jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2201838 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL FL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2022 et un mémoire enregistré le 9 décembre 2022, M. A Noel, représenté par Me Michel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019 ainsi que des prélèvements sociaux et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- c'est à tort que le service considère qu'il exerce une activité d'avocat occulte en France ; dès la cession de ses titres au sein de la société FILOR, il a scindé son activité d'avocat en deux, une première partie étant exercée au sein du barreau de Nancy, dans le respect des relations qu'il entretenait avec les cabinets FILOR et ACD, une seconde relevant du barreau du Luxembourg ; entre 2015 et 2019 il n'a facturé, au titre de son activité d'avocat, que les seuls clients relevant de son activité au sein du barreau du Luxembourg ; ses dossiers personnels sont exclusivement traités au Luxembourg, à l'exclusion du dossier Pelard ;
- il dispose au Luxembourg d'un établissement stable à partir duquel il a réalisé les prestations en cause ; en application de la convention fiscale franco-luxembourgeoise, les revenus issus de ces prestations doivent être imposées au Luxembourg et non en France ;
- les sommes qu'il a encaissées dans le cadre du dossier Pelard ne constituent pas des honoraires imposables à la TVA mais sont la conséquence de l'exécution d'une convention de croupier qui, bien qu'occulte, est opposable à l'administration ; la convention de croupier existe puisqu'elle est établie par l'annexe à la convention d'honoraires, qui est sans aucune ambiguïté sur ce sujet ;
- les pénalités de 80% ne sont pas dues dès lors que son activité étant implantée au Luxembourg, il n'était pas tenu de déposer une déclaration ;
- il a commis une erreur légitime et qu'il n'a pas cherché volontairement à éluder de l'impôt.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, l'administratrice générale des finances publiques, chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention fiscale franco-luxembourgeoise du 1er avril 1958 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique ;
- et les observations de de Me Lecoq, substituant Me Michel et représentant M. Noel.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle engagé sur les revenus de M. et Mme Noel au titre des années 2017 et 2018, M. Noel a été regardé par le service comme exerçant une activité occulte d'avocat en France. Concomitamment, M. Noel a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité à raison de cette activité, la première portant sur la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018 et la seconde sur la période du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2019. À la suite de ces différents contrôles, le service lui a notifié, par propositions de rectification du 19 janvier 2021 et du 20 avril 2021, selon la procédure de taxation d'office des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Par ailleurs, le service lui a notifié, selon la procédure d'évaluation d'office, par propositions de rectification du 19 janvier 2021 et du 20 avril 2021, des rectifications dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, ainsi que la réintégration de ces bénéfices dans le revenu global de son foyer fiscal. M. Noel a formulé le 6 octobre 2021 auprès de l'administration une réclamation contentieuse, portant sur les redressements mis à sa charge au titre de la TVA, qui a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 25 novembre 2021. Il a par ailleurs contesté les redressements mis à sa charge au titre de l'impôt sur le revenu par deux réclamations contentieuses, en date du 10 novembre 2021 et du 22 novembre suivant, lesquelles ont fait l'objet d'une décision unique de rejet le 4 mai 2022.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le principe de l'imposition en France :
2. D'une part, aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques "
3. D'autre part, aux termes de l'article 15 de la convention fiscale franco-luxembourgeoise : " 1. Les revenus provenant de l'exercice d'une profession libérale et, d'une manière générale, tous revenus du travail autres que ceux qui sont visés aux articles 11, 12, 13 et 14 de la présente convention sont imposables seulement dans l'Etat où s'exerce l'activité personnelle. / 2. Pour l'application du paragraphe précédent, l'activité personnelle n'est considérée comme s'exerçant dans l'un des deux Etats que si elle a un point d'attache fixe dans cet Etat. / 3. Sont considérées comme professions libérales, au sens du présent article, notamment l'activité scientifique, artistique, littéraire, enseignante ou pédagogique ainsi que celle des médecins, avocats, architectes ou ingénieurs. () "
4. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer, en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office, si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale
5. En premier lieu, il est constant que pendant les années d'imposition en litige M. Noel avait en France son foyer et par suite son domicile fiscal. En conséquence, il est passible en France, en application de l'article 4 A du code général des impôts, de l'impôt sur le revenu sur l'ensemble de ses revenus, sous réserve de l'application des stipulations précitées.
6. En second lieu, M. Noel, avocat inscrit aux barreaux de Nancy et de Luxembourg a cédé les parts qu'il détenait au sein du cabinet FILOR, en qualité d'associé fondateur le 31 décembre 2014 puis a exercé les fonctions " d'avocat senior counsel " au sein de cette structure jusqu'au 31 décembre 2017 puis a conclu un contrat de prêt à usage de sa clientèle civile avec le cabinet d'avocat ACD, le 23 février 2018. Pour justifier son imposition en France au titre des bénéfices non commerciaux pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019, les services fiscaux considèrent que le requérant a exercé les fonctions d'avocat en France, de manière occulte, au cours de cette période.
