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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2200943

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2200943

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2200943
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantFORGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, la commune Laimont, représentée par Me Conti, demande au juge des référés de prescrire, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les désordres affectant la voirie, les trottoirs et les bordures et consécutifs aux travaux prévus par le marché public d'aménagement urbain et paysager du village.

Elle soutient que :

- la mesure d'expertise est utile pour déterminer les causes des désordres, se prononcer sur leurs conséquences et la mise en action de la garantie décennale des constructeurs de l'ouvrage.

- les désordres génèrent des dégradations de la circulation des piétons et des véhicules et à ce titre elle a été contrainte de prendre un arrêté d'interdiction de circulation.

Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2022, la société l'Atelier Paysage, représentée par Me Zine demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée sous ses plus expresses protestations et réserves ;

2°) de compléter la mission de l'expert conformément à ses écritures ;

3°) de réserver les dépens.

Par un mémoire enregistré le 12 mai 2022, la société Allianz, en sa qualité d'assureur de la société Setecba, représentée par Me Poirson, demande au juge des référés, d'une part, de lui donner acte de ce qu'elle s'en rapporte à prudence de justice sur la désignation d'un expert judiciaire, sous ses plus expresses de garantie et sans aucune approbation, et d'autre part, de limiter les chefs de mission confiée à l'expert aux seuls désordres indiqués dans la requête de la commune de Laimont.

Par un mémoire enregistré le 25 mai 2022, la société SMABTP, en sa qualité d'assureur de la société Eiffage route Nord Est, représentée par Me Forget, demande au juge des référés de lui donner acte de ce qu'elle s'en rapporte à prudence de justice sur la désignation d'un expert judiciaire, sous ses plus expresses protestations et réserves, de compléter la mission de l'expert conformément à ses écritures et de réserver les dépens.

Vu :

- - les pièces du dossier desquelles il ressort que la requête a été communiquée à la société Eiffage Route Nord Est, la société Setecba ingénierie, la société SMABTP Antony et la société MAF assurance, pour lesquelles il n'a pas été présenté de mémoire dans le délai imparti ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. L'article R. 532-1 du code de justice administrative prévoit que : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2. Par un acte d'engagement du 8 décembre 2010, la commune de Laimont a confié une mission de maîtrise d'œuvre à la société Atelier Paysage et à la société Setecba Ingénierie en vue de réaliser l'aménagement urbain et paysager du village. En 2011, le lot N°1 "VRD-éclairage-espaces verts et mobilier" a été confié à la société Eiffage Travaux publics Est, devenue Eiffage Route Nord Est. Des réserves ont été émises en 2013 en ce qui concerne les joints de pavés et le nettoyage des laitances sur la zone d'accès à la salle polyvalente et l'accès à l'Eglise, les bornes en périphérie de l'Eglise et les bornes sur le parking de l'ancienne boulangerie. Par ailleurs, en 2014, la société Eiffage a effectué des travaux de reprises d'autres désordres non concernés par les réserves. Les désordres repris s'étant aggravés et de nouveaux désordres étant apparus, la commune de Laimont saisit le juge des référés d'une demande d'expertise.

3. La demande d'expertise apparaît utile pour déterminer l'origine des désordres affectant la voirie, les trottoirs et les bordures et consécutifs aux travaux prévus par le marché public d'aménagement urbain et paysager du village et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Si la société Allianz demande de limiter les chefs de mission confiés à l'expert aux seuls désordres indiqués dans la requête de la commune de Laimont, il ressort des termes mêmes de la requête qu'après la description de certains des désordres, la commune fait état de la reprise des désordres de manière généralisée, rendant l'ouvrage dangereux et impropre à sa destination. Dès lors, il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de l'ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les dépens. Ainsi, les conclusions présentées en ce sens par les parties doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : M.Aalin B, demeurant 4 rue Anatole France à Bazancourt (51110), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres affectant la voirie, les trottoirs et les bordures consécutifs aux travaux prévus par le marché public d'aménagement urbain et paysager du village ;

2°) décrire les malfaçons qui seraient constatées et de réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de la voirie, des trottoirs et des bordures du village ou à les rendre impropre à leur destination ; indiquer, pour chaque désordre, si, à la date de la réception, il était apparent, ou tout au moins prévisible, en tout cas dans toutes ses conséquences, dans l'hypothèse où il était apparent, préciser s'il a fait l'objet de réserves et si ces réserves ont été levées ; dans l'hypothèse où un désordre n'a pas encore manifesté toute son ampleur dans le délai de dix ans, préciser les perspectives d'évolution de celui-ci.

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons dont il s'agit, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance des travaux, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage endommagé ou à toute autre cause qu'il déterminera et, dans le cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus value pour l'ouvrage en cause ; dire si l'urgence et/ou la nature des désordres impliquent que des mesures conservatoires soient prises ;

5°) donner son avis motivé sur l'évaluation du coût des travaux propres à mettre fin aux désordres ; fixer la durée des travaux compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés, et de leur exécution ; donner son avis sur les préjudices de toute nature causés par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de la commune de Laimont, de la société Eiffage Route Nord Est, de la société SEBECA Ingénierie, de la société Atelier Paysage de la SMABTP, de la société Allianz, de la société SMABTP Antony et de la société MAF Assurances.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de 8 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle la présidente du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Laimont, à la société Eiffage Route Nord Est, à la société SEBECA Ingénierie, à la société Atelier Paysage, à la SMABTP, à la société Allianz, à la société SMABTP Antony et à la société MAF Assurances.

et à M. A B, expert.

Fait à Nancy, le 25 juillet 2022

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne à la préfète de la Meuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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