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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201197

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201197

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201197
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 avril 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la lettre du 17 février 2020 par laquelle le commandant du centre expert des ressources humaines et de la solde l'a informé de l'existence d'un trop-versé de solde relatif à l'indemnité de résidence à l'étranger, d'un montant de 12 742,04 euros et la lettre du 30 mars 2021 l'informant de l'existence d'un trop versé de solde en tant seulement qu'il porte sur l'existence d'un jour de carence, ensemble la décision du 23 mars 2022 par laquelle le président de la commission des recours des militaires a rejeté ses recours formés contre ces lettres pour forclusion ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation et de lui rembourser tout ou partie des sommes indûment retenues sur sa solde.

Il soutient que :

- la commission des recours des militaires, par sa décision du 23 mars 2022, lui a opposé à tort la forclusion de son recours dirigé contre la décision du 30 mars 2021 ;

- la commission des recours des militaires, pourtant saisie de son recours, ne s'est pas prononcée sur ce dernier, dirigé contre la décision du 17 avril 2020 l'informant d'un trop-perçu d'indemnité de résidence à l'étranger ;

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- dès lors qu'il a été victime d'un accident de service, la décision l'informant de l'existence d'un trop-versé en ce qui concerne l'indemnité de résidence méconnait le décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 ;

- en procédant au retrait d'un jour de carence sur sa solde, pour un montant de 43,04 euros, l'administration a méconnu l'article L. 35 du code des pensions civiles et militaires et les articles L. 4138-3-1, L. 4138-4, L. 4138-12 et L. 4138-13 du code de la défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient que des conclusions à fin d'injonction formées à titre principal, ou des conclusions tardives dirigées contre les lettres des 17 février 2020 et 30 mars 2021 ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- les conclusions de Mme Laëtitia Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, militaire sous contrat qui exerçait les fonctions de chef de patrouille d'hélicoptère jusqu'à sa radiation des cadres pour départ à la retraite le 12 mai 2022, a été affecté au 5ème régiment interarmes d'Outre-Mer à Djibouti entre juillet 2017 et juillet 2019. Par une lettre du 17 avril 2020, le commandant du centre expert des ressources humaines et de la solde l'a informé de l'existence d'un indu d'un montant de 12 742,04 euros, correspondant à un trop-versé d'indemnité de résidence à l'étranger. Par une lettre du 30 mars 2021, la même autorité l'a également informé de l'existence d'un trop versé portant, notamment, sur l'existence d'un jour de carence. Le 13 mars 2022, M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission des recours des militaires (CRM) à l'encontre de ces deux décisions. Par une décision expresse du 23 mars 2022, la CRM a rejeté son recours. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part, l'annulation des décisions par lesquelles la ministre des armées a rejeté ses recours exercés contre les décisions des 17 avril 2020 et 30 mars 2021, d'autre part, d'enjoindre à l'administration de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui rembourser tout ou partie des sommes retenues sur sa rémunération.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. / Le recours administratif formé auprès de la commission conserve le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention de la décision prévue à l'article R. 4125-10. () ". Aux termes de l'article R. 4125-2 du même code : " A compter de la notification ou de la publication de l'acte contesté, ou de l'intervention d'une décision implicite de rejet d'une demande, le militaire dispose d'un délai de deux mois pour saisir la commission par tout moyen conférant date certaine de réception de cette saisine au secrétariat permanent placé sous l'autorité du président de la commission. ( ) ". Aux termes de son article R. 4125-10 : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échéant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. () / L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet du recours formé devant la commission. ".

3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale. Elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité.

4. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté des conclusions en annulation des décisions du 30 mars 2021 et 23 mars 2022, prises sur recours, doit être accueillie.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A a saisi la CRM d'un recours contre la lettre du 17 février 2020 l'informant d'un trop-perçu de 12 742,04 euros, dont il reconnaît avoir eu connaissance au plus tard le 10 août 2021, le 16 mars 2022, soit au-delà du délai de deux mois prescrit par l'article R. 4125-2 du code de la défense. Ce recours était donc tardif, le recours gracieux qu'il a présenté le 16 mars 2022, et rejeté implicitement le 16 juillet 2022, n'ayant pu prolonger le délai de saisine de la commission. Dès lors, les conclusions en annulation formées contre la décision du ministre, seule susceptible de faire l'objet d'un tel recours, étaient irrecevables. D'autre part, la décision du commandant du centre expert des ressources humaines et de la solde du 30 mars 2021 informant M. A de son obligation de rembourser un trop-perçu de solde portant en particulier sur un jour de carence, d'un montant de 684,87 euros, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifiée à M. A le 30 mai 2021. La CRM a reçu le recours préalable obligatoire de M. A contre cette décision le 16 mars 2022, soit au-delà du délai de deux mois prescrit par l'article R. 4125-2 du code de la défense cité au point 2. Il en résulte que sa demande tendant à l'annulation de la décision du 23 mars 2022 par laquelle la CRM a rejeté son recours pour forclusion, enregistrée au greffe du tribunal le 17 avril 2022, est elle-même tardive et par suite irrecevable. Au demeurant, le ministre soutient sans être contredit que la somme en litige lui a été restituée en novembre 2021. Par suite, les fin de non-recevoir opposées en défense, tirées de la tardiveté des conclusions en annulation dirigées contre les décisions attaquées, doivent être accueillies.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas recevable à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience publique du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia président,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. BourjolLe président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201197

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