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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201695

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201695

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201695
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP LEBON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 juin 2022 et 4 juillet 2023, l'Office public de l'habitat Vosgelis, représenté par Me Coulon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner in solidum M. C A, architecte, la société Euro Chauff, la société Bureau Veritas Construction, contrôleur technique, et la société Solorec, à lui verser la somme de 276 562,43 euros toutes taxes comprises, assortie des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ainsi que la capitalisation des intérêts échus ;

2°) à titre subsidiaire, d'une part, de condamner in solidum M. C A, la société Euro Chauff et la société Bureau Veritas Construction, à lui verser la somme de 239 226,50 euros toutes taxes comprises, et d'autre part de condamner la société Solorec à lui verser la somme de 37 335,93 euros toutes taxes comprises, ces sommes devant être assorties des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ainsi que la capitalisation des intérêts échus ;

3°) de mettre à la charge de M. C A, de la société Euro Chauff, de la société Bureau Veritas et de la société Solorec la somme de 1 500 euros chacun, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les désordres affectant la chaufferie de l'immeuble, à l'origine de l'explosion de la chaudière, à l'origine de la détérioration et du déboitage du tube d'évacuation et de l'émanation de monoxyde de carbone, survenue deux ans après la réception sans réserve de l'ouvrage, sont de nature à le rendre impropre à sa destination ;

- ces désordres, qui n'étaient pas apparents au moment de la réception, engagent la responsabilité décennale des constructeurs ; la responsabilité de M. C A, architecte, pour manquement à ses obligations de direction et de surveillance du chantier, son devoir de conseil lors de la réception de l'ouvrage, ainsi que de la société Euro Chauff pour des défauts d'exécution, des non façons et malfaçons ; la mauvaise combustion liée à la détérioration des turbulateurs est imputable en partie à un défaut d'exécution ; la responsabilité de la société Bureau Veritas Construction, en sa qualité de contrôleur technique, est engagée en application de l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation, dès lors qu'elle n'a fait aucune observation sur l'utilisation d'une ventouse non-conforme à la notice technique de la chaudière et sur la défaillance visible du système de réseau gaz, à l'origine d'une pression du gaz insuffisante, et n'a pas alerté le maître de l'ouvrage ;

- la responsabilité contractuelle de la société Solorec, en charge de l'exploitation, de la maintenance et de l'entretien des chaufferies collectives de son patrimoine immobilier, est également engagée, dès lors qu'elle ne pouvait ignorer les dysfonctionnements de la chaudière en bas régime et la mauvaise combustion au sein du corps de chauffe ;

- le coût des travaux de reprise des malfaçons affectant la chaudière et le réseau gaz est évalué par l'expert à 13 530,80 euros toutes taxes comprises, tandis que le coût d'installation et de location d'une chaudière provisoire au fuel justifie l'allocation d'une indemnité de 205 671,96 euros ; il justifie avoir subi un surcoût de dépenses énergétiques lié à l'utilisation du fuel au lieu du gaz, évalué par l'expert à la somme de 43 359,67 euros dont il demande le remboursement ;

- il a subi un préjudice de jouissance à la suite de la mise en place d'une chaudière provisoire sur le parking occupant deux places de stationnement payant, sur une période d'immobilisation de cinquante mois, qu'il évalue à 8 000 euros ;

- il est fondé à demander la condamnation de l'ensemble des intervenants ayant contribué à la réalisation du dommage à lui rembourser l'avance de 1 500 euros versée à sa locataire, victime du sinistre, qui lui a régulièrement cédé sa créance dans la limite de ce montant ;

- il est fondé donc à demander la condamnation solidaire de M. C A et des sociétés Euro Chauff et Bureau Veritas au titre de la garantie décennale et de la société Solorec, au titre de la garantie contractuelle, à l'indemniser à hauteur de 276 562,43 euros ; subsidiairement, M. A et les sociétés Euro Chauff et Bureau Veritas devraient être condamnés à lui verser 239 226,50 euros et la société Solorec à l'indemniser à hauteur de la somme de 37 335,93 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 14 novembre 2022 et 18 juin 2024, la SMACL Assurances, assureur de l'Office public de l'habitat Vosgelis, représentée par Me Tadic, conclut :

- à titre principal, à la condamnation in solidum, par voie reconventionnelle, des constructeurs à lui rembourser la somme de 20 055,78 euros, au titre des frais d'expertise judiciaire dont elle a fait l'avance ;

- à titre subsidiaire, à ce que M. A et les sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction et Solorec soient condamnés à la garantir des éventuelles condamnations prononcées à son encontre, en principal et intérêts ;

