens relatifs à la méconnaissance des règles d'imputation des paiements et à la remise des intérêts de retard sont irrecevables en application de l'article R*281-5 du livre des procédures fiscales ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2002. Le 17 mars 2006, M. A a été placé en procédure de redressement judiciaire par un jugement du tribunal de commerce de Bar-le-Duc, convertie en procédure de liquidation judiciaire par un jugement du même tribunal en date du 16 novembre 2007. Le 2 novembre 2021, une mise en demeure n° 6M-00002 de payer la somme de 72 272,75 euros au titre des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu pour l'année 2002 a été adressée à Mme A. Cette dernière a formé, le 10 novembre 2021, un mémoire en réclamation contre cette mise en demeure qui a été rejeté par courrier du directeur départemental des finances publiques de la Meuse du 31 décembre 2021. Par sa requête, Mme A demande la décharge de l'obligation de payer cette somme.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
En ce qui concerne la tardiveté de l'action en recouvrement :
2. Aux termes de l'article 1685 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " 1. Chacun des époux, lorsqu'ils vivent sous le même toit, est solidairement responsable des impositions assises au nom de son conjoint, au titre de la taxe d'habitation. / 2. Chacun des époux est tenu solidairement au paiement de l'impôt sur le revenu. () ". Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition au litige : " Les comptables du Trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle, perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / Le délai de quatre ans mentionné au premier alinéa, par lequel se prescrit l'action en recouvrement, est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part du contribuable et par tous actes interruptifs de la prescription ". Aux termes de l'article 1206 du code civil, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les poursuites faites contre l'un des débiteurs solidaires interrompent la prescription à l'égard de tous. ". Aux termes de l'article 2244 du même code, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Une citation en justice, même en référé, un commandement ou une saisie, signifiés à celui qu'on veut empêcher de prescrire, interrompent la prescription ainsi que les délais pour agir ". Aux termes de l'article L. 621-40 du code de commerce, alors en vigueur : " I. - Le jugement d'ouverture suspend ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance a son origine antérieurement audit jugement et tendant : / 1° A la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent ; / 2° A la résolution d'un contrat pour défaut de paiement d'une somme d'argent. / II. - Il arrête ou interdit également toute voie d'exécution de la part de ces créanciers tant sur les meubles que sur les immeubles. / III. - Les délais impartis à peine de déchéance ou de résolution des droits sont en conséquence suspendus ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'effet interruptif de prescription d'une déclaration de créances fiscales au passif d'une procédure collective ouverte à l'encontre de l'un des époux s'étend à l'autre époux, quel que soit le régime matrimonial et même s'ils sont séparés de biens, pour les impositions dont ils sont solidairement responsables.
3. En premier lieu, à la date de l'émission de la mise en demeure de payer la somme de 72 272,75 euros, le 2 novembre 2021, le délai de prescription des créances fiscales du Trésor sur M. et Mme A correspondant aux cotisations restant dues par ceux-ci au titre de l'impôt sur le revenu, qui avait été interrompu par la déclaration par le Trésor de ses créances au mandataire judiciaire de M. A, le 10 avril 2006, n'avait pas, pour ces impositions pour le paiement desquelles les époux sont solidairement responsables et en l'absence de jugement de clôture de la procédure collective, recommencé à courir à l'encontre de Mme A. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'action en recouvrement de la direction départementale des finances publiques de la Meuse est tardive.
4. En second lieu, la requérante se prévaut du principe de sécurité juridique et de la méconnaissance par l'administration d'un délai raisonnable dans lequel elle aurait dû intenter l'action en recouvrement. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 3 ci-dessus que l'action en recouvrement introduite par l'administration fiscale l'a été dans le respect des règles de prescription prévues par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, qui assurent sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps. Il ne résulte en outre d'aucun texte ni d'aucun principe que l'administration fiscale serait tenue d'intenter son action en recouvrement dans le délai raisonnable prévu pour obtenir l'annulation ou la réformation d'une décision. Par suite, le moyen tenant à la tardiveté de l'action en recouvrement ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens :
5. Aux termes de l'article R. 281-5 du livre des procédures fiscales : " Le juge se prononce exclusivement au vu des justifications qui ont été présentées au chef de service. Les redevables qui l'ont saisi ne peuvent ni lui soumettre des pièces justificatives autres que celles qu'ils ont déjà produites à l'appui de leurs mémoires, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans ces mémoires () ".
6. Dans sa réclamation adressée au chef de service du pôle de recouvrement spécialisé du centre des finances publiques de la Meuse, Mme A s'est bornée à soutenir qu'elle n'avait pas connaissance des impositions dont la mise en demeure litigieuse poursuivait le recouvrement et que ces dernières étaient très anciennes.
7. Les nouveaux moyens que Mme A a soulevés dans sa requête relatifs, d'une part, à la méconnaissance des règles d'imputation des paiements posées par l'article 1256 du code civil, alors en vigueur, et, d'autre part, à l'absence de remise des intérêts de retard alors qu'une procédure collective est ouverte, en méconnaissance des dispositions de l'article 1756 du code général des impôts, s'appuient sur des circonstances de fait ou des éléments de justification qui n'avaient pas été soumis au chef de service compétent dans la demande préalable du 10 novembre 2021. De tels moyens présentés directement devant le juge ne peuvent être accueillis en vertu des dispositions précitées de l'article R. 281-5 du livre des procédures fiscales et doivent être écartés comme irrecevables.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 72 272,75 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2002 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la direction départementale des finances publiques de la Meuse.
Délibéré après l'audience publique du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
D. Marti
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2200797
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026