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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201222

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201222

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201222
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSCP VASSEUR - PETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 avril, 2 et 10 mai 2022, l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement, représenté par Me K'Jan, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise relative aux désordres affectant le laboratoire d'écologie et génomique forestières du centre de recherche de Champenoux.

Il soutient que :

- plusieurs catégories de désordres ont été recensées : la première catégorie concerne la déformation de la structure du bâtiment, la deuxième concerne l'implantation et les dysfonctionnements du système de chauffage et de ventilation et de climatisation implanté sur la toiture du bâtiment, et notamment le groupe froid, la troisième catégorie concerne la mauvaise régulation thermique du bâtiment, la quatrième catégorie concerne les défauts acoustiques du bâtiment, la cinquième catégorie concerne les infiltrations d'eau, la dernière catégorie regroupe d'autres désordres ;

- le juge des référés du tribunal administratif de Nancy est compétent pour connaître de la présente demande d'expertise ;

- la mesure d'expertise est utile dès lors que les différents désordres entrent dans le champ de la garantie décennale, qu'elle est nécessaire pour déterminer le montant du préjudice subi par l'INRAE.

Par un mémoire enregistré le 13 mai 2022, la société Allianz Iard, prise en sa qualité d'assureur des sociétés Entreprise Sertelet, Axima Concept et Techni Plafond, représentée par Me Taesch, demande au juge des référés de lui donner acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, tous droits et moyens des parties demeurant réservés.

Par un mémoire enregistré le 20 mai 2022, la société Axa France Iard et la société Oteis, représentées par la SCP Vilmin Canonica Remy Rollet prise en la personne de Me Canonica, demandent au juge des référés de leur donner acte de qu'elles s'en rapportent quant à l'instauration de la mesure d'expertise sollicitée, sans reconnaissance ou approbation et sous les plus expresses réserves.

Par un mémoire enregistré le 23 mai 2022, la société Axa France Iard, prise en sa qualité d'assureur de la société Novabase Venturini, représentée par la SCP Vilmin Canonica Remy Rollet, prise en la personne de Me Canonica, demande au juge des référés de lui donner acte de qu'elle s'en rapporte quant à l'instauration de la mesure d'expertise sollicitée, sans reconnaissance ou approbation et sous ses plus expresses réserves.

Par un mémoire enregistré le 23 mai 2022, la société Axa France Iard, prise en sa qualité d'assureur de la société Brayer, représentée par la SCP Vilmin Canonica Remy Rollet, prise en la personne de Me Canonica, demande au juge des référés de lui donner acte de qu'elle s'en rapporte quant à l'instauration de la mesure d'expertise sollicitée, sans reconnaissance ou approbation et sous ses plus expresses réserves.

Par un mémoire enregistré le 23 mai 2022, la société Setea et la société Axa France Iard, prise en la personne de la société Setea, toutes deux représentées par Me Lime-Jacques, demandent au juge des référés :

1°) de leur donner acte de ce qu'elles s'en rapportent à prudence de justice sur la mesure d'expertise sollicitée, sous leurs plus expresses réserves et protestations ;

2°) de compléter la mission de l'expert conformément à leurs écritures ;

3°) de dire que le requérant supportera l'avance de la consignation des frais d'expertise.

Par un mémoire enregistré le 24 mai 2022, la société Inddigo et la société AR-CO, représentées par Me Hauptman, demandent au juge des référés de leur donner acte de ce qu'elles ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée, sans aucune reconnaissance de responsabilité ni de garantie, et de ce que la mission de l'expert devra être modifiée conformément à leurs écritures.

Par un mémoire enregistré le 1er juin 2022, la société Allianz Iard, prise en sa qualité d'assureur de la société Axima Concept, demande au juge des référés de la mettre hors de cause.

Elle soutient qu'elle n'était pas l'assureur de la société Axima Concept à la date d'ouverture du chantier.

Par un mémoire enregistré le 17 juin 2022, la SAS Tectoniques, représentée par Me Zine, demande au juge des référés :

1°) de lui donner acte de ses plus expresses protestations et réserves sur une mission d'expertise qu'il convient de limiter aux seuls désordres allégués par l'INRAE, de modifier la mission de l'expert conformément à ses écritures, en précisant qu'il devra remettre un pré-rapport ;

2°) de mettre à la charge de l'INRAE la consignation des frais d'expertise à valoir sur la rémunération de l'expert ;

3°) de réserver les dépens.

Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2022, la société Mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), prise en sa qualité d'assureur de la société Anglade Structure bois, représentée par Me Gottlich, demande au juge des référés de lui donner acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sous les plus expresses réserves et protestations d'usage.

