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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202353

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202353

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202353
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (Chambre 3)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2022, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la contrainte émise le 16 juin 2022 par la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle en vue du recouvrement d'indus d'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019 d'un montant de 152,45 euros et d'aide exceptionnelle de solidarité versée au mois d'avril 2020 pour un montant de 150 euros ;

3°) de le décharger de l'obligation de payer la somme qui lui est réclamée ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la contrainte litigieuse est entachée d'incompétence dès lors qu'elle n'est pas signée par le directeur de la CAF ;

- la contrainte a été émise alors qu'un recours était pendant devant le défenseur des droits, en méconnaissance du caractère suspensif de ce recours prévu par l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;

- il n'est pas démontré que la contrainte litigieuse ait été précédée d'une mise en demeure préalable ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas perdu sa résidence habituelle en France depuis le mois de mai 2019 ;

- la contrainte est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation au regard de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête présentée par M. A est tardive et que les moyens qu'il soulève ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 ;

- l'arrêté du 6 mars 2018 relatif à l'expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges sociaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a bénéficié du revenu de solidarité active. A ce titre, il a perçu l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019 et l'aide exceptionnelle de solidarité, dite " aide COVID-19 ", en avril 2020. Par la présente requête, l'intéressé conteste la contrainte émise le 16 juin 2022 par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle en vue de recouvrer ces deux indus, d'un montant respectif de 152,45 euros et 150 euros.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 septembre 2022. Par suite il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la régularité de la contrainte litigieuse :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée ou d'une prestation recouvrable sur la succession et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. " Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 133-8-7, L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. () ".

4. Il résulte de l'instruction que le pli contenant la mise en demeure prévue à l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale a été présenté à M. A le 8 mars 2022, et est finalement retourné à son expéditeur avec la mention " pli avisé mais non réclamé ". Cette mention, alors que l'intéressé ne conteste pas que ce pli lui a été notifié à l'adresse connue par l'administration, vaut notification régulière à la date de sa présentation, soit le 8 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que la contrainte litigieuse n'aurait pas été précédée d'une mise en demeure doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. "

6. Aux termes de l'article 2 du décret n° 2018-101 du 16 février 2018 portant expérimentation d'une procédure de médiation préalable obligatoire en matière de litiges de la fonction publique et de litiges sociaux, depuis abrogé : " I. - A titre expérimental, () sont, à peine d'irrecevabilité, précédés d'une médiation, les recours contentieux formés contre : / () 2° Les décisions relatives aux aides exceptionnelles de fin d'année qui peuvent être accordées par l'Etat aux allocataires du revenu de solidarité active () / II. - La médiation préalable obligatoire est assurée : / 1° Pour les décisions prévues aux 1° à 3° du I, par le Défenseur des droits ; () ". Aux termes de l'article 6 de ce même décret : " Lorsqu'un tribunal administratif est saisi dans le délai de recours contentieux d'une requête dirigée contre une décision entrant dans le champ des articles 1er et 2 et qui n'a pas été précédée d'un recours préalable à la médiation, son président ou le magistrat qu'il délègue rejette cette requête par ordonnance et transmet le dossier au médiateur compétent. " Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 6 mars 2018 susvisé : " Les départements et circonscriptions départementales dans lesquels les recours devant le tribunal administratif doivent, en application des 1° à 3° du I de l'article 2 du décret du 16 février susvisé, être précédés d'une médiation sont les suivants : () Meurthe-et-Moselle () ". Enfin, aux termes de l'article 7 du décret n° 2022-433 du 25 mars 2022 relatif à la procédure de médiation préalable obligatoire applicable à certains litiges de la fonction publique et à certains litiges sociaux : " Le décret n° 2018-101 du 16 février 2018 () est abrogé. Toutefois, les effets de ses dispositions continuent de s'appliquer aux médiations engagées sur son fondement. "

7. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 2102018 du 10 septembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy, faisant application des dispositions alors applicables de l'article 6 du décret du 16 février 2018 précitées, a, d'une part, rejeté la requête présentée par M. A tendant à l'annulation de la décision du 5 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui accorder la remise de sa dette de 152,45 euros correspondant à l'indu litigieux d'aide exceptionnelle de fin d'année, faute pour ce dernier d'avoir précédé son recours contentieux d'une médiation préalable et, d'autre part, transmis la requête de M. A au défenseur des droits, afin qu'il statue sur son recours. Si ce recours revêtait un caractère suspensif, la CAF produit en défense la décision du 6 février 2022 par laquelle le délégué du défenseur des droits en Meurthe-et-Moselle a mis fin à cette médiation. Dans ces conditions, la contrainte contestée du 16 juin 2022 a été émise sans que le caractère suspensif consacré à l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles n'y fasse obstacle.

8. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision contestée est irrégulière dès lors qu'elle est signée par une personne incompétente pour ce faire, il résulte de l'instruction que la CAF de Meurthe-et-Moselle a produit la décision du 1er juin 2021 par laquelle son directeur a donné délégation à M. D C, manager opérationnel recouvrement, à l'effet de signer, notamment, les actes de contrainte. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que celle-ci vise les dispositions applicables des articles L. 161-1-5 et R. 133-3 du code de la sécurité sociale, précise qu'une mise en demeure a été adressée à M. A en date du 4 mars 2022, et rappelle la nature, la période de versement et le montant des indus au titre desquels elle a été édictée. La contrainte litigieuse précise également ses effets, à savoir qu'elle pourra, à défaut d'opposition devant le tribunal compétent dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, faire l'objet d'une exécution forcée contre le débiteur. Dans ces conditions, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

Sur le bien-fondé des indus dont le recouvrement est poursuivi par la contrainte litigieuse :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () " Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " () est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Et, aux termes de l'article R. 262-35 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies. () ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019, () " Aux termes de l'article 6 de ce décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. " Aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires : " I. - Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 () aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : / 1° Le revenu de solidarité active () " Aux termes de l'article 4 de ce décret : " I. - Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle le versement de l'aide exceptionnelle a été perçu. / II. - Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale () sont applicables au recouvrement des montants indûment versés de l'aide exceptionnelle de solidarité attribuée en application du présent décret par les caisses d'allocations familiales () "

12. Il résulte de l'instruction que les indus litigieux trouvent leur origine dans l'absence de déclaration par M. A de ses séjours hors de France et de ce qu'il n'y résidait plus depuis le mois de mai 2019, lui faisant ainsi perdre son droit au RSA. Si le requérant soutient qu'il ne réside en Colombie que depuis le 6 avril 2020, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi par la CAF de Meurthe-et-Moselle le 2 octobre 2020, que l'intéressé a remis à l'agent en charge de ce rapport la copie de son passeport mentionnant les dates de ses séjours en Colombie, laquelle faisait apparaître qu'il y a séjourné du 14 décembre 2018 au 24 février 2019, puis du 20 mai 2019 au 20 octobre 2019, puis depuis le 2 novembre 2019. Ainsi, M. A ne peut sérieusement se prévaloir de la fermeture des frontières, intervenue en 2020 en raison de la pandémie de la Covid19, pour remettre en cause l'appréciation portée par l'administration quant à la date à laquelle il doit être considéré comme séjournant hors de France et ne remplissant plus les conditions pour bénéficier du RSA. Dès lors, en application des dispositions citées aux points 10 et 11 du présent jugement, les indus litigieux au titre des années litigieuses sont justifiés dès lors que M. A n'avait pas droit au RSA en novembre ou en décembre de l'année 2019 et en avril ou en mai de l'année 2020. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la CAF de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation.

13. Il résulte de tout de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la CAF de Meurthe-et-Moselle, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la contrainte émise le 16 juin 2022 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle doivent être rejetées. Par conséquent, doivent également être rejetées les conclusions tendant à ce que M. A soit déchargé de l'obligation de payer les indus mis à sa charge, ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Desfarges et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie pour information sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La magistrate déléguée,

C. Sousa Pereira

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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