- à ce qu'il soit mis à la charge solidaire de M. A et des sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction et Solorec, la somme de 5 000 euros chacun, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les désordres affectant la chaufferie de l'immeuble, à l'origine de l'explosion de la chaudière, de la détérioration et du déboitage du tube d'évacuation et de l'émanation de monoxyde de carbone, survenus après la réception sans réserve de l'ouvrage, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination et engagent la responsabilité décennale des constructeurs ;

- elle est fondée à demander la condamnation in solidum de M. C A et des sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction et Solorec, à lui verser la somme de 20 055,78 euros, correspondant à la consignation des frais d'expertise complémentaire qu'elle justifie avoir versés pour le compte de son assuré.

Par un mémoire enregistré le 23 juin 2023, la société Bureau Veritas et la société Bureau Veritas Construction, représentées par Me Faivre, concluent :

- à titre principal, au rejet de la requête de l'Office public de l'habitat Vosgelis en tant que celle-ci est dirigée contre la société Bureau Veritas ;

- à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit partagée avec la société Euro Chauff, M. C A, la société Euro Chauff et la société Solorec, la part de responsabilité lui incombant ne pouvant excéder 3 % du montant total du préjudice subi, et, dans cette hypothèse, à ce que la société Euro Chauff et M. C A la garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre en réparation des désordres trouvant leur origine dans la non-conformité de la ventouse et du réseau de gaz en chaufferie, à ce que la société Euro Chauff, M. C A et la société Solorec la garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre en réparation des désordres trouvant leur origine dans une défaillance de la combustion ;

- en tout état de cause, à ce qu'elle soit garantie et relevée indemne de toutes condamnations qui seraient prononcées à son encontre, en principal, intérêts, frais et accessoires ;

- à la condamnation de l'Office public de l'habitat Vosgelis ou de toutes parties perdantes aux dépens ;

- à ce qu'il soit mis à la charge de l'Office public de l'habitat Vosgelis ou de toutes parties perdantes la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Les réclamations, principales ou en garantie, à l'encontre de la société Bureau Véritas ne peuvent donc être accueillies, la filialisation n'ayant pas fait disparaître sa personnalité juridique, de sorte que les demandes la concernant ne peuvent pas être répercutées sur la société Bureau Véritas Construction, et devront être déclarées irrecevables pour défaut d'intérêt à agir ;

- sa responsabilité ne saurait être recherchée tant au titre de la mission " F " que de la mission " S " ; les malfaçons relevées par l'expert à l'origine des désordres ne lui sont pas imputables ;

- l'examen du contrôleur technique ne porte que sur les parties visibles ou accessibles des ouvrages ;

- il ne lui appartient pas de vérifier la bonne exécution de leurs prestations par les entreprises et de se substituer à elles, ni de solliciter spontanément les documents techniques aux entreprises ;

- sa responsabilité ne saurait être recherchée dès lors que sa mission était achevée au moment de l'explosion de la chaudière, qui avait fait l'objet de modifications ultérieures ;

- les désordres sont également imputables à l'inertie du maître de l'ouvrage, à qui il incombait de surveiller la conformité contractuelle des installations, et aux défaillances de la société Solorec, en charge de l'entretien de la chaudière depuis plus d'un an à la date de l'explosion ;

- le préjudice lié à la consignation des frais d'expertise complémentaire, mis à la charge de la société SMACL Assurances et de l'Office public de l'habitat Vosgelis, maître de l'ouvrage, n'est pas établi.

Par un mémoire, enregistré le 30 août 2023, M. C A, représenté par Me Taesch, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête de l'Office public de l'habitat Vosgelis en tant que celle-ci est dirigée contre lui ;

- à titre subsidiaire, à ce que la part de responsabilité lui incombant n'excède pas la somme de 27 392,40 euros au titre des frais de location de la chaudière provisoire et la somme de 1 042,44 euros au titre des travaux de remise en état de la chaudière gaz et, dans cette hypothèse, à ce que les sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction et Solorec le garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;

- au rejet des conclusions d'appel en garantie dirigées à son encontre ;

- au rejet des conclusions tendant à ce qu'il soit condamné à indemniser le coût de l'immobilisation de deux emplacements de stationnement à hauteur de 8 000 euros.

