jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201455 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | HARIR |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, le 28 septembre 2021 et transmise au tribunal administratif de Nancy pour y être enregistrée sous le n°2103068, et des mémoires enregistrés au greffe du tribunal administratif de Nancy, le 23 juin 2022 et le 31 juillet 2023, la société Fedele bois, représentée par Me Harir, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle du 14 janvier 2021 portant rejet de sa réclamation préalable ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme mise à sa charge en tant que codébiteur solidaire de la SASU GS54 ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure menée à son encontre est viciée en l'absence de production des éléments lui permettant de contester la régularité de la procédure menée à l'encontre de la société GS54 et de contester le bienfondé de sa créance fiscale ; le procès-verbal de constat de travail dissimulé n'a pas été communiqué dans le cadre de l'instance ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'agent qui a établi le procès-verbal de constatation de travail dissimulé ;
- pour la période vérifiée, soit du 8 juin 2018 au 31 janvier 2020, la SAS GS54 a respecté ses obligations déclaratives et contributives en matière sociale au titre de la période du 8 juin 2018 au 15 juillet 2019 ; par ailleurs, elle était valablement immatriculée au registre du commerce et des sociétés ;
- l'administration place à sa charge, au prorata, deux sommes au titre de la T.V.A. pour la période du 1er juillet 2019 au 31 janvier 2020 alors que la solidarité ne porte que sur les contrats conclus entre le 27 juillet 2019 et le 13 août 2019 ; s'agissant de la T.V.A., sur le même montant mis à la charge du débiteur principal la société GS 54, (136 196 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %) ; s'agissant de l'impôt sur les sociétés., sur le même montant mis à la charge du débiteur principal, la société GS 54 (47 499 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %) ; s'agissant de la retenue à la source sur le même montant mis à la charge du débiteur principal, la société GS 54 (34 166 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %) ; s'agissant de l'amende article 1759 du C.G.I, sur le même montant mis à la charge du débiteur principal, la société GS 54 (324 666 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %).
Par des mémoires en défense enregistrés le 31 mars 2022, le 13 juillet 2022 et le 18 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la procédure d'imposition n'est pas viciée dès lors que la société Fedele bois a été informée par dix avis de mise en recouvrement du 12 mai 2021 de la mise en œuvre de sa solidarité de paiement en qualité de donneuse d'ordre de la SASU GS54 ; les avis litigieux comportent les mentions prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales ;
- ont été communiqués, en pièce jointe à la décision 4140 du 26 juillet 2021, une copie de la proposition de rectification du 26 juillet 2021 et ses annexes, une copie de la lettre motivant l'application des pénalités de l'article 1759 du code général des impôts ainsi que des tableaux relatifs à l'examen du respect de l'obligation de vigilance de la société Fedele bois et un tableau déterminant les montants mis à sa charge ;
- l'agent ayant établi le procès-verbal de travail dissimulé était compétent pour ce faire ;
- la société Fedele bois a méconnu l'obligation de vigilance qui lui incombait en sa qualité de donneuse d'ordre de la société GS54 ;
- le calcul des sommes mises à la charge de la société Fedele bois au titre de la solidarité de paiement est exact.
II- Par une requête et un mémoire enregistrés, sous le n°2201455, le 20 mai 2022 et le 31 juillet 2023, la société Fedele bois, représentée par Me Harir, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle du 18 mars 2022 portant rejet de sa réclamation préalable ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme mise à sa charge en tant que codébiteur solidaire de la SASU GS54 ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure menée à son encontre est viciée en l'absence de production des éléments lui permettant de contester la régularité de la procédure menée à l'encontre de la société GS54 et de contester le bienfondé de sa créance fiscale ; le procès-verbal de constat de travail dissimulé n'a pas été communiqué dans le cadre de l'instance ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'agent qui a établi le procès-verbal de constatation de travail dissimulé ;
- pour la période vérifiée, soit du 8 juin 2018 au 31 janvier 2020, la SAS GS54 a respecté ses obligations déclaratives et contributives en matière sociale au titre de la période du 8 juin 2018 au 15 juillet 2019 ; par ailleurs, elle était valablement immatriculée au registre du commerce et des sociétés ;
- l'administration place à sa charge, au prorata, deux sommes au titre de la T.V.A. pour la période du 1er juillet 2019 au 31 janvier 2020 alors que la solidarité ne porte que sur les contrats conclus entre le 27 juillet 2019 et le 13 août 2019 ; s'agissant de la T.V.A., sur le même montant mis à la charge du débiteur principal la société GS 54, (136 196 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %) ; s'agissant de l'impôt sur les sociétés., sur le même montant mis à la charge du débiteur principal, la société GS 54(47 499 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %) ; s'agissant de la retenue à la source sur le même montant mis à la charge du débiteur principal, la société GS 54(34 166 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %) ; s'agissant de l'amende article 1759 du C.G.I, sur le même montant mis à la charge du débiteur principal, la société GS 54(324 666 €), pour la même période (du 8 juin 2018 au 30 juin 2019) il existe deux avis de mise en recouvrement avec des taux de prorata différents (53,64 % et 20,24 %).
