jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203333 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | ENARD-BAZIRE COLLIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Colliou, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette du 6 avril 2022 d'un montant de 2 116, 84 euros ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de ce titre ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre de perception ne comporte ni la qualité de l'ordonnateur, ni sa signature, et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ce titre est entaché d'une insuffisance de motivation dès lors qu'il ne comporte ni la nature de la créance, ni les bases de la liquidation de la créance de manière à lui permettre de vérifier la régularité de la créance et qu'il contient des informations erronées ;
- eu égard à la faute commise par l'administration en lui accordant des sommes supérieures à ce qui lui était dû, une réfaction doit être opérée sur le montant de la créance ;
- la créance sollicitée est prescrite, en application des dispositions de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- il ne peut faire l'objet d'un trop-perçu en 2014 dès lors qu'il a été radié des contrôles en 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;
- le code des relatons entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bastian, conseiller,
- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a intégré les services de l'armée de terre et été affecté au premier régiment de chasseurs à Verdun jusqu'au 10 décembre 2013, date à laquelle il a été rayé des contrôles. Par jugement du 12 mars 2019, le tribunal administratif de Nancy a annulé deux titres de perception émis à son encontre et déchargé l'intéressé de l'obligation de payer en résultant. Par un jugement du 9 décembre 2021, le tribunal a annulé le titre de perception d'un montant de 2 367, 89 euros pris consécutivement à l'annulation contentieuse précitée et déchargé l'intéressé de l'obligation de payer en résultant pour tout montant à concurrence d'un montant supérieur à 2 116, 84 euros. Par un courrier du 25 janvier 2022, le centre expert des ressources humaines et de la solde (CERHS) du ministère de la défense a adressé à M. B un courrier l'informant de ce qu'il devait rembourser une somme d'un montant de de 2 116, 84 euros. Le titre de perception annoncé a été émis le 6 avril 2022 et M. B a formé, le 16 mai 2022, une réclamation préalable auprès du directeur départemental des finances publiques. Par sa requête, M. B demande l'annulation de ce titre de perception, ensemble la décision implicite de rejet de sa réclamation auprès du comptable public, ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme en résultant.
Sur le cadre juridique :
2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
Sur le bien-fondé du titre de perception :
3. En premier lieu, le maintien indu du versement d'un avantage financier à un agent public, alors même que le bénéficiaire a informé l'ordonnateur qu'il ne remplit plus les conditions de l'octroi de cet avantage, n'a pas le caractère d'une décision accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation. Dans ce cas, il appartient à l'administration de corriger cette erreur et de réclamer le reversement des sommes payées à tort, sans que l'agent intéressé puisse se prévaloir de droits acquis à l'encontre d'une telle demande de reversement. Toutefois, si l'administration n'a pas commis d'erreur de droit en demandant au requérant le remboursement des sommes indûment perçues, dans l'hypothèse où le maintien indu du versement d'un avantage financier à un agent public est imputable à des fautes commises par l'administration, le juge a la possibilité de réduire le montant du titre de perception, en fonction des fautes imputables à l'administration.
4. En l'espèce, M. B ne se prévaut d'aucune autre faute que celle procédant de l'erreur de liquidation commise par l'administration. Sa demande tendant à ce que le montant du titre de perception soit réduit ne peut en conséquence qu'être rejetée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive () ". Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par cet article sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération. En l'absence de toute autre disposition applicable, les causes d'interruption et de suspension de la prescription biennale instituée par ces dispositions sont régies par les principes dont s'inspirent les dispositions du titre XX du livre III du code civil. Il en résulte que tant la lettre par laquelle l'administration informe un agent public de son intention de répéter une somme versée indûment qu'un ordre de reversement ou un titre exécutoire interrompent la prescription à la date de leur notification.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du jugement n° 2000943 du 9 décembre 2021, que le délai pendant lequel l'administration pouvait répéter la créance résultant des paiements indus à hauteur de 2 116, 84 euros a été interrompu par la lettre du 25 mars 2015 informant M. B de l'existence de cette créance. Si un nouveau délai a commencé à courir à compter de la notification du jugement nos 1701180, 1702111, 1703010, 1703493 du 12 mars 2019, ce délai a été interrompu par la lettre du 8 avril 2019 par laquelle le ministre des armées a informé M. B de l'émission d'un nouveau titre de perception. Enfin, un nouveau délai de deux ans est né à la suite de la notification du jugement n° 2000943 du 9 décembre 2021 et a été interrompu par le courrier du 25 janvier 2022 informant M. B de l'émission du titre en litige. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la créance faisant l'objet du titre exécutoire litigieux est prescrite.
7. En troisième lieu, si M. B soutient qu'une période de référence allant de mars 2013 à décembre 2014 est mentionnée sur le titre de perception, alors même qu'il a été radié des contrôles en décembre 2013, il ne conteste pas les mentions du titre de perception, ni les explications du ministre des armées selon lesquelles cette période correspond à une période de référence et non à une période au cours de laquelle les versements indus ont eu lieu.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester le bien-fondé du titre de perception attaqué. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur la régularité en la forme :
9. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".
10. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
11. Si M. B soutient que le titre de perception en litige ne comporte pas la signature de son auteur, le ministre des armées a produit l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de cet auteur. En revanche, l'ampliation du titre de perception adressée au requérant ne comporte pas les nom, prénom et qualité de son auteur. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que le titre de perception méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation du titre de perception émis le 6 avril 2022, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur sa réclamation préalable.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de perception du 6 avril 2022, d'un montant de 2 116, 84 euros, et la décision par laquelle le comptable public a implicitement rejeté la réclamation préalable de M. B sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Samson-Dye, présidente,
- M. Bastian, conseiller,
- Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
P. Bastian
La présidente,
A. Samson-Dye
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026