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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201433

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201433

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201433
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantTADIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mai 2022 et 21 août 2024, Mme B A, représentée par Me Niango, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre communal d'action sociale de la commune de Laneuveville-devant-Nancy à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral subi ainsi que la somme de 561 euros par mois à compter du 1er mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de la commune de Laneuveville-devant-Nancy une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre communal d'action sociale (CCAS) a commis une faute en portant à son encontre des accusations infondées et en saisissant, dans le but d'exercer une pression sur elle, le conseil de discipline de ces fautes injustifiées dans des termes mettant en cause son honneur et sa respectabilité, en décidant sa suspension dans des conditions vexatoires, publiquement et sans motif sérieux, et en créant un poste de directeur de CCAS dans le seul objectif de la priver de ses attributions et de la rétrograder en limitant ses fonctions à des tâches de moindre importance ;

- son état psychique n'a pas cessé de se dégrader depuis l'arrivée du nouveau président du CCAS, son arrêt de travail à compter du 24 août 2020 ayant fait suite à un entretien avec ce dernier et ayant été reconnu comme accident de service ; son état s'est encore dégradé du fait de la création d'un poste de directeur et de sa rétrogradation ;

- sa nouvelle rémunération se trouve amputée de 491 euros d'indemnités forfaitaires pour travaux supplémentaires et 70 euros de NBI, soit 561 euros par mois depuis le 1er mars 2021.

Par des mémoires en défense enregistrés les 29 novembre 2022 et 10 septembre 2024, le centre communal d'action sociale de la commune de Laneuveville-devant-Nancy, représenté par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Niango, représentant Mme A,

- et les observations de Me Lehmann, substituant Me Tadic, représentant le centre communal d'action sociale de la commune de Laneuveville-devant-Nancy.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice territoriale titulaire a été recrutée en 2014 en qualité de responsable du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune de Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle). Invoquant la responsabilité de la commune en raison de différentes fautes commises par le président de cet établissement public à son encontre, l'intéressée a sollicité auprès du CCAS le versement d'une somme de 6 732 euros à parfaire et de 20 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral qu'elle estime avoir subis. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la requête susvisée, Mme A demande au tribunal de condamner le CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy à lui verser les sommes ainsi réclamées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne les fautes commises :