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 juillet 2022 et le 18 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la procédure d'imposition n'est pas viciée dès lors que la société Fedele bois a été informée par dix avis de mise en recouvrement du 12 mai 2021 de la mise en œuvre de sa solidarité de paiement en qualité de donneuse d'ordre de la SASU GS54 ; les avis litigieux comportent les mentions prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales ;
- ont été communiqué, en pièce jointe à la décision 4140 du 26 juillet 2021 une copie de la proposition de rectification du 26 juillet 2021 et ses annexes, une copie de la lettre motivant l'application des pénalités de l'article 1759 du code général des impôts ainsi que des tableaux relatifs à l'examen du respect de l'obligation de vigilance de la société Fedele bois et un tableau déterminant les montants mis à sa charge ;
- l'agent ayant établi le procès-verbal de travail dissimulé était compétent pour ce faire ;
- la société Fedele bois a méconnu l'obligation de vigilance qui lui incombait en sa qualité de donneuse d'ordre de la société GS54 ;
- le calcul des sommes mises à la charge de la société Fedele bois au titre de la solidarité de paiement est exact.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'administration fiscale a, sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts, par dix avis de mise en recouvrement du 17 mai 2021, réclamé à la société Fedele bois, en sa qualité de codébiteur solidaire de la société SASU GS54, le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, de l'impôt sur les sociétés, de retenues à la source et de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts dus par cette dernière au titre de la période du 8 juin 2018 au 30 juin 2019. La société Fedele bois a saisi l'administration de deux réclamations préalables, le 7 juin 2021 et le 21 décembre 2021, qui ont été rejetées le 26 juillet 2021 et le 18 mars 2022. Par ses requêtes qu'il convient de joindre, la société Fedele bois demande la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 431 506 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la légalité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article 1724 quater du code général des impôts : " Toute personne qui ne procède pas aux vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du code du travail ou qui a été condamnée pour avoir recouru directement ou par personne interposée aux services de celui qui exerce un travail dissimulé est, conformément à l'article L. 8222-2 du même code, tenue solidairement au paiement des sommes mentionnées à ce même article dans les conditions prévues à l'article L. 8222-3 du code précité ".
3. Aux termes de l'article L. 8222-1 du code du travail : " Toute personne vérifie lors de la conclusion d'un contrat dont l'objet porte sur une obligation d'un montant minimum en vue de l'exécution d'un travail, de la fourniture d'une prestation de services ou de l'accomplissement d'un acte de commerce, et périodiquement jusqu'à la fin de l'exécution du contrat, que son cocontractant s'acquitte : / 1° des formalités mentionnées aux articles L. 8221-3 et L. 8221-5 ; / () / Les modalités selon lesquelles sont opérées les vérifications imposées par le présent article sont précisées par décret ". Aux termes de l'article L. 8222-2 du même code : " Toute personne qui méconnaît les dispositions de l'article L. 8222-1 () est tenue solidairement avec celui qui a fait l'objet d'un procès-verbal pour délit de travail dissimulé : / 1° Au paiement des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations dus par celui-ci au Trésor ou aux organismes de protection sociale ; / () ". Aux termes de l'article L. 8222-3 du même code : " Les sommes dont le paiement est exigible en application de l'article L. 8222-2 sont déterminées à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession ".
4. En premier lieu, par la décision n° 2015-479 QPC du 31 juillet 2015, le Conseil constitutionnel a déclaré conformes à la Constitution les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 8222-2 du code du travail, sous la réserve qu'elles n'interdisent pas au donneur d'ordre de contester la régularité de la procédure, le bien-fondé et l'exigibilité des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que les pénalités et majorations y afférentes au paiement solidaire desquels il est tenu.
5. Aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. () / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. / () ". Aux termes de l'article R. 256-2 du même livre : " Lorsque le comptable poursuit le recouvrement d'une créance à l'égard de débiteurs tenus conjointement ou solidairement au paiement de celle-ci, il notifie préalablement à chacun d'eux un avis de mise en recouvrement ".