Il fait valoir que :

- il ne peut se voir imputer une quelconque part de responsabilité dans la survenance des désordres ;

- la non-conformité de l'installation est uniquement imputable au titulaire du marché ; les désordres sont également imputables à la société Solorec, en charge de l'entretien et de la maintenance, qui était informée des dysfonctionnements de la chaudière ;

- le procès-verbal de mise en service de la chaudière, s'il avait été communiqué à l'expert, n'aurait pas été de nature à révéler un manquement dans la direction et le suivi du chantier ;

- l'expert a conclu qu'il n'avait commis aucune faute à l'origine des désordres ;

- subsidiairement, s'il ne conteste pas le coût de remise en état de la chaudière, et sa part de responsabilité située entre 15 et 20 %, en revanche, le coût de la location d'une chaudière provisoire et ses frais annexes liés à la consommation de fuel étant exorbitant, sa part de responsabilité ne saurait excéder la somme de 27 392,40 euros ; le préjudice de jouissance allégué n'est pas établi ;

- si une part de responsabilité devait être retenue contre lui, il conviendrait de condamner la société Euro Chauff, la société Bureau Veritas Construction et la société Solorec, à le garantir.

Par un mémoire, enregistré le 5 février 2024, la société Solorec, représentée par Me Knittel, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête de l'Office public de l'habitat Vosgelis en tant qu'elle est dirigée contre elle ;

- à titre subsidiaire, à ce que la part de responsabilité pouvant lui être imputée dans la survenance des désordres imputables à une mauvaise combustion n'excède pas 45 %, conformément au partage des responsabilités, établi par l'expert judiciaire ;

- en tout état de cause, au rejet de la demande indemnitaire liée à la perte financière résultant de l'immobilisation de places de parking en tant qu'elle est dirigée contre elle, au remboursement de l'avance de 1 500 euros consentie à la locataire de Vosgelis, victime du sinistre, et au rejet des conclusions de la société SMACL Assurances tendant au remboursement de la consignation des frais de l'expertise judiciaire ;

- à ce que le montant du préjudice lié au coût de l'installation et de la location de la chaudière provisoire au fuel sur une période de cinquante mois soit réduit à de plus justes proportions ;

- à titre très subsidiaire, à ce que les sociétés Euro Chauff et Bureau Veritas Construction, ainsi que M. A, la garantissent in solidum des éventuelles condamnations prononcées à son encontre.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée à quelque titre que ce soit, dès lors que le lien de causalité entre les causes possibles des désordres relevées par l'expert et ses prestations dans le cadre du contrat d'entretien et de maintenance de l'installation de chauffage, conclu avec le maître de l'ouvrage, n'est pas établi ;

- subsidiairement, sa part de responsabilité contractuelle dans le problème de combustion, à la supposée établie, doit être réduite à de plus justes proportions, dès lors que le maître de l'ouvrage a contribué à l'aggravation de son préjudice lié au coût de location de la chaudière au fuel et au surcoût de dépenses énergétiques ;

- le préjudice de jouissance allégué en lien avec l'immobilisation forcée de deux places de stationnement ne saurait excéder 4 000 euros ;

- la demande de remboursement de l'avance versée à la locataire, victime de l'intoxication au monoxyde de carbone résultant de l'explosion de la chaudière, est mal dirigée ;

- la SMACL Assurances ne justifie pas du règlement des trois consignations successives pour un montant total de 20 055,78 euros ;

- très subsidiairement, si une part de responsabilité devait être retenue contre elle, il conviendrait de condamner solidairement la société Euro Chauff, M. C A et la société Bureau Veritas Construction à la garantir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, la société Euro Chauff, représentée par Me Lebon, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête de l'Office public de l'habitat Vosgelis en tant qu'elle est dirigée contre elle ;

- à titre subsidiaire, à ce que M. C A, et les sociétés Bureau Veritas Construction et Solorec la garantissent des éventuelles condamnations prononcées à son encontre en principal, intérêts, frais et dépens ;

- en tout état de cause, à ce que le montant du préjudice lié au coût de l'installation et de la location de la chaudière provisoire soit réduit à de plus justes proportions, au rejet de la demande d'indemnisation liée à la perte financière résultant de l'immobilisation de places de parking et à l'avance de 1 500 euros consentie à la locataire sinistrée, et au rejet des conclusions de la société SMACL Assurances tendant au remboursement de la consignation des frais d'expertise judiciaire complémentaire ;

- à ce qu'il soit mis à la charge de l'Office public de l'habitat Vosgelis la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions de l'expert reposent sur des hypothèses quant aux causes possibles des désordres ; il ne ressort pas des opérations d'expertise que les prétendues non-conformités auraient joué un rôle causal dans la survenance du sinistre ;

