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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2201840

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2201840

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2201840
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges à lui verser la somme de 14 162,50 euros majorés des intérêts capitalisés à compter du 21 mars 2022 ;

2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges à lui verser une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

- les conditions de mise en œuvre de l'article 11 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 sont remplies, si bien que le centre hospitalier est tenu de réparer les préjudices subis par M. A, à la suite des faits de violence organisée dont il a été victime ;

- conformément aux dispositions de l'article 706-11 du code de procédure pénale, il est subrogé dans les droits de M. A vis-à-vis du centre hospitalier ;

- il est fondé à solliciter le remboursement de la somme de 14 162,59 euros.

La requête a été communiquée au centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 21 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 octobre 2016, M. A, aide-soignant au sein du centre hospitalier de Saint-Dié-des-Vosges, a été agressé par un patient au cours de son service. M. A a saisi la commission d'indemnisation des victimes d'infractions, près le tribunal judiciaire d'Epinal qui, le 24 novembre 2021, a homologué l'accord de transaction intervenu entre ce dernier et le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, sur la base d'une indemnisation globale de 14 162,50 euros. Cette somme a été versée le 8 décembre 2021. Par courrier du 16 mars 2022, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, subrogé dans les droits de la victime en application de l'article L. 706-11 du code de procédure pénale, a sollicité du centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges le remboursement de cette somme.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le droit à indemnité :

2. D'une part, en vertu des articles 706-3 et 706-4 du code de procédure pénale, toute personne ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une infraction peut, lorsque certaines conditions sont réunies, obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne auprès d'une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, juridiction civile instituée dans le ressort de chaque tribunal judiciaire qui peut rendre sa décision avant qu'il soit statué sur l'action publique ou sur les intérêts civils. L'indemnité accordée par la commission est versée par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions. Le premier alinéa de l'article 706-11 du code de procédure pénale dispose que le fonds est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes.

3. D'autre part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur au jour de l'incident : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la collectivité publique dont ils dépendent, conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales. / () La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / () La collectivité publique est subrogée aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des menaces ou attaques la restitution des sommes versées au fonctionnaire intéressé. Elle dispose, en outre, aux mêmes fins, d'une action directe qu'elle peut exercer au besoin par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale. () ". Si ces dispositions ne substituent pas la collectivité publique à l'auteur des attaques pour le paiement des dommages et intérêts mis à sa charge par une décision de justice, elles lui imposent d'assurer la juste réparation du préjudice subi par son agent.

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la collectivité publique dont dépend un agent victime de violences à l'occasion ou du fait de ses fonctions, si elle est tenue, au titre de la protection instituée par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, et sauf motifs d'intérêt général, de réparer le préjudice résultant de ces violences, est au nombre des personnes à qui le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions peut réclamer le remboursement de l'indemnité ou de la provision qu'il a versée à cet agent ou à ses ayants droit à raison des mêmes violences, dans la limite du montant à la charge de cette collectivité.

5. Si la protection instituée par les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 comprend, le cas échéant, la réparation des préjudices subis par un agent victime d'attaques dans le cadre de ses fonctions, elle n'entraîne pas la substitution de la collectivité publique dont il dépend, pour le paiement des dommages et intérêts accordés par une décision de justice, aux auteurs de ces faits lorsqu'ils sont insolvables ou se soustraient à l'exécution de cette décision de justice, alors même que l'administration serait subrogée dans les droits de son agent. En revanche, il appartient à l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, d'assurer une juste réparation du préjudice subi du fait des attaques dirigées contre son agent.

6. En l'espèce, M. A, aide-soignant, a été victime de violences à l'occasion de ses fonctions en octobre 2016. Le centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges est dès lors tenu, au titre de la protection instituée par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, de réparer les préjudices résultant de ces violences, subis par M. A. Il s'ensuit que le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions a droit, dans les conditions rappelées au point précédent, à obtenir l'indemnisation des préjudices de la victime dont il est subrogé dans ses droits.

En ce qui concerne le montant de l'indemnité :

7. Par accord transactionnel homologué le 24 novembre 2021 par la commission d'indemnisation des victimes d'infractions, le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions a versé à M. A un indemnité globale de 14 162,50 euros correspondant à 1 250 euros au titre de la gêne temporaire totale, 92,50 euros au titre de la gêne temporaire partielle de 10%, 3 000 euros au titre des souffrances endurées, 6 320 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

8. Toutefois, la nature et l'étendue des réparations incombant à une collectivité publique ne dépendent pas de l'évaluation du dommage faite par l'autorité judiciaire dans un litige auquel elle n'a pas été partie, mais doivent être déterminées par le juge administratif compte tenu des règles relatives à la responsabilité des personnes morales de droit public et indépendamment des sommes qui ont pu être exposées par le requérant à titre de provision, d'indemnités ou d'intérêts.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire établi le 16 janvier 2020, que M. A a subi un déficit fonctionnel total du jour de l'agression, le 13 octobre 2016, jusqu'au 1er décembre 2016, puis un déficit partiel évalué par l'expert à 10% du 1er décembre 2016 au 7 janvier 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 805 euros.

10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que les souffrances endurées par M. A peuvent être évaluées à 2,5 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 3 000 euros.

11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que M. A a subi un déficit fonctionnel permanent de 4% imputable à l'agression. Dans les circonstances de l'espèce, s'agissant d'un homme âgé de 44 ans au jour de la consolidation survenue le 8 janvier 2017, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à 5 500 euros.

12. En quatrième lieu, il résulte du rapport d'expertise que M. A est privé de toutes activités de jardinage et que la natation lui est difficilement réalisable. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément de l'intéressé en le fixant à 1 000 euros.

13. En dernier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que M. A a subi un préjudice esthétique évalué à 1 sur une échelle de 1 à 7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice de l'intéressé en le fixant à 1 000 euros

14. Il résulte de ce qui précède que le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions est fondé à demander la condamnation du centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges à lui verser la somme totale de 11 305 euros.

Sur les frais de l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges est condamné à payer au Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 11 305 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges versera au Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions et au centre hospitalier intercommunal des hôpitaux du massif des Vosges .

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

S. DavesneLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2201840

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