6. Il résulte des dispositions des articles R. 256-1 et R. 256-2 du livre des procédures fiscales que lorsque l'administration adresse un avis de mise en recouvrement par lequel elle met en œuvre une solidarité de paiement, telle que celle qui est prévue par l'article 1724 quater du code général des impôts, à l'encontre d'une société qui n'a pas procédé aux vérifications prévues à l'article L. 8222-1 du code du travail, elle est tenue de lui adresser un avis de mise en recouvrement individuel qui doit comporter les indications prescrites par l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales.
7. Ces mentions permettent au débiteur solidaire d'obtenir, à sa demande, la communication des documents mentionnés dans cet avis de mise en recouvrement ainsi que de tout document utile à la contestation de la régularité de la procédure, du bien-fondé et de l'exigibilité des impôts, taxes et cotisations obligatoires ainsi que des pénalités et majorations correspondantes au paiement solidaire desquels il est tenu. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de communiquer au codébiteur solidaire, préalablement à l'avis de mise en recouvrement qui lui est adressé en vertu de l'article R. 256-2 du livre des procédures fiscales, les éléments de la procédure d'imposition menée à l'encontre du débiteur principal.
8. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Fedele bois a été informée par dix avis de mise en recouvrement du 12 mai 2021, de ce que l'administration fiscale entendait mettre en œuvre la solidarité de paiement, sur le fondement de l'article 1724 quater du code général des impôts, en sa qualité de donneuse d'ordre de la société GS54, sous-traitante. Les avis de mise en recouvrement litigieux comportent les mentions prévues à l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales, à savoir la nature des impositions et pénalités en cause, la période concernée, les dates de la proposition de rectification n°3924, la lettre de motivation de l'amende visée à l'article 1759 du code général des impôts et du procès-verbal de constatation de travail dissimulé. Les avis mentionnent également le montant des droits et pénalités mis à la charge du débiteur principal ainsi que le montant des droits et pénalités dont le paiement est demandé à la société Fedele bois, avec indication du prorata ayant permis le calcul de ces droits et pénalités. Si la société requérante soutient ne pas avoir disposé des éléments relatifs à la procédure de redressement du débiteur principal et notamment du procès-verbal de travail dissimulé, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'administration était tenue de communiquer ces éléments de manière spontanée, en l'absence de demande expresse de la requérante en ce sens. D'autre part, il résulte de l'instruction que le service a communiqué, en annexe à la décision du 26 juillet 2021 portant rejet de la réclamation préalable, la copie de la proposition de rectification et ses sept annexes adressée à la société GS54, la copie de la lettre du 25 février 2021 adressée à cette société motivant l'application de l'amende prévue à l'article 1759 du code général des impôts, les tableaux relatifs à l'examen du respect de l'obligation de vigilance de la société Fedele bois et Fedele conseil en leur qualité de donneuses d'ordre de la société GS54 et le tableau déterminant les montants mis à la charge de ces deux entités en leur qualité de donneuses d'ordres. Enfin, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a produit en première instance, à l'appui de son mémoire en défense enregistré le 31 mars 2022, le procès-verbal de constatation de l'infraction de travail dissimulé. La société requérante a ainsi été mise en mesure de contester les impositions dont le paiement lui est réclamé. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir qu'elle a été privée de la faculté de les contester.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction que le procès-verbal de travail dissimulé a été dressé par M. B A, inspecteur des finances publiques depuis le 1er septembre 2011 et qui a prêté serment devant le tribunal de grande instance de Nancy, le 17 décembre 2009. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du procès-verbal de carence manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité de paiement :
10. Aux termes de l'article D. 8222-5 du code du travail : " La personne qui contracte, lorsqu'elle n'est pas un particulier répondant aux conditions fixées par l'article D. 8222-4, est considérée comme ayant procédé aux vérifications imposées par l'article L. 8222-1 si elle se fait remettre par son cocontractant, lors de la conclusion et tous les six mois jusqu'à la fin de son exécution : / 1° Une attestation de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions de sécurité sociale prévue à l'article L. 243-15 émanant de l'organisme de protection sociale chargé du recouvrement des cotisations et des contributions datant de moins de six mois dont elle s'assure de l'authenticité auprès de l'organisme de recouvrement des cotisations de sécurité sociale. / 2° Lorsque l'immatriculation du cocontractant au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers est obligatoire ou lorsqu'il s'agit d'une profession réglementée, l'un des documents suivants : / a) Un extrait de l'inscription au registre du commerce et des sociétés (K ou K bis) () ". Aux termes de l'article D. 243-15 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable : " Lorsque le cocontractant emploie des salariés, l'attestation prévue à l'article L. 243-15 mentionne l'identification de l'entreprise, le nombre de salariés et le total des rémunérations déclarés au cours de la dernière période ayant donné lieu à la communication des informations prévue à l'article R. 243-13. / () L'attestation est sécurisée par un dispositif d'authentification délivré par l'organisme chargé du recouvrement des cotisations et contributions sociales. Le donneur d'ordre vérifie l'exactitude des informations figurant dans l'attestation transmise par son cocontractant par voie dématérialisée ou sur demande directement auprès de cet organisme au moyen d'un numéro de sécurité ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au donneur d'ordre de justifier de l'accomplissement de son obligation de vigilance, dans les conditions qu'elles prévoient, à la conclusion du contrat, puis tous les six mois, jusqu'à la fin de l'exécution de celui-ci. Cette obligation est méconnue pour la totalité de cette période si le donneur d'ordre n'effectue pas l'une des vérifications périodiques qui lui incombe. En cas de manquement à cette obligation de vérification, la solidarité de paiement couvre toute la durée du contrat au cours de laquelle a été constatée une infraction aux dispositions relatives au travail dissimulé.
