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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201019

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201019

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201019
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, la société par actions simplifiées unipersonnelle (SASU) SEMAB, représentée par Me Bogelmann, mandataire judiciaire, demande au tribunal de prononcer le remboursement de la créance de crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) qu'elle estime due au titre des années 2013 et 2014 entre les mains de la banque publique d'investissement, à concurrence du montant cédé à son profit, soit 52 000 euros au titre de l'année 2013 et 62 900 euros au titre de l'année 2014, et entre les mains de son mandataire judiciaire.

Elle soutient que :

- sa demande de remboursement de la créance de CICE n'est pas tardive ;

- la SASU SEMAB n'était pas tenue de respecter le formalisme des obligations déclaratives en matière de CICE auquel le service des impôts des entreprises n'a en outre jamais fait référence ;

- la demande de remboursement est fondée, dès lors que chacune des sociétés du groupe fiscalement intégré dont elle est la société holding a été placée en liquidation judiciaire au cours de l'année 2014 et que le CICE ne pouvait être imputé sur les exercices suivants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que ni le montant du CICE de la SASU SEMAB au titre des années 2013 et 2014, ni l'existence et le montant de la créance de CICE qu'elle soutient détenir sur l'État ne sont établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SASU SEMAB est la société mère d'un groupe fiscalement intégré composé de la SAS Drujon et de la SAS DGMP. Chacune de ces sociétés a été placée en liquidation judiciaire par des jugements respectifs du 25 novembre 2014, du 1er octobre 2014 et du 7 août 2014. Après plusieurs échanges avec le service des impôts des entreprises de Vandoeuvre, Me Bogelmann, mandataire judiciaire de la SASU SEMAB a formé le 20 décembre 2021 une demande de remboursement d'une créance de CICE au titre des rémunérations versées par l'ensemble des sociétés du groupe au titre des années 2013 et 2014. Par une décision du 26 janvier 2022, l'administration fiscale a rejeté cette demande. Par sa requête, la SASU SEMAB demande au tribunal de prononcer le remboursement de la créance de CICE qu'elle estime due entre les mains de la banque publique d'investissement à concurrence du montant cédé à son profit et entre les mains du mandataire judiciaire.

2. D'une part, aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux exercices en litige : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 decies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. L'entreprise retrace dans ses comptes annuels l'utilisation du crédit d'impôt conformément aux objectifs mentionnés à la première phrase. () ". Aux termes de l'article 220 C de ce code : " Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur les sociétés dû par l'entreprise dans les conditions prévues à l'article 199 ter C ". Aux termes de l'article 199 ter C de ce code : " I.- Le crédit d'impôt défini à l'article 244 quater C est imputé sur l'impôt sur le revenu dû par le contribuable au titre de l'année au cours de laquelle les rémunérations prises en compte pour le calcul du crédit d'impôt ont été versées. L'excédent de crédit d'impôt constitue, au profit du contribuable, une créance sur l'Etat d'égal montant. () / II.- La créance mentionnée au premier alinéa du I est immédiatement remboursable lorsqu'elle est constatée par l'une des entreprises suivantes : () / 4° Les entreprises ayant fait l'objet d'une procédure de conciliation ou de sauvegarde, d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. Ces entreprises peuvent demander le remboursement de leur créance non utilisée à compter de la date de la décision ou du jugement qui a ouvert ces procédures. ". Aux termes de l'article 223 O du même code : " 1. La société mère est substituée aux sociétés du groupe pour l'imputation sur le montant de l'impôt sur les sociétés dont elle est redevable au titre de chaque exercice : () c. Des crédits d'impôt dégagés par chaque société du groupe en application de l'article 244 quater C ; l'article 199 ter C s'applique à la somme de ces crédits d'impôt ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 49 septies Q de l'annexe III au code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " Pour l'application des dispositions des articles 199 ter C, 220 C et 244 quater C du code général des impôts, les entreprises souscrivent une déclaration spéciale conforme au modèle établi par l'administration, qu'elles déposent auprès du service des impôts dont elles dépendent / Les personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés déposent cette déclaration spéciale dans les mêmes délais que le relevé de solde mentionné à l'article 360. / S'agissant des sociétés relevant du régime des groupes de sociétés prévu à l'article 223 A du code précité, la société mère dépose les déclarations spéciales pour le compte des sociétés du groupe, y compris celle la concernant, dans les mêmes délais que le relevé de solde relatif au résultat d'ensemble du groupe. / Les autres entreprises déposent la déclaration spéciale dans les mêmes délais que la déclaration annuelle de résultat qu'elles sont tenues de souscrire en application de l'article 53 A du code précité () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la fraction de la créance de CICE qui peut faire l'objet d'un remboursement immédiat, sur sa demande, à l'entreprise qui se trouve dans l'un des cas mentionnés au II de l'article 199 ter C du code général des impôts, et notamment les sociétés placées en liquidation judiciaire, est celle qui subsiste après utilisation de cette créance pour le paiement de l'impôt dû au titre du ou des exercices clos depuis qu'elle a été constatée. Il en résulte qu'un tel remboursement est subordonné à la condition que puissent être établis, à la date de la demande, l'existence et le montant d'un reliquat non utilisé de créance de CICE et, partant, que la société qui sollicite ce remboursement ait souscrit une déclaration de bénéfices au titre de son dernier exercice clos.

