jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202033 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistré le 18 juillet 2022 et le 2 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Wartel, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge en droit et pénalités des suppléments d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure menée à son encontre est irrégulière dès lors que, pour écarter comme fictif le premier acte de cession déclaré à l'administration au cours du contrôle, il appartenait à l'administration de mettre en œuvre la procédure de répression des abus de droit ; elle a été privée des garanties attachées à cette procédure ;
- l'impôt sur les plus-values n'est pas dû dès lors qu'elle n'a pas cédé Swinny du parc le 16 octobre 2015 ; à cette date ce cheval était déjà la propriété de M. C, résident suisse, et elle a été mentionnée en tant que cédante de cet animal dans le " bill of sale " à la demande de ce dernier, en raison du court délai entre la vente du cheval, par elle à M. C, le 10 septembre et sa revente, par lui, le 16 octobre suivant ;
- la plus-value n'est pas due dès lors que le prix de vente a été payé sur un compte bancaire suisse appartenant à M. C et non sur son compte bancaire ;
- elle est fondée à se prévaloir des dispositions de la doctrine BOI-RPPM-PVBMI-30-10-10 du 20 décembre 2019 ;
- les pénalités pour mauvaise foi ne sont pas dues dès lors que, en l'absence d'encaissement du prix, elle n'était pas tenue de souscrire une déclaration de plus-values.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 décembre 2022 et le 24 mars 2023, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique,
- et les observations de Me Wartel représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2015 et 2016. A l'issue de ce contrôle le service a imposé au titre de ses revenus 2015, une plus-value de cession à titre onéreux réalisée sur la cession le 16 octobre 2015 de sa quote-part de participation de 50 % sur une jument de compétition de jumping nommée Swinny du parc. Le 14 décembre 2021, la requérante a saisi l'administration d'une réclamation préalable qui a été explicitement rejetée, le 13 juin 2022. Par sa requête, Mme B demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions litigieuses.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'administration use de la faculté qu'elles lui confèrent dans des conditions telles que la charge de la preuve lui incombe, elle est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables certains actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif, ou, que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé ces actes, auraient normalement supportées, eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. Il résulte également de ces dispositions que, lorsque l'administration invoque des faits constitutifs d'un abus de droit pour justifier un chef de redressement, le contribuable, qui n'a pas demandé la saisine du comité de l'abus de droit fiscal, doit être regardé comme ayant été privé de la garantie tenant à la faculté de provoquer cette saisine si, avant la mise en recouvrement de l'imposition, l'administration omet de l'aviser expressément que le redressement a pour fondement les dispositions précitées de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales.
4. Dans le cadre de la procédure d'examen de la situation fiscale diligentée, le service a interrogé Mme B sur la nature de la somme de 100 000 euros créditée le 7 octobre 2015 sur son compte bancaire par l'envoi d'une demande d'éclaircissement ou de justification du 1er juin 2018, à laquelle elle a répondu qu'il s'agissait du produit de la vente le 10 septembre 2015 de la jument Swinny du parc à M. C, ressortissant suisse, en produisant divers documents, dont la facture d'achat du cheval ainsi que celle de sa revente. Suite à l'envoi d'une mise en demeure invitant la requérante à déposer une déclaration de plus-value, cette déclaration a été remise en mains propres au service lors de l'entretien du 9 octobre 2018. A la suite d'une demande d'assistance administrative, les autorités fiscales américaines ont adressé au service des impôts, le 26 février 2019 le contrat de vente de la jument Swinny du parc à une société américaine, moyennant un prix de 1 500 000 euros et stipulant que Mme B avait la qualité de vendeur.
5. Il résulte de la proposition de rectification du 23 novembre 2018 que l'administration a, dans un premier temps, tiré les conséquences des déclarations apportées par Mme B aux termes desquelles elle aurait cédé, le 10 septembre 2015, la jument Swinny du parc à M. C, ressortissant suisse. Il résulte de la proposition de rectification du 30 juillet 2019 que, pour majorer le montant des redressements opérés au titre de l'impôt sur les plus-values, le service s'est fondé sur l'incohérence entre les renseignements collectés auprès de tiers et notamment de l'institut français du cheval et de l'équitation et les explications apportées par l'intéressée lors des entretiens, pour conclure que Mme B avait conjointement revendu sa jument en octobre 2015, pour un prix de 1 500 000 euros à une société américaine à l'égard de laquelle elle s'est comportée comme copropriétaire.