- concernant le phénomène lié à la mauvaise combustion du corps de chauffe, seule la responsabilité de la société Solorec, informée des dysfonctionnements de la chaudière à bas régime, doit être recherchée, s'agissant d'un manquement en lien avec la conduite et la gestion de l'installation de chauffage dont elle assure également la maintenance ;

- subsidiairement, si une part de responsabilité devait être retenue contre elle, il conviendrait de condamner solidairement la société Solorec à hauteur de 50 %, M. C A à hauteur de 7,5 % et la société Bureau Veritas Construction à hauteur de 2,5 %, à la garantir, sur le fondement de leur responsabilité délictuelle ;

- les préjudices financiers liés au surcoût de dépenses de fuel, à la location d'une chaudière provisoire et à l'immobilisation de places de parking, ne sont pas établis ;

- le préjudice lié au versement d'une avance à la victime par l'Office public de l'habitat Vosgelis, qui relève de la responsabilité civile de ce dernier, n'est pas indemnisable ;

- l'indemnité de 4 500 euros sollicitée par l'office au titre du travail d'assistance aux opérations d'expertise, qui relève des dépens, doit être rejetée, dès lors qu'elle conduirait à une double indemnisation du même préjudice ;

- l'appel en garantie de la société SMACL assurances n'est pas fondé, dès lors qu'elle ne justifie pas du règlement effectif des sommes réclamées au titre des consignations.

Par une lettre du 28 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par la société SMACL Assurances tendant au remboursement des consignations des frais d'expertise judiciaire, faute de motivation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 ;

- le décret n° 99-443 du 28 mai 1999 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales relatives aux marchés de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Agnès Bourjol,

- les conclusions de Mme Laëtitia Cabecas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ercole, représentant la société Euro Chauff, et les observations de Me Faivre, représentant la société Bureau Veritas Construction.

Considérant ce qui suit :

1. L'Office public de l'habitat Vosgelis a lancé un projet de démolition d'un bâtiment et de construction de douze logements collectifs sis 3 rue du Général Leclerc à Raon l'Etape (88110). Le marché de maîtrise d'œuvre a été confié à M. C A, architecte, par un acte d'engagement du 3 novembre 2011. Le contrôle technique de l'opération a été confié à la société bureau Veritas. Le lot n° 12 " chauffage, gaz, ventilation " et le lot n°13 " plomberie sanitaire " ont été confiés à la société Euro Chauff par des actes d'engagement du 18 juillet 2013. Une police d'assurance dommages-ouvrage a été souscrite par le maître de l'ouvrage auprès de la SMACL Assurances à compter du 1er décembre 2014. La réception des travaux a été prononcée le 5 juin 2015. La maintenance et l'entretien de la chaufferie ont été confiés à la société Solorec par un contrat d'une durée de quinze ans. Dans la nuit du 9 au 10 octobre 2017, une explosion de la chaudière gaz est survenue dans ledit bâtiment, constatée par exploit d'huissier, entraînant une fuite de monoxyde de carbone à l'origine de l'intoxication de l'une des locataires, Mme D. Le 12 octobre suivant, l'Office public de l'habitat Vosgelis a déclaré le sinistre à son assureur, la SMACL Assurances. Le 13 octobre, l'Office public de l'habitat Vosgelis et son assureur ont été assignés devant le tribunal de grande instance d'Epinal par Mme D à fin de désignation d'un expert médical, à compléter par une expertise technique, par ordonnance du 26 septembre 2018 désignant M. B en qualité d'expert lui confiant comme mission de déterminer l'origine des désordres, les responsabilités encourues et d'évaluer les préjudices. L'expert a déposé son rapport le 20 février 2019.

2. Par la présente requête, l'Office public de l'habitat Vosgelis demande au tribunal de condamner in solidum la société Euro Chauff, M. C A, la société Bureau Veritas Construction, venant aux droits de la société Bureau Veritas et la société Solorec, à lui verser la somme de 276 562,43 euros toutes taxes comprises en réparation des préjudices qu'il subit du fait des dysfonctionnements du système de chauffage, ou subsidiairement, de condamner in solidum la société Euro Chauff, M. C A et la société Bureau Veritas Construction à lui verser la somme de 239 226,50 euros au titre de la garantie décennale et de condamner la société Solorec, au titre de sa responsabilité contractuelle, à lui verser la somme de 37 335,93 euros toutes taxes comprises.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la société Bureau Veritas Construction et tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires en tant qu'elles sont dirigées contre elle :

