vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203016 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | ACKERMANN YANNICK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Ackermann, demandent au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux y afférents auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la somme de 176 750 euros imposée sur le fondement des dispositions de l'article 1649 quater A du code général des impôts n'a pas été transférée à l'étranger dès lors que le contrôle douanier a eu lieu en France ;
- M. A a déclaré les espèces en sa possession et il n'est pas établi que Mme A et leur fils, M. E A, n'auraient pas déclaré les leurs ;
- les espèces saisies ne constituent pas un revenu imposable dès lors qu'elles proviennent, d'une part, de retraits opérés depuis le compte professionnel de M. A et, d'autre part, de la cession d'un bien immobilier et ont à ce titre déjà été imposées ;
- l'administration fiscale ne pouvait se fonder sur la durée de détention et l'utilisation à venir des fonds saisis pour décider leur imposition en tant que revenu imposable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, la direction spécialisée du contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code monétaire et financier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,
- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique
- et les observations de Me Ackermann, représentant M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 octobre 2017, alors qu'ils se rendaient au Luxembourg pour prendre un avion vers la Turquie, M. et Mme A, accompagnés de leur fils, M. E A, ont fait l'objet d'un contrôle routier douanier à l'occasion duquel une somme de 176 750 euros en espèces a été retrouvée dans leur véhicule. Après un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2016 et 2017, l'administration fiscale a mis en recouvrement des cotisations supplémentaires d'impositions sur les revenus et les prélèvements sociaux au titre de l'année 2017, le 31 décembre 2021. Les requérants ont formé une réclamation préalable contre ces impositions le 24 février 2022 qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 23 août 2022. Par leur requête, les requérants demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux y afférents auxquelles ils ont été assujettis pour l'année 2017.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 1649 quater A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les transferts des sommes, titres ou valeurs réalisés par des personnes physiques vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un Etat membre de l'Union européenne sont effectués conformément à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier. / Les sommes, titres ou valeurs transférés vers l'étranger ou en provenance de l'étranger constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables lorsque le contribuable n'a pas rempli les obligations prévues à l'article L. 152-1 du code monétaire et financier et au règlement (CE) n° 1889/2005 du Parlement européen et du Conseil, du 26 octobre 2005, relatif aux contrôles de l'argent liquide entrant ou sortant de la Communauté ". Aux termes de l'article L. 152-1 du code monétaire et financier, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les personnes physiques qui transfèrent vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un Etat membre de l'Union européenne des sommes, titres ou valeurs y compris les valeurs mentionnées à l'article L. 561-13, les moyens de paiement décrits par la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière, ou de l'or, sans l'intermédiaire d'un établissement de crédit, d'un établissement de monnaie électronique, d'un établissement de paiement ou d'un organisme ou service mentionné à l'article L. 518-1 doivent en faire la déclaration dans des conditions fixées par décret. / Une déclaration est établie pour chaque transfert à l'exclusion des transferts dont le montant est inférieur à 10 000 euros. / L'obligation de déclaration n'est pas réputée exécutée si les informations fournies sont incorrectes ou incomplètes. / Sont également considérées comme non effectuées les déclarations portant sur des sommes supérieures à 50 000 euros et qui ne sont pas accompagnées des documents dont la production permet de justifier de leur provenance. / Un décret fixe la liste des documents admis pour justifier de la provenance des fonds ainsi transférés. Il fixe également les modalités de transmissions dématérialisées de ces documents ". Enfin, aux termes de l'article R. 152-6 du code monétaire et financier, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - La déclaration prévue à l'article 3 du règlement (CE) n° 1889/2005 du Parlement européen et du Conseil du 26 octobre 2005 relatif aux contrôles de l'argent liquide entrant ou sortant de la Communauté et la déclaration des sommes, titres ou valeurs transférés vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un tel Etat, prévue à l'article L. 152-1, sont faites par écrit par les personnes physiques, pour leur compte ou pour celui d'autrui, auprès de l'administration des douanes, au plus tard au moment de l'entrée ou de la sortie de l'Union européenne ou du transfert vers un Etat membre de l'Union européenne ou en provenance d'un tel Etat. () ".
3. En premier lieu, les sommes, titres ou valeurs qui font l'objet d'un transfert vers l'étranger ou en provenance de l'étranger en méconnaissance de l'obligation déclarative définie à l'article 1649 quater A du code général des impôts sont présumés constituer des revenus imposables. Cette présomption naît lorsque le contribuable ne dispose plus d'aucune des possibilités de s'acquitter de son obligation déclarative, ou lorsque, à l'occasion d'un contrôle, il ne procède pas à la déclaration de sommes, titres ou valeurs qui sont en sa possession alors qu'il est établi, notamment par un titre de transport, qu'il se rend à l'étranger ou qu'il en provient.
4. Il est constant qu'au moment du contrôle douanier le 7 octobre 2017 M. et Mme A se rendaient au Luxembourg pour prendre l'avion en direction de la Turquie. Les requérants soutiennent qu'il n'est pas établi que Mme A et M. E A n'ont pas déclaré l'ensemble des sommes en leur possession. Toutefois, il résulte de l'instruction, qu'à l'occasion de ce contrôle, les agents des douanes ont retrouvé en sus de la somme en espèces de 66 350 euros que M. A avait spontanément déclarée, et de la somme de 70 000 euros en espèces dans le sac à main de Mme A, dont il ne ressort au demeurant pas du procès-verbal établi qu'elle ait été déclarée, deux valises contenant chacune la somme de 25 000 euros en espèces, situées dans le coffre du véhicule, qui n'ont fait l'objet d'aucune déclaration. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que M. A ait déclaré une partie des sommes saisies, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils se sont conformés aux obligations déclaratives prévues par les dispositions précitées.
5. En second lieu, pour faire échec aux présomptions édictées par les dispositions précitées, il appartient au contribuable, quelle que soit la qualification juridique ou comptable que peut recevoir la somme qui est employée à fin d'être transférée, d'établir que les ressources ayant contribué à la constituer ont par elles-mêmes déjà été imposées, ou ne devaient, ou ne pouvaient pas l'être, non seulement au titre de l'année du transfert, mais aussi, le cas échéant, au titre d'années antérieures.
6. En se bornant à soutenir que les sommes saisies lors du contrôle douanier ont pour origine deux retraits effectués en mars 2015 et en juin 2017 depuis le compte professionnel de M. A, qui ont donc déjà été imposées, les requérants ne justifient pas que les sommes ainsi retirées correspondent aux sommes saisies par la douane. La simple attestation notariée de cession d'un bien immobilier en date du 16 septembre 2016 par M. A ne permet pas davantage de déterminer l'origine des fonds saisis. Ce faisant, les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce que les sommes litigieuses auraient déjà fait l'objet d'une imposition. L'administration fiscale était donc fondée à considérer, pour ce seul motif et sans qu'ait d'incidence la durée de détention et l'utilisation à venir des fonds saisis, que ces sommes, qui constituent des revenus d'origine indéterminée, devaient être imposées à ce titre.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux y afférents au titre de l'année 2017 auxquelles ils ont été assujettis présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Mme B A et à la direction spécialisée du contrôle fiscale Est.
Délibéré après l'audience publique du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
La rapporteure,
É. WolffLe président,
S. Davesne
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre des finances, de l'économie et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2203016
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026