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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202608

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202608

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202608
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, la SAS SAFOR, représentée par Me Schmitt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rectification du 22 mars 2021, l'avis de mise en recouvrement du 29 novembre 2021 et la décision de rejet de sa réclamation préalable du 13 juillet 2022 ;

2°) de la décharger des cotisations d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2018, 2019 et 2020, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les amortissements au titre de ses exercices 2018, 2019 et 2020 ont été comptabilisés en temps utile ;

- elle est située en zone de revitalisation rurale et doit à ce titre bénéficier d'une exonération partielle de l'impôt sur les sociétés dont sont passibles les bénéfices réalisés au cours des exercices litigieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS SAFOR ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS SAFOR exerce une activité d'exploitation forestière depuis 2013. À l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er septembre 2016 au 31 août 2020, l'administration fiscale a notifié à la SAS SAFOR, par une proposition de rectification du 22 mars 2021, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en raison notamment de la remise en cause des dotations aux amortissements au titre des exercices 2018, 2019 et 2020. Malgré les observations présentées par la SAS SAFOR, l'administration fiscale a maintenu les impositions contestées. La commission des impôts directs a été saisie et s'est déclarée incompétente par un avis du 5 octobre 2021. Les impositions ont été mises en recouvrement par un avis du 29 novembre 2021. La SAS SAFOR a formé une réclamation préalable le 30 décembre 2021 qui a été rejetée. Par sa requête, la société doit être regardée comme demandant au tribunal de la décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2018, 2019 et 2020, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45,53 A à 57,108 à 117,237 ter A et 302 septies A bis et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France, de ceux mentionnés aux a, e, e bis et e ter du I de l'article 164 B ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () / 2° Sauf s'ils sont pratiqués par une copropriété de navires, une copropriété de cheval de course ou d'étalon, les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B () ". Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être déduits du bénéfice imposable que les amortissements qui ont été effectivement inscrits dans les écritures comptables à la clôture de chacun des exercices concernés. Il appartient au contribuable de justifier que cette inscription a été effectuée avant l'expiration du délai imparti pour souscrire la déclaration des résultats annuels de l'entreprise.

3. D'autre part, aux termes de l'article 223 du code général des impôts : " 1. Les personnes morales et associations passibles de l'impôt sur les sociétés sont tenues de souscrire les déclarations prévues pour l'assiette de l'impôt sur le revenu en ce qui concerne les bénéfices industriels et commerciaux (régime de l'imposition d'après le bénéfice réel ou d'après le régime simplifié. / Toutefois, la déclaration du bénéfice ou du déficit est faite dans les trois mois de la clôture de l'exercice. Si l'exercice est clos le 31 décembre ou si aucun exercice n'est clos au cours d'une année, la déclaration est à déposer au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai () ".

4. Il est constant que les exercices de la SAS SAFOR étaient clos au 31 août des années 2018, 2019 et 2020 et qu'elle devait déclarer les résultats de chacun de ses exercices annuels au plus tard le 31 novembre de chacune de ces années. La société requérante se borne à soutenir que les amortissements ont été comptabilisés en temps utile. Elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à l'établir alors qu'il résulte de l'instruction que les déclarations de résultats de la SAS SAFOR ont été déposées postérieurement à ces échéances et que les fichiers des écritures comptables ont été validés le 14 novembre 2019 pour l'exercice de l'année 2018, le 28 février 2020 pour l'exercice de l'année 2019 et le 28 janvier 2021 pour l'exercice de l'année 2020. Dans ces conditions, eu égard au caractère tardif des déclarations de résultats de la SAS SAFOR, l'administration fiscale était fondée à remettre en cause les dotations aux amortissements pour les exercices clos les 31 août 2018, 2019 et 2020.

5. En second lieu, aux termes du I de l'article 44 quindecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux exercices en litige : " Dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, les entreprises qui sont créées ou reprises entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2020, soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d'imposition de leurs résultats et qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale au sens de l'article 34 ou professionnelle au sens du 1 de l'article 92, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création ou de leur reprise et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A () ". L'article 53 A du même code dispose que : " () les contribuables () sont tenus de souscrire chaque année, dans les conditions et délais prévus aux articles 172 et 175, une déclaration permettant de déterminer et de contrôler le résultat imposable de l'année ou de l'exercice précédent () ". Selon l'article 175 du même code : " Les déclarations doivent parvenir à l'administration au plus tard le 1er mars () ". L'article 221 du même code dispose que : " 1. L'impôt sur les sociétés est établi dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que l'impôt sur le revenu (bénéfices industriels et commerciaux, régime d'imposition d'après le bénéfice réel ou d'après le régime simplifié) () ". Aux termes enfin de l'article 223 du même code : " 1. Les personnes morales et associations passibles de l'impôt sur les sociétés sont tenues de souscrire les déclarations prévues pour l'assiette de l'impôt sur le revenu en ce qui concerne les bénéfices industriels et commerciaux () Toutefois, la déclaration du bénéfice ou du déficit est faite dans les trois mois de la clôture de l'exercice. Si l'exercice est clos le 31 décembre ou si aucun exercice n'est clos au cours d'une année, la déclaration est à déposer au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le régime d'exonération institué en faveur des entreprises nouvelles par l'article 44 quindecies du code général des impôts n'est pas applicable aux bénéfices que le contribuable a omis de déclarer dans les délais légaux, quels que soient les motifs de cette omission.

7. Il résulte de l'instruction que la SAS SAFOR a souscrit les 22 janvier 2019, 28 février 2020 et 28 janvier 2021, les déclarations de résultats de ses exercices clos respectivement les 31 août 2018, 31 août 2019 et 31 août 2020. Ainsi, eu égard à la tardiveté de ces déclarations, c'est à bon droit que l'administration a refusé de faire bénéficier la SAS SAFOR du régime d'exonération prévu par l'article 44 quindecies du code général des impôts.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions litigieuses présentées par la SAS SAFOR doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS SAFOR est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS SAFOR et au directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 19 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

Mme Sousa Pereira, première conseillère,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

S. Davesne

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202608

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