3. Si la société Bureau Véritas Construction fait valoir que les parties n'ont pas d'intérêt à agir contre elle, dès lors que la filialisation avec la société Bureau Véritas n'a pas eu pour effet de faire disparaître la personnalité juridique de cette dernière, toutefois, il ressort de ses propres écritures qu'elle est venue aux droits de la société Bureau Véritas au titre des activités de contrôle technique dès le 1er janvier 2017. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société Bureau Veritas Construction doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires de l'organisme requérant :

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que la chaudière collective gaz à condensation du bâtiment, objet du marché de travaux en cause, a explosé dans la nuit du 9 au 10 octobre 2017, endommageant et déboitant le tube d'évacuation, entraînant une fuite de monoxyde de carbone à l'origine de l'intoxication d'une locataire, et privant l'ensemble des occupants dudit bâtiment de chauffage et d'eau chaude. Ces désordres ont rendu la chaudière gaz inutilisable et ont nécessité son remplacement provisoire par une chaudière au fuel installée au droit du bâtiment. L'Office public de l'habitat Vosgelis, suivant en ce sens les conclusions de l'expert, attribue l'explosion affectant la chaudière et la détérioration du tuyau d'évacuation à l'accumulation de gaz dans le foyer due à une pression de gaz fluctuante suivant le régime de fonctionnement de la chaudière, avec défaut d'allumage, à la formation d'un mélange explosif de monoxyde de carbone consécutif au mauvais fonctionnement du dispositif d'évacuation des gaz par ventouse, ou à la conjonction de ces phénomènes, en demandant la condamnation in solidum de la société Euro Chauff, titulaire des lots " chauffage " et " plomberie ", de M. C A, architecte, de la société Bureau Veritas Construction, venant aux droits de la société bureau Véritas, contrôleur technique, et de la société Solorec, en charge de l'exploitation et de l'entretien de la chaudière du bâtiment en cause.

En ce qui concerne l'origine et l'imputabilité des désordres :

S'agissant de la garantie décennale des constructeurs :

5. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure. Le caractère apparent des désordres à la réception fait obstacle à ce que la responsabilité des constructeurs puisse être engagée sur le fondement de la garantie décennale. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

6. Il est constant que, compte tenu de leur nature et de leur importance, les désordres décrits au point 4 du présent jugement ont rendu la chaudière et le système de chauffage impropres à leur destination et sont, dès lors, susceptibles d'engager la responsabilité des constructeurs au titre de la garantie décennale. Il résulte du rapport de l'expert judiciaire que les désordres ayant entraîné l'explosion de la chaudière sont imputables à la société Euro Chauff, qui en a assuré la pose, ainsi qu'à M. A maître d'œuvre, en charge notamment de la mission " direction de l'exécution des travaux " DET pour les lots intéressant les fluides, et au contrôleur technique, qui était chargé de la mission " F ", relative au fonctionnement des installations, comprenant celles de chauffage. Les circonstances que les constructeurs n'auraient commis aucun manquement, ou que la société chargée de la maintenance aurait commis des fautes, ne sauraient, par elles-mêmes, être utilement invoquées par les constructeurs pour écarter leur responsabilité à l'égard du maître de l'ouvrage sur le fondement de la garantie décennale. Le contrôleur technique ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 111 24 du code de la construction et de l'habitation, reprises depuis à l'article L. 125 2 du même code, en application desquelles le contrôleur technique n'est tenu vis-à-vis des constructeurs à supporter la réparation de dommages qu'à concurrence de la part de responsabilité susceptible d'être mise à sa charge dans les limites des missions définies par le contrat le liant au maître d'ouvrage, dès lors que ces dispositions sont sans incidence sur la garantie qu'il doit au maître d'ouvrage et sur la possibilité de se voir condamné solidairement avec les autres constructeurs, qui résultent de ce qu'il a concouru avec ces constructeurs à la réalisation du même dommage. Il suit de là que l'Office public de l'habitat Vosgelis est fondé à rechercher la responsabilité de ces trois constructeurs, au titre de la garantie décennale.

