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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201207

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201207

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201207
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2022 et le 1er octobre 2024, la société Distribution sanitaire chauffage, représentée par Mes Chatel et Roche, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge partielle de la cotisation foncière des entreprises dont elle s'est acquittée au titre des années 2019 et 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'entend pas contester la requalification du site d'Atton en établissement industriel ;

- l'administration fiscale était prescrite pour mettre en recouvrement, en avril 2021, un avis d'imposition supplémentaire de cotisation foncière des entreprises de l'année 2019 et découlant d'un contrôle engagé en 2017 ; l'avis supplémentaire de cotisation foncière des entreprises 2019, mise en recouvrement en avril 2021, résulte directement du contrôle engagé en 2017 dès lors que le service des impôts se fonde sur les constations opérées lors de ce contrôle ainsi que l'intention de requalifier le site d'Atton en établissement industriel, ce qui aboutit à un changement de la méthode d'évaluation ;

- il convient de faire application du dispositif du lissage prévu par l'article 1518 A sexies du code général des impôts dès lors que le changement de la méthode d'évaluation a été constaté postérieurement au 1er janvier 2019 et que les variations de valeurs locatives excèdent 30% des valeurs locatives calculées avant la prise en compte du changement de méthode d'évaluation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 4 octobre 2024 et non communiqué, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le droit de reprise exercé par le service des impôts des entreprises de Nancy, suivant lettre d'information du 6 novembre 2020 ne peut être impacté par les dispositions du 1° du II de l'article 15- de la loi n°2018-1317 du 28 décembre 2018 dès lors que ce dispositif est circonscrit aux seuls contrôles engagés avant le 31 décembre 2019 ; cette procédure ne saurait se confondre avec celle engagée antérieurement par la direction des vérifications nationales et internationales dès lors que ces deux procédure visent des périodes différentes ;

- les dispositions de l'article 1518 A sexies du code général des impôts n'ont pas vocation à s'appliquer dès lors que le changement de la méthode d'évaluation de l'entrepôt d'Atton est intervenu pour la première fois au titre de l'année 2016, suivant droit de reprise exercé le 14 novembre 2017 et est donc intervenu avant le 1er janvier 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n°2018-1317 du 28 décembre 2018, de finances pour 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par réclamation du 27 décembre 2021, la société distribution sanitaire chauffage a sollicité la décharge partielle de la cotisation foncière des entreprises dont elle s'est acquittée au titre des années 2019 et 2020, à raison du site qu'elle exploite sur le territoire de la commune d'Atton. Par décision du 22 février 2022, le service des impôts a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la prescription du droit de reprise :

2. Aux termes de l'article L. 174 du livre des procédures fiscales : " Les omissions ou les erreurs concernant (), la cotisation foncière des entreprises () peuvent être réparées par l'administration jusqu'à l'expiration de la troisième année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article 156 de la loi n°2018-1317 du 28 décembre 2018, de finances pour 2019 : " II.- Pour les contribuables de bonne foi, s'agissant des conséquences liées à un changement de méthode de détermination de la valeur locative d'un bâtiment ou terrain industriel en application des articles 1499-00 A ou 1500 du code général des impôts à la suite d'un contrôle fiscal : / 1° Par dérogation aux articles L. 173 et L. 174 du livre des procédures fiscales, aucun droit de reprise de l'administration n'est applicable pour les contrôles engagés avant le 31 décembre 2019 si les impositions supplémentaires correspondantes n'ont pas été mises en recouvrement avant le 31 décembre 2018 ; () ". Il résulte du II de l'article 156 de la loi du 28 décembre 2018 que ces dispositions ne visent que les conséquences liées à un changement de méthode de détermination de la valeur locative d'un bâtiment ou terrain industriel à la suite d'un contrôle fiscal, résultant de l'application des articles 1499-00 A ou 1500 du code général des impôts, concernant les entreprises relevant du secteur des métiers et de l'artisanat et les bâtiments et terrains à caractère industriel.

3. Il résulte de l'instruction que la société Distribution sanitaire chauffage a fait l'objet d'une procédure de contrôle menée par la direction des vérifications nationales et internationales, suivant lettre d'information modèle 751 adressée le 14 novembre 2017 et portant sur la cotisation foncière des entreprises des années 2016 et 2017, au cours de laquelle le service a entendu requalifier l'entrepôt d'Atton en établissement industriel. Suivant lettre d'information modèle 751 adressée le 6 novembre 2020, le service des impôts de Nancy a procédé à cette même requalification, au titre des années 2018 et 2019. Si la société requérante soutient que l'avis supplémentaire de cotisation foncière des entreprises 2019, mise en recouvrement en avril 2021, résulte directement du contrôle engagé en 2017 dès lors que le service des impôts se fonde sur les constations opérées lors du contrôle mené par la direction des vérifications nationales et internationales, les contrôles engagés en 2017 et en 2020 portent sur des années différentes et demeurent distincts l'un de l'autre. Par suite, alors que le contrôle mené par le service des impôts de Nancy a été engagé postérieurement à la date du 31 décembre 2019, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le droit de reprise de l'administration, au titre de l'année 2019 était prescrit.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes de l'article 1518 A sexies du code général des impôts : " I.- En cas de changement de méthode de détermination de la valeur locative d'un bâtiment ou terrain industriel en application des articles 1499-00 A ou 1500, la variation de la valeur locative qui en résulte fait l'objet d'une réduction dans les conditions prévues au II du présent article. () II.-A.- La réduction prévue au I s'applique lorsque la variation de valeur locative excède 30 % de la valeur locative calculée avant la prise en compte du changement prévu au même I et, le cas échéant, après l'application de l'avant-dernier alinéa de l'article 1467 et de l'article 1518 A quinquies. / La réduction est égale à 85 % du montant de la variation de valeur locative la première année où le changement est pris en compte, à 70 % la deuxième année, à 55 % la troisième année, à 40 % la quatrième année, à 25 % la cinquième année et à 10 % la sixième année () ". Aux termes de l'article 156 de la loi n°2018-1317 du 28 décembre 2018, de finances pour 2019 : " III / B.- L'article 1518 A sexies du code général des impôts s'applique pour les changements constatés à compter du 1er janvier 2019 () ".

5. Il résulte de l'instruction que la SAS Distribution sanitaire chauffage a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des années 2015, 2016 et 2017 par la direction des vérifications nationales et internationales. Le 14 novembre 2017, le service vérificateur a informé la SAS Distribution Sanitaire chauffage du changement de la méthode d'évaluation de l'entrepôt de commerciale à industrielle et, le 6 novembre 2020, le service des impôts des entreprises de Nancy a réaffirmé le changement de la méthode d'évaluation de cet entrepôt. En vertu des dispositions du B du III de l'article 156 de la loi n°2018-1317 du 28 novembre 2018, l'article 1518 A sexies est applicable aux changements constatés à compter du 1er janvier 2019. Par suite, bien que la cotisation foncière des entreprises de l'année 2018 ait été initialement déterminée, à tort, selon la grille tarifaire codifiée au II de l'article 1498 du code général des impôts et, dès lors que les changements ont été constatés dès le 14 novembre 2017, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle est en droit de bénéficier du dispositif prévu par l'article1518 A sexies du code général des impôts.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Distribution sanitaire chauffage n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations foncières des entreprises supplémentaires auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Distribution sanitaire chauffage est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Distribution sanitaire chauffage et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

S. Davesne

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2201207

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