jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201736 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SCP MICHEL LEDOUX ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2022, M. A B, représenté par Me Quinquis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre du travail a implicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 27 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de son exposition à l'amiante, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de la demande d'indemnisation et de la capitalisation de ces intérêts à compter de cette même date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en application de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, les actions engagées contre l'Etat et ayant donné lieu aux décisions rendues par le Conseil d'Etat en 2004, 2015 et 2018, ainsi que la plainte avec constitution de partie civile d'une ancienne salariée de la société Normed, dénonçant les carences fautives des décideurs publics des ministères du travail et de la santé et ayant donné lieu à l'ouverture d'une instruction judiciaire par le pôle de santé publique de Paris le 24 avril 2006, ont eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription, de sorte que sa créance n'est pas prescrite ;
- il a été exposé, comme l'ensemble du personnel de la société Unimétal, devenue ArcelorMittal France, à l'inhalation de fibres d'amiante sans que lui soit fourni de moyen de protection collective ou individuelle ;
- l'Etat a commis des fautes en s'abstenant de prendre, avant 1977, des mesures réglementant l'amiante et, après 1977, en adoptant des mesures insuffisantes ;
- l'Etat a commis des fautes en raison des carences de l'inspection du travail, avant 1977, dans le contrôle de l'hygiène, de la sécurité et du bien-être des salariés puis, après 1977, dans le contrôle du respect des mesures adoptées ;
- du fait de cette carence fautive, il subit, d'une part, un préjudice moral, résultant de l'anxiété d'être atteint d'une pathologie grave, évalué à 15 000 euros, d'autre part, des troubles dans ses conditions d'existence, évalué à 12 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la créance de M. B est prescrite ;
- M. B ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité entre les fautes de l'Etat et son préjudice.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian, conseiller,
- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était employé par la société Unimétal, devenue ArcelorMittal France, au sein de l'usine de Longwy (Meurthe-et-Moselle), du 1er octobre 1962 au 15 avril 1967, puis du 16 septembre 1968 au 31 décembre 1992. Par un courrier reçu le 15 mars 2022, il a formé auprès de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion une demande indemnitaire visant à obtenir la réparation des préjudices qu'il estime liés aux carences de l'Etat dans la mise en œuvre et le contrôle des mesures propres à limiter les risques d'exposition des travailleurs aux poussières d'amiante. M. B demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le ministre du travail a refusé de l'indemniser, d'autre part, de condamner l'Etat à l'indemniser du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant des conséquences de son exposition à l'amiante durant son activité professionnelle au sein de la société Unimétal. En présentant devant le tribunal tant des conclusions à fin d'annulation du rejet de sa demande indemnitaire préalable que des conclusions indemnitaires, M. B doit être regardé comme ayant donné à sa requête un caractère de plein contentieux tendant exclusivement à la condamnation de l'Etat à l'indemniser de ses préjudices.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / () Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
3. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions citées au point 2, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés.
4. Le préjudice d'anxiété dont peut se prévaloir un salarié exposé aux poussières d'amiante naît de la conscience prise par celui-ci qu'il court le risque élevé de développer une pathologie grave, et par là-même d'une espérance de vie diminuée, à la suite de son exposition aux poussières d'amiante.
5. Les préjudices d'anxiété et de troubles dans les conditions d'existence dont M. B demande la réparation à raison de la carence fautive de l'Etat présentent un caractère définitif en l'absence d'une perspective d'évolution. Dès lors, la créance dont il se prévaut à raison de ces préjudices ne peut s'imputer qu'à la seule année au cours de laquelle leur importance et leur étendue ont pu être déterminées, qui est celle de la connaissance, par l'intéressé, de son exposition à l'amiante et des risques en résultant, eu égard au caractère pathogène de cette substance.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment des attestations produites par M. B, que celui-ci avait connaissance, au moins depuis le mois de mars 2013, des risques élevés pesant sur lui de développer une maladie grave. Dès lors, M. B doit être regardé comme ayant eu connaissance de l'étendue du risque à l'origine du préjudice d'anxiété et des troubles dans les conditions d'existence dont il demande réparation à compter, au plus tard, du mois de mars 2013. Par suite, le délai de prescription commençait à courir à compter du 1er janvier 2014 pour s'achever le 31 décembre 2017.
7. Les recours formés à l'encontre de l'Etat par des tiers tels que d'autres salariés victimes, leurs ayants droit ou des sociétés exerçant une action en garantie fondée sur les droits d'autres salariés victimes ne peuvent être regardés comme relatifs au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, dont ils ne peuvent dès lors interrompre le délai de prescription en application de l'article 2 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968.
8. Par ailleurs, si le dépôt par un ouvrier de l'Etat exposé aux poussières d'amiante d'une plainte avec constitution de partie civile contre une collectivité publique ou le fait de se porter partie civile afin d'obtenir des dommages et intérêts dans le cadre d'une instruction pénale déjà ouverte présente, au sens de l'article 2 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, le caractère d'un recours relatif au fait générateur de la créance que son auteur détient sur la collectivité et interrompt par suite le délai de prescription de cette créance au profit de cet auteur, cette interruption ne saurait bénéficier à d'autres ouvriers de l'Etat exposés aux poussières d'amiante et demandant la réparation par l'Etat de préjudices liés à leur exposition à l'amiante, alors même qu'ils auraient travaillé dans les mêmes établissements ou parties d'établissements que l'auteur de la plainte, l'action en cause ne pouvant être regardée comme relative au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de leur propre créance.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. B ne peut se prévaloir des recours formés, soit à l'encontre de l'Etat, par des tiers, tels que notamment les ayants droit des salariés ayant donné lieu aux quatre décisions du Conseil d'Etat du 3 mars 2004, ou des sociétés comme dans le cas notamment des décisions du 9 novembre 2015 et du 12 juillet 2018, soit par la plainte pénale contre X déposée en 2006 par un salarié de la société Normed et une association alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette action pénale viserait à engager l'action civile de la victime. Par suite, ces actions n'ont pas eu pour effet d'interrompre le délai de prescription le concernant.
10. Dans ces conditions, la créance dont M. B se prévaut est, à la date du 15 mars 2022 à laquelle il a formé sa demande indemnitaire préalable, prescrite.
11. Il résulte de ce qui précède que le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion est fondé à opposer l'exception de prescription quadriennale. La créance dont se prévaut le requérant étant prescrite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent donc qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- Mme Bourjol, première conseillère,
- M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
P. Bastian
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026