mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203403 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, Mme E B épouse C et M. A C, représentés par Me Ponseele, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté leur demande de remboursement de la somme de 15 576 euros qu'ils ont versée en application de l'astreinte prononcée à leur encontre le 28 mars 2019, augmentée des intérêts au taux légal, et le versement de la somme de 300 euros chacun en réparation de leur préjudice moral ;
2°) de condamner l'État à leur verser les sommes ainsi réclamées ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration a commis une faute en prononçant, par un arrêté du 28 mars 2019, une astreinte à leur encontre, que la cour administrative d'appel de Nancy a jugé illégale en raison d'une erreur d'appréciation ;
- ils ont versé une somme de 15 576 euros en application de cet arrêté illégal, constituant leur préjudice financier, et ont subi un préjudice moral, qu'ils estiment à 300 euros chacun ;
- le lien de causalité entre la faute commise par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle et ces préjudices est direct et certain.
Par un courrier enregistré le 1er février 2024, le conseil des requérants, a informé le tribunal du décès de Mme C survenu le 26 janvier 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient :
- à titre principal, que le tribunal administratif est incompétent dès lors que la demande tend à obtenir l'exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 3 mai 2022, qu'il n'y a plus lieu de statuer, le remboursement des sommes demandées ayant eu lieu, et que la requête est irrecevable, la preuve de la réception de la demande indemnitaire en préfecture n'étant pas apportée ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de Me Ponseele, représentant les requérants,
- et les observations de M. D, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 29 novembre 2016, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est opposé à la déclaration déposée auprès de ses services au titre de la police de l'eau par M. et Mme C tendant à régulariser la réalisation d'un mur de protection de berges à Bouxières-aux-Chênes le long de ce que le préfet estimait être un ruisseau dit " F " et a ordonné la démolition du muret déjà édifié et l'évacuation de tous les matériaux du site dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêté. Un arrêté du 9 novembre 2017 du préfet a mis en demeure M. et Mme C de démolir le muret et ses fondations et d'en évacuer les matériaux avant le 31 décembre 2017. Par un arrêté du 28 mars 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a ensuite rendu les intéressés redevables, à compter de sa notification le 10 avril 2019, d'une astreinte d'un montant journalier de 20 euros jusqu'à la satisfaction de la mise en demeure du 9 novembre 2017. Par un arrêt n°20NC03791 du 3 mai 2022, la cour administrative d'appel de Nancy a annulé l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 28 mars 2019, ainsi que le jugement du tribunal administratif de Nancy du 30 octobre 2020 en tant qu'il a rejeté les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle, et a ordonné une expertise aux fins de déterminer la qualification de cours d'eau du ruisseau dit " F ". Par un courrier en date du 21 juillet 2022, les requérants ont sollicité auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle et du directeur général des finances publiques, le remboursement des sommes versées à ce titre à la suite des liquidations partielles des astreintes dont ils avaient fait l'objet, soit une somme de 15 576 euros, assortie des intérêts au taux légal sur cette somme. Ils sollicitaient également le versement d'une indemnité de 300 euros chacun en réparation de leur préjudice moral. Par la requête susvisée, M. et Mme C demandent l'annulation du rejet implicite opposée à leur demande, ainsi que le versement de la somme de 15 576 euros indûment versée en application de l'astreinte du 28 mars 2019, assortie des intérêts au taux légal, et de la somme de 300 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis. Enfin, alors que l'affaire était en état d'être jugée, le tribunal a été informé le 1er février 2024 du décès de Mme C.
Sur l'exception d'incompétence :
2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution () d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. () ".
3. Si par son arrêt du 3 mai 2022 déjà mentionné, la cour administrative d'appel de Nancy a annulé l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 28 mars 2019 rendant M. et Mme C redevables d'une astreinte d'un montant journalier de 20 euros, elle a rejeté leurs conclusions tendant à les décharger des sommes qu'ils ont versées par suite de cet arrêté dès lors que ce dernier n'avait pas pour effet, par lui-même, de constituer M. et Mme C débiteurs de sommes déterminées et qu'en annulant cette astreinte sans se prononcer sur les actes liquidant celle-ci, qui n'étaient pas en litige, l'arrêt de la cour n'impliquait pas nécessairement qu'il soit fait droit aux conclusions à fin de décharge des intéressés.
4. Dans ces conditions, la demande de remboursement des sommes que M. et Mme C ont versées en application des arrêtés portant liquidation de l'astreinte infligée le 28 mars 2019 par le préfet de Meurthe-et-Moselle, assortie d'une demande de versement des intérêts attachés à ces sommes et d'une réparation du préjudice subi en raison de l'illégalité de la procédure engagée par le préfet à leur encontre relève d'un litige distinct de l'exécution de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy annulant l'arrêté du 28 mars 2019. Dans ces conditions, le tribunal administratif de Nancy est compétent pour connaître de ces dernières conclusions. L'exception d'incompétence soulevée par la préfète de Meurthe-et-Moselle doit, par suite, être écartée.