S'agissant de la responsabilité contractuelle de la société Solorec :

7. Il résulte de l'instruction que, par un contrat signé le 18 juin 2012 pour une durée de quinze ans, l'Office public de l'habitat Vosgelis a confié à la société Solorec l'exploitation des chaufferies collectives de son patrimoine immobilier, dont il n'est pas contesté qu'il comprenait la chaudière, siège du dommage. Il résulte de la convention d'exploitation de la chaudière, conclue entre l'Office public de l'habitat Vosgelis et la société Solorec, que cette dernière s'était engagée à assurer " la conduite, la surveillance, et le réglage des installations, le petit et le gros entretien ", et qu'elle est réputée " connaître parfaitement tous les équipements ". Par ailleurs, il résulte du rapport de l'expertise judiciaire que la société Solorec a commis des négligences en ne recherchant pas les causes des dysfonctionnements de la chaudière à bas régime, dont fait état le cahier d'exploitation du 10 octobre 2017, le lendemain du sinistre. Il résulte en particulier de l'exploit d'huissier diligenté le même jour par le maître de l'ouvrage que la société Solorec ne pouvait ignorer ces dysfonctionnements liés à une pression fluctuante du gaz, avec défaut d'allumage, et à une combustion imparfaite. Si elle critique les conclusions de l'expert motif pris de ce qu'il n'explique pas si la combustion défaillante est imputable à un défaut d'utilisation ou à un défaut d'entretien, toutefois, l'obligation d'assurer le bon état de marche des installations de chauffage ainsi que le maintien de leurs performances figuraient au nombre des missions confiées à la société Solorec à l'article VII du cahier des charges. Par suite, eu égard à la défaillance de la société Solorec dans l'exercice de sa mission, l'Office public de l'habitat Vosgelis est également fondé à rechercher sa responsabilité contractuelle.

En ce qui concerne la solidarité :

8. Lorsque le maître de l'ouvrage a subi un préjudice imputable à la fois à des constructeurs, au titre de la garantie décennale, et à un autre de ses cocontractants, il peut demander au juge de prononcer leur condamnation in solidum à réparer les dommages résultant, dans leur intégralité, de leurs interventions respectives.

9. Il résulte de l'instruction que les manquements respectifs de chacun des intervenants dont la responsabilité solidaire est recherchée par le maître de l'ouvrage sont à l'origine des mêmes désordres et ont contribué à la réalisation de la totalité du dommage. Par suite, l'Office public de l'habitat Vosgelis est en droit d'obtenir la condamnation in solidum de la société Euro Chauff, de la société Bureau Veritas Construction, venant aux droits de la société Bureau Veritas, et de M. C A, sur le fondement de la garantie décennale et, sur le fondement de sa responsabilité contractuelle, de la société Solorec.

Sur les préjudices indemnisables :

10. Le montant du préjudice dont le maître de l'ouvrage est fondé à demander réparation aux constructeurs en raison des désordres affectant l'ouvrage qu'ils ont réalisé correspond aux frais générés par les travaux de réfection indispensables, sans que ces travaux puissent apporter une plus-value à l'ouvrage.

En ce qui concerne le coût des travaux de remise en état de l'installation de chauffage :

11. Le coût des travaux nécessaires à la réparation des désordres a été fixé par l'expert à la somme totale de 13 530,80 euros toutes taxes comprises, maîtrise d'œuvre incluse d'un montant forfaitaire de 2 500 euros, correspondant au coût du remplacement du réseau gaz en chaufferie à hauteur de 1 845 euros hors taxes, au remplacement de la ventouse et de remise en état de la chaudière à hauteur de 4 361 euros hors taxes, à l'installation d'une centrale de détection de fumée et de CO2 à hauteur de 3 022 euros hors taxes, et au coût de la mise en service de la chaudière par la société Atlantic, fournisseur, à hauteur de 800 euros hors taxes.

12. Toutefois, l'installation d'une centrale de détection de fumée et de CO2 constitue nécessairement une plus-value dès lors que le maître de l'ouvrage aurait dû le financer si le maître d'œuvre l'avait intégrée au cahier des clauses techniques particulières comme il aurait dû le faire. Il y a donc lieu de déduire du préjudice indemnisable, qui doit être évalué à 13 530,80 euros au regard des éléments soumis au contradictoire, un montant de 3 022 euros hors taxes, soit 3 324,20 euros toutes taxes comprises. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le préjudice correspondant aux travaux de remise en état de l'installation à la somme totale de 10 206,60 euros toutes taxes comprises.

En ce qui concerne le préjudice financier découlant des dépenses exposées pour tenter de remédier aux désordres :

