jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2200846 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique (Chambre 3) |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, M. B A, représenté par le cabinet AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 300 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal ainsi que la capitalisation des intérêts échus ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a été soumis à trois fouilles à nu le 3 septembre 2019 lors de son arrivée au centre de détention de Toul et les 17 et 18 septembre 2019 à l'issue de parloirs, sans aucun motif, alors qu'il n'est pas contesté que son comportement en détention ne soulevait pas de difficultés particulières et que ses fréquentations étaient connues ;
- l'administration pénitentiaire ne justifie pas qu'il ne pouvait être exonéré de la fouille intégrale à l'issue des parloirs au regard de son comportement, de ses fréquentations, ou des risques pour la sécurité qu'il faisait peser, alors que le seul motif de son incarcération n'est pas, à lui seul, de nature à justifier une telle mesure ;
- en pratiquant sur sa personne de telles fouilles à nu, les services pénitentiaires ont méconnu les dispositions de l'article 57 de la loi pénitentiaire et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- du fait de ces trois fouilles à corps non justifiées, il a subi un préjudice qui peut être évalué à la somme de 300 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la fouille du 3 septembre 2019 est justifiée par l'arrivée de M. A dans l'établissement et par la nécessité de prévenir le risque qu'il ne dissimule sur lui des objets ou produits prohibés ;
- les fouilles ont été pratiquées les 17 et 18 septembre 2019 dans des situations dans lesquelles le requérant pouvait obtenir des objets et substances issus de l'extérieur, en raison des nombreuses sanctions disciplinaires prononcées à son encontre au cours de son incarcération et de la découverte, lors d'une fouille de sa cellule pratiquée le 20 juin 2017, d'un téléphone portable ainsi que de substances prohibées, faits pour lesquels il s'est vu infliger dix jours de cellule disciplinaire ; surpris en train d'utiliser un téléphone potable le 12 avril 2018, une nouvelle fouille de sa cellule pratiquée le 24 août 2018 a révélé la présence de trois téléphones portables, d'une carte SIM, d'une clé et d'un câble USB ; le 2 juin 2019, un couteau cantiné dont le tranchant avait été aiguisé a été découvert à l'issue d'une fouille de sa cellule ;
- ces fouilles sont proportionnées en leurs modalités dès lors qu'elles sont individuelles, limitées dans le temps et dans l'espace, et qu'un produit ou une substance interdit n'aurait pas pu être décelé par d'autres moyens de détection moins intrusifs ;
- son préjudice n'est pas caractérisé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- la loi pénitentiaire n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Agnès Bourjol, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Agnès Bourjol,
- et les conclusions de Mme Laëtitia Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, alors incarcéré au centre de détention de Toul depuis le 3 septembre 2019, demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice résultant de la pratique de trois fouilles corporelles intégrales réalisées le 3 septembre 2019 à l'occasion de son arrivée dans l'établissement pénitentiaire, et les 17 et 18 septembre 2019 à l'issue de parloirs.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 57 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, dans sa version applicable au litige : " Hors les cas où les personnes détenues accèdent à l'établissement sans être restées sous la surveillance constante de l'administration pénitentiaire ou des forces de police ou de gendarmerie, les fouilles intégrales des personnes détenues doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que leur comportement fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. () Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles de personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire. / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que si les nécessités de l'ordre public et les contraintes du service public pénitentiaire peuvent légitimer l'application à un détenu de mesures de fouille, le cas échéant répétées, elles ne sauraient revêtir un caractère systématique et doivent être justifiées par l'un des motifs qu'elles prévoient, en tenant compte notamment du comportement de l'intéressé, de ses agissements antérieurs ou des contacts qu'il a pu avoir avec des tiers. Les fouilles intégrales revêtent un caractère subsidiaire par rapport aux fouilles par palpation ou à l'utilisation de moyens de détection électronique. Il appartient à l'administration pénitentiaire de veiller, d'une part, à ce que de telles fouilles soient, eu égard à leur caractère subsidiaire, nécessaires et proportionnées et, d'autre part, à ce que les conditions dans lesquelles elles sont effectuées ne soient pas, par elles-mêmes, attentatoires à la dignité de la personne.
4. Il résulte de l'instruction que M. A a fait l'objet d'une fouille intégrale le 3 septembre 2019 à l'occasion de son arrivée dans l'établissement pénitentiaire, et les 17 et 18 septembre 2019, à l'issue de parloirs. Il résulte de la synthèse des fouilles produite que le requérant a été placé sous un régime exorbitant de fouilles intégrales entre le 3 septembre 2019, date de son transfert au centre de détention de Toul et le 6 novembre 2021, et systématiquement après les parloirs. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir que cette décision est justifiée compte tenu de la découverte, le 2 juin 2019, dans la cellule de M. A d'un couteau, dont le tranchant avait été affuté, dont il ne conteste pas être le propriétaire, faits pour lesquels il s'est vu infliger un avertissement le 26 août 2019. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir qu'il pouvait légitiment suspecter la possession d'objets interdits en détention en raison de ses antécédents disciplinaires, l'intéressé ayant été sanctionné pour détention d'un téléphone portable le 28 septembre 2017. Il résulte de l'instruction et en particulier du compte-rendu de la commission de discipline du 16 avril 2018 que si M. A a été surpris dans sa cellule en train de téléphoner, il n'a pas été sanctionné à cette occasion pour possession d'objets interdits en détention, mais pour avoir bousculé un surveillant auquel il refusait de remettre son téléphone portable. La circonstance qu'à l'occasion des fouilles corporelles des 17 et 18 septembre 2019, aucun objet prohibé n'a finalement été retrouvé lors des fouilles n'est pas de nature à infirmer le caractère sérieux des raisons qui ont conduit l'administration pénitentiaire à le soupçonner de chercher à introduire en détention des objets ou substances interdits, ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, dont la taille ou la composition étaient indétectables par la simple palpation ou par l'utilisation de moyens de détection électronique. Ainsi, eu égard au comportement violent du requérant et à ses agissements antérieurs, les mesures de fouilles corporelles intégrales subies par M. A les 3, 17 et 18 septembre 2019 ne peuvent être regardées comme présentant un caractère disproportionné au regard des nécessités de sécurité et de bon ordre au sein de l'établissement pénitentiaire, et ne sont pas constitutives d'une méconnaissance des dispositions de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009, codifiées à l'article L. 225-1 du code pénitentiaire. M. A n'est donc pas fondé à soutenir qu'en lui faisant subir ces fouilles intégrales, l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
5. Il en résulte que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La magistrate désignée,
A. Bourjol
La greffière
L. Bourger
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026