6. Mme B soutient que, pour fonder son redressement, le service s'est nécessairement placé sur le terrain de la procédure de répression des abus de droit pour écarter comme fictif l'acte de vente de la jument à M. C. Toutefois, il résulte des termes de la proposition de rectification du 30 juillet 2019 que, pour justifier son redressement ainsi que les pénalités de 40% pour mauvaise foi, le service ne s'est pas fondé sur le caractère fictif de l'acte de cession de la jument à M. C qui présentait un caractère occulte jusqu'au début des opérations de contrôle mais s'est seulement borné à estimer que, en l'état des contradictions de la requérante et des informations communiquées par des tiers, elle était intervenue en qualité de vendeur à un acte de cession à une société américaine. Cette analyse ne repose donc pas sur la dénonciation implicite d'un abus de droit, pour lequel l'administration aurait été tenue de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration s'est implicitement placée sur le terrain de l'abus de droit sans respecter les garanties applicables à cette procédure doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
7. Aux termes de l'article 150 UA du code général des impôts : " I.- Sous réserve des dispositions de l'article 150 VI et de celles qui sont propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices agricoles et aux bénéfices non commerciaux, les plus-values réalisées lors de la cession à titre onéreux de biens meubles ou de droits relatifs à ces biens, par des personnes physiques, domiciliées en France au sens de l'article 4 B, ou des sociétés ou groupements qui relèvent des articles 8 à 8 quinquies dont le siège est situé en France, sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. () ". Aux termes de l'article 150 V du même code : " La plus ou moins-value brute réalisée lors de la cession de biens ou droits mentionnés aux articles 150 U à 150 UC est égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition par le cédant ".
8. En premier lieu, il n'est pas contesté par les parties que Mme B a acquis la moitié indivise de la jument Swinny du parc au cours de l'année 2014. Pour contester le principe des redressement, Mme B soutient qu'elle a cédé la jument Swinny du parc le 10 septembre 2015 à M. C, ressortissant suisse, et que, n'en étant plus propriétaire, elle n'a pu dès lors la revente le mois suivant à une société américaine. Toutefois, il résulte des termes l'acte de vente intitulé " bill of sale " du 16 octobre 2015, que Mme B est explicitement désignée en qualité de " seller ", c'est-à-dire de vendeur de la jument Swinny du parc. Si Mme B se prévaut de l'existence d'un acte de vente entre elle-même et M. C, le 10 septembre 2015, elle n'a produit aucun élément de nature à justifier de l'existence de cet accord et notamment aucun certificat de vente papier ou internet transmis à l'institut français du cheval et de l'équitation ni aucun certificat vétérinaire. Par ailleurs, la requérante ne produit aucun élément permettant de justifier de la date et du lieu de destination de la jument lors de la vente à M. C. Enfin, il résulte des termes même du " Bill of sale " que, le 16 octobre 2015, date de conclusion de l'accord, la jument Swinny du parc se trouvait au sein des écuries " Jean-Michel B " de Rosières-aux-Salines et qu'il appartenait à l'acheteur d'en prendre possession en France.
9. En second lieu, pour l'application des dispositions visées au point 7, la cession d'un bien meuble doit être regardée comme réalisée à la date à laquelle s'opère entre les parties le transfert de propriété de ce bien, cette date constituant le fait générateur de la plus-value ainsi réalisée lors de cette cession. Le montant de la plus-value doit en conséquence être apprécié à la date de cession sans que puissent être invoqués des évènements qui, ne procédant pas de la cession elle-même, sont intervenus postérieurement à cette date. En particulier, l'absence de paiement du prix ou même la résiliation de la vente ne sont pas opposables à l'administration lorsqu'elles interviennent après la réalisation de la cession.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme B a cédé la jument Swinny du parc à une société américaine, le 16 octobre 2015 pour un prix de vente de 1 500 000 euros. La requérante remet néanmoins en cause le montant de la plus-value imposable au motif que le prix de cession a été versé sur un compte en banque appartenant à M. C et qu'il n'est pas démontré qu'elle était le destinataire effectif du produit de la vente. Toutefois, cette circonstance est postérieure à la date de cession et par suite sans incidence sur le caractère imposable de la plus-value litigieuse au titre de l'année 2015 et sur la détermination de son montant.
En ce qui concerne la doctrine fiscale :
11. Si la requérante entend se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des dispositions de la doctrine BOI-RPPM-PVBMI-30-10-10 du 20 décembre 2019, elle ne précise toutefois pas le paragraphe de la doctrine considérée qu'elle entend opposer à l'administration. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les pénalités :
12. Aux termes des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts sanctionne la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir le manquement délibéré, l'administration fiscale doit apporter la preuve de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations du contribuable, et de son intention délibérée d'éluder l'impôt.
13. Afin de justifier l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur la circonstance que Mme B ne pouvait ignorer avoir signé l'acte de vente du 16 octobre 2015 en qualité de vendeur. Si Mme B soutient qu'en l'absence d'encaissement du prix, elle n'était pas tenue de souscrire une déclaration de plus-values, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le montant de la plus-value doit être apprécié à la date de cession sans que puissent être invoqués des évènements qui, ne procédant pas de la cession elle-même, sont intervenus postérieurement à cette date. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander la décharge des majorations qui lui ont été appliquées
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions au fin de décharge de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marti, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
D. MartiLe greffier,
F. Richard
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2202033
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026