Vu :

- les pièces du dossier desquelles il ressort que la requête a été communiquée à la société MAF, à la société SPIE Batignolles, à la société Allianz Global Corporate et Speciality, à la société Entreprise Sertelet, à la société Couvretranche, à la société AXA en sa qualité d'assureur de la société Couvretanche, à la société Novabase Venturini, à la société Techni Plafond, à la société Axima Concept et à la société Socotec Construction, pour lesquelles il n'a pas été présenté de mémoire dans le délai imparti ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. L'article R. 532-1 du code de justice administrative prévoit que : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () Il peut notamment charger un expert, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de ces dispositions doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente, à la date à laquelle il statue, dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

2. L'Institut National de la Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement (INRAE) a fait construire le laboratoire d'écologie et génomique forestières de son centre de recherche à Champenoux sous maîtrise d'œuvre d'un groupement d'entreprises constitué des sociétés Tectoniques, Sechaud et Bossuyt Rhône Alpes, Anglades Structures bois et Inddigo. Une mission de contrôle technique a été confiée à la société Socotec. Entre octobre et novembre 2009, 18 lots de travaux ont été attribués. A compter de la réception des travaux, intervenue, pour les principaux lots en litige, entre avril et mai 2012, ont été constatés de multiples désordres, tenant à la déformation de la structure du bâtiment, à l'implantation et aux dysfonctionnements du système de chauffage, de ventilation et de climatisation CVC implanté sur la toiture du bâtiment, à la mauvaise régulation thermique du bâtiment, aux défauts acoustiques du bâtiment, aux infiltrations d'eau, et à divers autres désordres.

3. La demande d'expertise apparaît utile pour déterminer l'origine des désordres qui sont apparus et le coût éventuel de leur réparation. Elle entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les conclusions tendant à la mise en cause ou à la mise hors de cause des parties au stade de l'expertise :

4. Le juge des référés peut appeler à l'expertise toute personne n'étant pas manifestement étrangère au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action qui motive l'expertise.

5. Il ne résulte pas avec certitude de l'instruction, notamment de l'attestation d'assurance produite par la société Allianz Iard, que le contrat d'assurance souscrit par la société Axima ne couvrait pas les travaux en litige, faute d'indication précise en ce qui concerne la date de déclaration d'ouverture de chantier. Dès lors, la participation de la société Allianz Iard en tant qu'assureur de la société Axima Concept aux opérations d'expertise présente, en l'état de l'instruction, un caractère d'utilité au sens des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande tendant à ce qu'elle soit mise hors de cause.

Sur la demande de pré-rapport :

6. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, à charge pour les parties de le lui demander. Il suit de là que les conclusions de la SAS Tectoniques tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport soumis aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'expertise et dépens :

7. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " () le président du tribunal () fixe les frais et honoraires par une ordonnance (). Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans le cas où les frais d'expertise () sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une autre partie que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent () " et aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

8. Ces dispositions font obstacle à ce que le juge des référés, au stade de la désignation de l'expert, mette les frais d'expertise ou les dépens à la charge de l'une ou l'autre des parties. Ainsi, les conclusions formées en ce sens par la SAS Tectoniques doivent être rejetées.

9. Au surplus, aucune disposition du code de justice administrative ne prévoit la consignation au greffe d'une provision à titre d'avance sur les honoraires d'expertise et en tout état de cause, l'article R. 621-12 du code de justice administrative prévoit que : " Le président de la juridiction () peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations () ".

10. Il s'ensuit que les conclusions des sociétés Setea et de son assureur, la société Axa France Iard, visant à ce que les frais de consignation soient mis à la charge de l'INRAE doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : M. B A, demeurant 19 rue des Etambois à Luze (70400), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres affectant le laboratoire d'écologie et génomique forestières du centre de recherche de Champenoux (54280) en indiquant leur date d'apparition ;

2°) décrire les malfaçons qui seraient constatées et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si elles sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination ; indiquer, pour chaque désordre, si, à la date de la réception, il était apparent, ou tout au moins prévisible, en tout cas dans toutes ses conséquences ; dans l'hypothèse où il était apparent, préciser s'il a fait l'objet de réserves et si ces réserves ont été levées ; dans l'hypothèse où un désordre n'a pas encore manifesté toute son ampleur dans le délai de dix ans, préciser les perspectives d'évolution de celui-ci ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de construction, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage ou à toute autre cause qu'il déterminera ou, en cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier aux désordres, en assurant la solidité du bâtiment et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ; dire si l'urgence et/ou la nature des désordres impliquent que des mesures conservatoires soient prises ;

5°) donner un avis motivé sur l'évaluation du coût des travaux propres à mettre fin aux désordres ; fixer la durée des travaux compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés et de leur exécution ; donner son avis sur les préjudices de toute nature causés par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable de la présidente du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de l'INRAE, de la SAS Tectoniques, de la MAF, de la société Oteis, de la société Axa France Iard, de la SMABTP, de la société Inddigo, de la société AR-CO, de la société SPIE Batignolles, de la société Allianz Global Corporate et Speciality, de l'entreprise Sertelet, de la société Allianz Iard, de la société Couvretranche, de la société Brayer, de la société Novabase Venturini, de la société Techni Plafond, de la société Axima Concept, de la société Setea et de la société Socotec Construction.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de 8 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle la présidente du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à l'INRAE, la SAS Tectoniques, la MAF, la société Oteis, la société Axa France Iard, la SMABTP, la société Inddigo, la société AR-CO, la société SPIE Batignolles, la société Allianz Global Corporate et Speciality, l'entreprise Sertelet, la société Allianz Iard, la société Couvretranche, la société Brayer, la société Novabase Venturini, la société Techni Plafond, la société Axima Concept, la société Setea, la société Socotec Construction et à M. B A, expert.

Fait à Nancy, le 23 août 2022.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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