11. Il résulte de l'instruction que les titres litigieux ont été adressés à la société Fedele bois, d'une part, en sa qualité de donneuse d'ordre de la société GS54 et, d'autre part, en sa qualité d'ayant cause de la société Fedele conseil, qu'elle a absorbée par traité de fusion du 18 décembre 2019, à effet rétroactif au 1er janvier 2019, et qui était également donneuse d'ordre de la société GS54.
12. Pour justifier de la mise en œuvre de la solidarité de paiement, le service s'est fondé sur la circonstance que la société Fedele bois ne s'est vu remettre une attestation de fourniture des déclarations sociales et de paiement des cotisations et contributions de sécurité sociale, établie par la mutualité sociale agricole les 24 avril 2019 et le 19 juillet 2019 qu'à compter des contrats conclus le 9 avril 2019 pour la société Fedele conseil et à compter des contrats conclus le 9 août 2019 pour la société Fedele bois. Par ailleurs, les sociétés Fedele bois et Fedele conseil ne se sont pas fait remettre un extrait K bis de la société GS54, respectivement, lors de la conclusion du contrat du 9 août 2019 et à l'occasion de la conclusion des contrats entre le 9 avril 2019 et le 13 août 2019. Si la société requérante soutient que la société GS54 était valablement enregistrée au registre du commerce et des sociétés et qu'elle était à jour de ses cotisations sociales à compter du 24 avril 2019, il résulte des dispositions précédemment rappelées que l'obligation de vigilance suppose de se voir remettre lors de la conclusion de chaque contrat et de manière cumulative un extrait K bis et une attestation émanant des organismes sociaux. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a mis à la charge de la société Fedele bois, sur le fondement des dispositions de l'article 1724 quater du code général des impôts, une quote-part des rappels d'impositions et de pénalités assignés à la société GS54.
En ce qui concerne l'étendue de la solidarité de paiement :
13. Aux termes de l'article L. 8222-3 du code du travail : " Les sommes dont le paiement est exigible en application de l'article L. 8222-2 sont déterminées à due proportion de la valeur des travaux réalisés, des services fournis, du bien vendu et de la rémunération en vigueur dans la profession ".
14. Il résulte de l'instruction que, pour déterminer l'étendue de l'obligation de paiement de la société Fedele bois, au cours de la période du 8 juin 2018 au 30 juin 2019, l'administration fiscale a retenu un prorata de 53,64 % et de 20,24 % à raison des travaux sous-traités, respectivement, par les sociétés Fedele conseil et Fedele bois à la société GS54. Si la société requérante soutient que les avis de mise en recouvrement litigieux ont été établis au regard de prorata différents de 20,24% et de 53,64%, cette différence est la conséquence du traité de fusion par lequel la société Fedele bois a absorbé la société Fedele conseil, conduisant l'administration à émettre certains titres à l'encontre de la société Fedele bois, en sa qualité de sous-traitante directe et d'autre en sa qualité d'ayant-cause de la société Fedele conseil. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait commis une erreur en déterminant l'étendue de la solidarité de paiement.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance et les dépens :
16. D'une part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent être que rejetées.
17. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, la somme que la société Fedele bois demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de la société Fedele bois sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Fedele bois et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2103068, 2201455
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026