7. Pour contester le principe de son assujettissement à cette taxe, le requérant précise qu'à la suite de la cession de ses parts dans le cabinet FILOR, il a scindé son activité d'avocat en deux, une première partie étant exercée au sein du barreau de Nancy, dans le respect des relations qu'il entretenait avec les cabinets FILOR et ACD, une seconde relevant du barreau du Luxembourg et ajoute qu'au cours de la période litigieuse il n'a facturé, au titre de son activité d'avocat, que les seuls clients relevant de son activité au sein du barreau du Luxembourg, ses dossiers personnels étant exclusivement traités au Luxembourg, à l'exclusion du dossier Pelard et les autres étant facturés, successivement, par les cabinet FILOR et ACD.
8. Pour justifier de la réalité de son implantation au Luxembourg, M. Noel produit la copie d'appels de cotisations au barreau de Luxembourg ainsi qu'une attestation peu circonstanciée, établie à l'issue des opérations de contrôle, par un cabinet d'avocat luxembourgeois, attestant de la mise à disposition de locaux professionnels, à une date indéterminée, au sein de leur structure. Si de tels documents, sont de nature à justifier de ce que M. Noel était inscrit au barreau du Luxembourg, il résulte de l'instruction que l'intéressé n'a pu fournir, pour la période 2015-2019 ni agenda, ni courriel ou autre correspondance, ni relevé de carte bancaire, ni justificatif de frais de transport ou tout autre élément susceptible d'attester qu'il aurait exercé au cours de cette période une quelconque activité professionnelle sur le territoire luxembourgeois, ou qu'il aurait été présent de manière régulière au Luxembourg, ou encore qu'il aurait effectué des déplacements fréquents entre son domicile situé en France et le Luxembourg. Par ailleurs, il résulte du procès-verbal de conciliation entre M. Noel et le cabinet FILOR que l'intéressé exerçait les fonctions de " counsel " au sein de cette structure, fonction qui n'est pas clairement définie légalement, ni conventionnellement. En vertu de l'accord conclu avec la structure, M. Noel réalisait des prestations juridiques pour le compte du cabinet FILOR qui, en contrepartie mettait à sa disposition les locaux de la société ainsi que les services de son secrétariat, c'est-à-dire, les moyens matériels pour exercer la profession d'avocat. L'annexe 2 dudit procès-verbal précise que M. Noel conservait, dans le cadre de son activité individuelle, la propriété de plusieurs dossiers dont il bénéficiait avant la cession de ses parts au sein du cabinet. Il résulte du contrat de prêt à usage de clientèle conclu avec le cabinet ACD, que M. Noel a prêté sa clientèle individuelle à ce cabinet, qui facturait les prestations correspondantes, en contrepartie de sa domiciliation professionnelle et de la mise à sa disposition de tout le back office nécessaire à l'exercice, à titre individuel, de la profession d'avocat. Au surplus, l'examen des comptes bancaires a révélé que le compte luxembourgeois de l'intéressé ne présentait aucun encaissement d'honoraire, ces derniers étant encaissés sur le compte français de M. Noel, principalement sous la forme de remises de chèques.
9. Au vu de ces éléments, l'administration fiscale était fondée à considérer que M. Noel exerçait, à titre individuel, sans l'avoir déclaré à l'administration fiscale, la profession d'avocat en France depuis les locaux mis à sa disposition au sein des cabinet FILOR puis ACD et que les revenus issus de cette activité occulte devaient être imposés dans ce pays.
En ce qui concerne l'assiette imposable :
10. Une convention de croupier dont le contribuable a dissimulé l'existence à l'administration fiscale n'est pas opposable à cette dernière, qui est en droit d'établir l'impôt conformément aux apparences créées par le contribuable, et sans tenir compte de la convention occulte.
11. L'administration a considéré comme entrant dans l'assiette imposable une somme de 121 250 euros au motifs qu'elle aurait été versée à M. Noel en qualité d'honoraires lors de la cession des parts d'une société. Pour contester le principe de cette imposition, M. Noel se prévaut de l'annexe à la convention d'honoraires conclue avec ses clients de laquelle il ressort que ces derniers ont conclu avec lui une convention de croupier dont les termes sont cependant contredits par l'attestation établie par le requérant, le 5 mars 2019, qui précise avoir reçu des honoraires dans le cadre d'une mission d'assistance. Par ailleurs et en tout état de cause, il est constant que, ni M. Noel, ni ses clients n'ont déclaré l'existence de cette convention avant que ne surviennent les opérations de contrôle si bien qu'à l'égard du service, cet accord, à le supposer établi, présentait un caractère occulte. Par suite, en application des principes précédemment rappelés, c'est à bon droit que l'administration a pu imposer M. Noel en en faisant abstraction.
En ce qui concerne les pénalités :
12. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ou, s'agissant de la taxe d'aménagement prévue à l'article 1635 quater A, en cas de construction ou d'aménagement sans autorisation. () ".
13. Il résulte de l'instruction que les rappels de TVA notifiés à M. Noel trouvent leur origine dans l'exercice, de manière occulte, en France, de la profession d'avocat. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'administration doit être regardée comme ayant rapporté la preuve de l'exercice de cette activité occulte. Par ailleurs, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que M. Noel ait commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. C'est, dès lors, à bon droit que l'administration a appliqué au requérant la majoration pour activité occulte prévue par les dispositions du c) du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A Noel est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A Noel et à l'administratrice générale des finances publiques, chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2201838
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026