13. Il résulte de l'instruction que le préjudice supporté par l'Office public de l'habitat Vosgelis au titre des différentes dépenses rendues nécessaires pour remédier aux désordres décrits ci-dessus, portant sur la location d'une chaudière au fuel provisoire sur la période allant d'octobre 2017 à décembre 2021 et les travaux d'installation, a été évalué par l'expert à la somme de 205 671,96 euros toutes taxes comprises. Le surcoût lié à la consommation de fioul en remplacement du gaz, rendue nécessaire par les dysfonctionnements rencontrés par la chaudière gaz, a été fixé par l'expert à la somme de 43 359,67 euros toutes taxes comprises. Si la société Solorec fait valoir que le maître de l'ouvrage a concouru à son préjudice en tardant à réaliser les travaux de reprise, toutefois, l'Office public de l'habitat Vosgelis n'y était nullement tenu tant que l'expert judiciaire n'avait pas rendu ses conclusions. Dans ces conditions, les dépenses supplémentaires générées par l'utilisation du fuel au lieu du gaz et la durée totale d'immobilisation entre octobre 2017 et décembre 2021 n'ont pas fait l'objet, de la part de l'expert, d'une estimation exagérée et il y a lieu, au regard des éléments soumis à l'instruction, de reprendre ces montants. Il y a lieu d'accorder à l'Office public de l'habitat Vosgelis la somme demandée de 249 021,63 euros toutes taxes comprises.

En ce qui concerne le préjudice de jouissance :

14. L'Office public de l'habitat Vosgelis soutient qu'il a subi un préjudice de jouissance lié à la nécessité d'installer la chaudière provisoire au fuel au droit du bâtiment en cause, sur l'emplacement de deux places de parking. Compte tenu de la durée totale d'immobilisation de cinquante mois, ce dernier a évalué son préjudice lié à l'impossibilité de louer durant cette période deux places de parking à la somme de 8 000 euros toutes taxes comprises. Toutefois, il n'apporte aucun élément justificatif de nature à établir la réalité et le montant du préjudice de jouissance invoqué. Ce préjudice ne saurait, par suite, donner lieu à indemnisation.

En ce qui concerne l'indemnisation de l'avance consentie à la victime :

15. Il résulte de l'instruction que l'Office public de l'habitat Vosgelis demande la condamnation des intervenants à lui rembourser l'avance d'un montant de 1 500 euros qu'il a consentie à sa locataire, victime de l'intoxication au monoxyde de carbone provoquée par l'explosion de la chaudière gaz du bâtiment en cause dans la nuit du 9 au 10 octobre 2017, en se prévalant d'une cession de créance consentie par cette victime. Toutefois, et alors qu'il s'agit d'indemniser le préjudice subi par un tiers en raison des désordres survenus, les conclusions présentées à cette fin ne sont pas assorties des précisions permettant d'en connaître.

En ce qui concerne les frais d'avocat liés à la participation à l'expertise devant le juge judiciaire :

16. Les frais et dépens qu'a définitivement supportés une personne, en raison d'une instance judiciaire dans laquelle elle était partie, sont au nombre des préjudices dont elle peut obtenir réparation devant le juge administratif de la part de l'auteur du dommage, sauf dans le cas où ces frais et dépens sont supportés en raison d'une procédure qui n'a pas de lien de causalité directe avec le fait de cet auteur.

17. L'Office public de l'habitat Vosgelis demande l'indemnisation de diverses dépenses liées au frais liés à l'intervention de son avocat dans le cadre des opérations de l'expertise judiciaire, ou encore le temps passé par ce dernier aux réunions d'expertise, à la rédaction des dires et à l'assignation en intervention forcée à la demande de l'expert. Dans la mesure où cette expertise a été utile au règlement du litige dont le juge administratif est saisi et dès lors que les frais en cause sont la conséquence directe des manquements commis par les intervenants à l'origine du dommage, l'Office public de l'habitat Vosgelis a droit à être indemnisé de ces frais, qu'il chiffre à la somme non contestée de 4 500 euros.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'Office public de l'habitat Vosgelis est fondé à demander que les sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction, Solorec et M. C A soient solidairement condamnés à lui verser la somme totale de 263 728,23 euros toutes taxes comprises.

Sur les conclusions présentées par la société SMACL Assurances en règlement des frais induits par l'expertise judiciaire :

19. La société SMACL Assurances demande à être indemnisée des frais qu'elle a avancés au titre de la dévolution provisoire des frais afférents à l'expertise ordonnée, le 26 septembre 2018, par le juge des référés du tribunal de grande instance d'Epinal, d'un montant de 20 055,78 euros. Toutefois, ces conclusions sont dépourvues de motivation, le fondement juridique de celles-ci n'étant pas précisé. Elles sont, pour ce motif, irrecevables et ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts échus :

20. L'Office public de l'habitat Vosgelis a droit aux intérêts sur la somme de 263 728,23 euros à compter du 15 juin 2022, date d'enregistrement de sa requête, et à la capitalisation de ces intérêts à compter du 15 juin 2023, date à laquelle les intérêts étaient dus depuis un an, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