5. Pour refuser la restitution de la fraction de CICE sollicitée par le mandataire judiciaire de la SASU SEMAB, l'administration fiscale s'est fondée sur les circonstances que sa demande en remboursement était tardive et que, compte tenu d'un manquement à ses obligations déclaratives, la société n'établissait pas l'existence et le montant de la créance de CICE revendiquée, qui naît de la constatation d'un excédent de crédit sur l'impôt dû.

6. D'une part, la circonstance que la SASU SEMAB ait été placée en liquidation judiciaire est sans incidence sur le respect des obligations déclaratives auxquelles elle était astreinte, alors même que l'administration fiscale n'en aurait pas fait mention lors des échanges préalables. D'autre part, il résulte de l'instruction que, pour les deux années considérées, la SASU SEMAB n'a pas déclaré la créance de CICE sur la déclaration spéciale n° 2079-CICE-SD prévue par les dispositions précitées. Au titre de l'exercice 2013, si des déclarations individuelles de résultat faisant apparaître un déficit pour la SAS Drujon et la SAS DGMP ont été transmises à l'administration fiscale, il n'est toutefois pas contesté que la SASU SEMAB n'a pas remis de déclaration de groupe. Au titre de l'année 2014, il est constant que la SASU SEMAB n'a déposé aucune déclaration fiscale Au surplus, il résulte de l'instruction que sur les deux années considérées le montant base de CICE calculé par les organismes sociaux diffère de celui initialement déclaré par le mandataire judiciaire de la société requérante en 2018, ce qui ne permet pas de connaître le montant du crédit d'impôt revendiqué. Si le mandataire judiciaire soutient qu'une partie de la créance de CICE a été cédée à titre de préfinancement à la banque publique d'investissement, il ne produit aucun document de nature à établir la réalité et le montant de cette cession. Dans ces conditions, l'administration fiscale était fondée à considérer, au seul motif du manquement aux obligations déclaratives de la société requérante, que l'existence et le montant de la créance de crédit d'impôt dont il est demandé remboursement n'étaient pas établis et à refuser de faire droit à la demande de la SASU SEMAB.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions tendant au remboursement de la créance de CICE entre les mains de la banque publique d'investissement, que les conclusions de la SASU SEMAB tendant au remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre des années 2013 et 2014 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU SEMAB est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SASU SEMAB, à Me Bogelmann, et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 27 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

S. Davesne

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201019

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