2. Mme A fait valoir que la responsabilité du CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy est engagée en raison de trois fautes commises par son président, tenant, d'une part, aux accusations infondées dont elle aurait fait l'objet de la part de ce dernier et la saisine abusive, le 30 mars 2021, du conseil de discipline à raison de ces accusations, d'autre part, aux conditions vexatoires dans lesquelles l'arrêté qui l'a suspendue temporairement de ses fonctions à compter du 2 mars 2021 lui a été notifié, enfin, à sa mutation, à compter du 15 février 2021, sur un poste d'instructeur gestionnaire de dossiers qu'elle qualifie de rétrogradation.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le président du CCAS a découvert au cours du mois de février 2021 l'existence d'une caméra de vidéosurveillance munie d'une carte d'enregistrement installée dans le hall d'accueil du CCAS qui n'avait pas fait l'objet de la déclaration exigée par le code de sécurité intérieure et n'était pas signalée à l'attention du public, faits passibles d'une peine d'emprisonnement de trois années et de 45 000 euros d'amende, pouvant entraîner la fermeture administrative du lieu pour une durée de trois mois et pour lesquels le président du CCAS a déposé plainte le 12 février 2021. Le CCAS relève que ce système avait, lors de son installation en 2019, été relié au seul téléphone de Mme A en sa qualité de directrice du CCAS, que celle-ci disposait des codes de connexion, pouvant ainsi accéder, à l'insu de tous, aux images et aux sons captés par la caméra, qu'elle n'avait pas fait part de son existence à la nouvelle équipe municipale et qu'elle aurait cherché, dès sa reprise de fonctions le 1er mars 2021 après un arrêt maladie pour accident de service, à prendre possession d'un disque dur sur lequel auraient pu être stockées les images issues de cette caméra. Il soutient également que son président avait des raisons de penser que certaines informations, dont l'intéressée avait eu une connaissance précise alors qu'elle était en arrêt de travail, pouvaient avoir été obtenues par l'intermédiaire de ce système de surveillance. Le président du CCAS a, dans ces conditions, décidé de saisir le conseil de discipline d'une proposition de révocation à l'encontre de Mme A considérant que les éléments ainsi exposés constituaient une rétention d'information à l'égard de sa hiérarchie, des manœuvres frauduleuses, des négligences graves et un comportement perturbant le bon fonctionnement du service et portant atteinte à la réputation de ce dernier. Après avoir suspendu Mme A à compter du 2 mars 2021, le président du CCAS a, dès le 17 mars 2021, rédigé le rapport de saisine du conseil de discipline. Or, ce document ne rapporte pour l'essentiel que de simples suspicions à l'égard de Mme A alors même que l'examen de la carte SD de la caméra à laquelle le président du CCAS a procédé, avec l'aide du technicien de la commune, dès le 1er mars 2021, n'avait pas permis de constater un quelconque enregistrement de données. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que cette caméra avait été installée à l'initiative du précédent maire de la commune en 2019 après une agression des agents du CCAS par un usager, que l'analyse de la carte SD de cet appareil par un technicien de la police judiciaire réalisé le 26 avril 2021 a confirmé qu'elle ne contenait aucun enregistrement et qu'aucun n'avait été effacé, que Mme A a pu exposer de manière plausible lors de son audition par les services de police le 23 avril 2021 la manière dont elle a eu connaissance des informations que le président du CCAS la soupçonnait avoir obtenues en écoutant des conversations enregistrées par cette caméra et quant à l'utilité de disposer d'un disque dur sur lequel se trouvaient les données de travail qui lui étaient nécessaires à sa reprise de fonctions, ne disposant alors plus des connexions aux applications réseaux du CCAS. Il résulte également de l'instruction que le président du CCAS avait, avant de saisir le conseil de discipline, pris connaissance des rapports rédigés par le directeur général des services et le technicien ayant installé cet équipement, relatifs au contexte et aux conditions d'installation de cette caméra, et qu'il avait pu, en particulier lors des entretiens de médiation qui s'étaient tenus au centre de gestion de Meurthe-et-Moselle en fin d'année 2020, prendre connaissance des conditions dans lesquelles Mme A, qui avait préparé avant son départ en congé maladie divers points portés à l'ordre du jour du conseil d'administration du CCAS, était informée des affaires qui y avaient été débattues. Bien qu'en mesure de recueillir et de tenir compte de l'ensemble des éléments à sa disposition avant la saisine du conseil de discipline, il ressort des termes du rapport par lequel il a saisi le conseil de discipline que le président du CCAS y a dénaturé les propos et agissements de Mme A. Dans ces conditions et compte tenu du caractère infondé des accusations portées contre Mme A, la saisine injustifiée du conseil de discipline est, dans les circonstances particulières de l'espèce, de nature à engager la responsabilité du CCAS.

4. En deuxième lieu, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure de suspension, qui lui a été notifiée par le président du CCAS le 2 mars 2021 en présence de la vice-présidente de cet établissement, de son directeur, tous supérieurs hiérarchiques de l'intéressée, et d'un policier municipal, l'aurait été publiquement et il ne résulte pas de l'instruction que les conditions de cette notification auraient revêtu un caractère vexatoire.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que par une délibération du 7 décembre 2020, le conseil d'administration du CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy a décidé la création d'un emploi de catégorie A pour assurer la direction du CCAS dont la responsabilité était jusqu'alors confiée à Mme A, fonctionnaire de catégorie B. Il ne résulte pas de l'instruction que la création d'un tel emploi serait sans lien avec les besoins du service, en particulier afin de permettre au CCAS de disposer d'un directeur en capacité d'assurer la réalisation et le suivi de documents réglementairement requis tels que l'évaluation interne, l'analyse des besoins sociaux, le règlement des aides sociales, ainsi que, en ce qui concerne plus particulièrement l'établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes relevant du CCAS, l'élaboration d'un projet d'établissement, d'un projet d'accompagnement personnalisé, d'un contrat de séjour et la mise en place d'un conseil de la vie sociale, documents que Mme A ne conteste pas n'avoir pas été en mesure de concevoir. Dans ces conditions, cette réorganisation répond à l'intérêt du service et, alors même qu'elle a eu pour effet de modifier les conditions d'emploi de Mme A, affectée à compter du 15 février 2021 à un poste d'instructeur-gestionnaire de dossiers, entraînant une perte de responsabilités et de rémunération, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait fautive.

En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :

6. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme A en raison de la faute identifiée au point 3 du présent jugement, compte tenu des conséquences qui en sont résultées, en lui allouant la somme de 2 500 euros.

7. En revanche, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que les conclusions de Mme A tendant à obtenir la réparation de la perte de rémunération consécutive à son changement d'affectation doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme que demande le CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :Le CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy est condamné à verser à Mme A la somme de 2 500 (deux mille cinq cents) euros au titre du préjudice moral subi.

Article 2 : Le CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du CCAS de la commune de Laneuveville-devant-Nancy présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale de la commune de Laneuveville-devant-Nancy.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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