21. La présente instance n'a pas donné lieu à des frais susceptibles d'être qualifiés de dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions des parties présentées sur ce fondement ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le partage des responsabilités :

22. Le dommage trouve ses causes dans des manquements résultant, de manière prépondérante d'un défaut d'exécution des travaux tenant à l'installation par la société Euro Chauff, de sa propre initiative, d'un système d'évacuation des gaz de combustion qui ne respectait pas les préconisations du fabriquant, la notice technique de la chaudière indiquant que " l'utilisation du kit ventouse C33 est obligatoire ", de la non-conformité du dimensionnement des canalisations du réseau de gaz en chaufferie qu'elle a réalisé, qui est à l'origine, selon l'expert, du phénomène d'accumulation des gaz de combustion dans le foyer et à la pression fluctuante du gaz quand la chaudière fonctionne en bas régime, entraînant un décrochage de la flamme. L'ensemble de ces malfaçons sont ainsi imputables à la société Euro Chauff, titulaire des lots " chauffage " et " plomberie " de l'opération de travaux. La société Solorec a également concouru aux désordres compte tenu de sa défaillance dans l'entretien de la chaudière et pour n'avoir pas alerté le maître de l'ouvrage de ses dysfonctionnements en bas régime et de la combustion imparfaite au sein du corps de chauffe. Les désordres trouvent également leur cause dans un défaut de surveillance et de direction des travaux des ouvrages de la part de M. C A, maître d'œuvre, pour avoir commis un manquement à sa mission " direction de l'exécution des travaux " (DET), qui a notamment pour objet " de s'assurer que les documents d'exécution ainsi que les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions des études effectuées " au sens de l'article 9 du décret du 29 novembre 1993 susvisé, relatif aux missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrages publics à des prestataires de droit privé, en n'alertant pas l'entreprise titulaire des malfaçons relevées et pour s'être abstenu d'attirer l'attention du maître de l'ouvrage tant sur les conséquences desdites malfaçons que sur les risques encourus par la non-conformité de l'installation, lors de la réception. Ils résultent également, plus marginalement, des fautes commises par le contrôleur technique dans l'exercice de sa mission F, qui devait contrôler que la chaudière fonctionnait correctement, alors qu'il résulte de l'instruction que les difficultés liées à la pression insuffisante étaient notables dès la mise en service.

23. Compte tenu de l'imputabilité du dommage résultant de l'explosion de la chaudière en cause, déterminée ci-dessus, il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en répartissant les responsabilités encourues à raison de 70 % à la charge de la société Euro Chauff, de 10 % à la charge de M. C A, maître d'œuvre, de 5 % à la charge de la société Bureau Veritas Construction, venant aux droits du contrôleur technique, et enfin de 15 % à la charge de la société Solorec.

Sur les appels en garantie :

24. La société SMACL Assurances n'ayant fait l'objet d'aucune condamnation, son appel en garantie ne peut qu'être rejeté.

25. Compte tenu du partage des responsabilités effectué au point 23 du présent jugement, la répartition des responsabilités retenue prive d'objet les conclusions d'appel en garantie des autres intervenants en cause. Par suite, il n'y a pas lieu pour le tribunal de se prononcer sur ces conclusions, qui ne sauraient prospérer.

Sur les frais de l'instance :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office public de l'habitat Vosgelis, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la société Bureau Veritas Construction et la société Euro Chauff demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre de la charge solidaire de M. A et des sociétés Euro Chauff et Bureau Veritas Construction la somme que réclame la société SMACL Assurances au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

27. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A, et des sociétés Euro Chauff, Solorec et Bureau Veritas Construction la somme de 1500 euros chacun au titre des frais exposés par l'Office public de l'habitat Vosgelis et non compris dans les dépens sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction, Solorec et M. C A sont condamnés in solidum à verser à l'Office public de l'habitat Vosgelis la somme totale de 263 728,23 euros toutes taxes comprises, assortie des intérêts moratoires à compter du 15 juin 2022. Les intérêts échus au 15 juin 2023, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Les sociétés Euro Chauff, Bureau Veritas Construction, Solorec et M. C A verseront à l'Office public de l'habitat Vosgelis la somme de 1 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Office public de l'habitat Vosgelis, à la société SMACL Assurances, à la société Euro Chauff, à la société Bureau Veritas Construction, à la société Solorec, à la société SMABTP et à M. C A.

Délibéré après l'audience publique du 5 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

Mme Bourjol, première conseillère,

Mme Philis, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

La rapporteure,

A. BourjolLa présidente,

A. Samson-Dye

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201695

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