Sur le non-lieu à statuer :
5. Il ressort des pièces du dossier que, par sept titres émis par le directeur départemental des finances publiques de Meurthe-et-Moselle le 3 mars 2023, postérieurement à l'introduction de la requête, les montants d'astreinte précédemment mis à la charge de M. et Mme C en application des arrêtés de liquidation des 13 juin, 9 juillet, 19 août, 26 septembre, 13 novembre 2019 et des 4 février 2020, 24 novembre 2021 et 24 mars 2022 ont été annulés. Le directeur départemental des finances publiques a en outre attesté que les sommes correspondantes, pour un montant de 7 788 euros chacun, ont été remboursées aux intéressés le 6 avril 2023. Dès lors, les conclusions de la requête tendant au remboursement de la somme globale de 15 576 euros, ainsi que les conclusions accessoires tendant au paiement des intérêts attachés à cette somme, sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
6. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de Meurthe-et-Moselle ait fait droit à la demande tendant à la réparation du préjudice moral invoqué par les requérants. L'exception de non-lieu soulevée par la préfète de Meurthe-et-Moselle doit, par suite, être écartée en ce qui concerne ces dernières conclusions.
Sur l'irrecevabilité de la requête :
7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".
8. Il résulte de ces dispositions, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
9. Si la préfète soutient que l'accusé de réception de la réclamation préalable, en date du 21 juillet 2022, joint à la requête comporte une date tronquée qui ne fait apparaître que l'année " 2022 " à laquelle le pli a été réceptionné par les services de la préfecture, le tampon " ARRIVEE " de la préfecture de Meurthe-et-Moselle est cependant identifiable. Si la date exacte à laquelle cette demande a été présentée au préfet ne peut être précisément déterminée, les requérants doivent être regardés comme ayant présenté une demande préalable d'indemnisation au plus tard le 31 décembre 2022. Une décision implicite de rejet prise par l'administration étant ainsi intervenue au plus tard deux mois après cette date, en cours d'instance, la requête doit être regardée comme régularisée avant que le juge ne statue. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de décision préalable ayant lié le contentieux ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
10. La décision d'une juridiction qui a statué en dernier ressort présente, même si elle peut faire l'objet ou est effectivement l'objet d'un pourvoi en cassation, le caractère d'une décision passée en force de chose jugée.
11. La préfète de Meurthe-et-Moselle fait valoir que l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy n°20NC03791 du 3 mai 2022, de même que l'arrêt n°20NC03791 du 11 avril 2023 par lequel celle-ci a annulé l'arrêté préfectoral du 9 novembre 2017 mettant les requérants en demeure de démolir le muret construit dans le cours du ruisseau dit " F " et d'en évacuer les matériaux, font l'objet d'un pourvoi en cassation et qu'ainsi, n'étant pas passés en force de chose jugée, ils ne sont pas pleinement exécutoires, ce qui ferait obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête. La cour administrative d'appel a, par l'arrêt du 3 mai 2022, jugé que l'arrêté du 28 mars 2019 prononçant une astreinte à l'encontre de M. et Mme C était illégal au motif que l'existence d'un cours d'eau était alors sujet à incertitude et que les intéressés, après avoir obtenu une décision de non-opposition au titre du droit de l'urbanisme pour édifier un muret, avaient tenté de régulariser leur projet au titre de la loi sur l'eau. Elle a également jugé, le 11 avril 2023, en s'appuyant sur le rapport d'expertise diligentée le 3 mai 2022, que, en l'absence d'alimentation par une source de l'écoulement d'eau en litige, le muret de M. et Mme C n'était pas implanté dans le lit d'un cours d'eau et a en conséquence annulé la mise en demeure du 9 novembre 2017. En vertu du principe exposé au point 10 ci-dessus, cet arrêt de la cour administrative d'appel a le caractère d'une décision passée en force de chose jugée, nonobstant le pourvoi en cassation dont il fait l'objet.
12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C sont fondés à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État du fait de l'illégalité fautive de la décision du 28 mars 2019.
13. En l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par les époux C en leur accordant à chacun la somme de 300 euros qu'ils demandent.
Sur les frais de l'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros demandée par M. et Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. et Mme C tendant au remboursement d'une somme de 15 576 euros et au versement des intérêts correspondants.
Article 2 : L'État est condamné à verser à M. et Mme C la somme de 300 (trois cents) euros chacun en réparation du préjudice subi.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme C une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, tant en son nom propre qu'en sa qualité d'ayant droit de Mme C, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Grandjean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
La rapporteure,
G. Grandjean Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026