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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203805

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203805

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203805
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP BADRÉ HYONNE SENS-SALIS DENIS ROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 30 décembre 2022 sous le numéro n° 2203804, ainsi que par un mémoire enregistré le 18 avril 2024 qui n'a pas été communiqué, la société Pingat aménagement et bâtiment, représentée par la SCP Badré Hyonne Sens-Salis Denis Roger Daillencourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 6 juillet 2022 par le département des Vosges d'un montant de 14 320,13 euros toutes taxes comprises (TTC) ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de mettre à la charge du département des Vosges la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le juge administratif est compétent, la créance trouvant son origine dans l'engagement de sa responsabilité contractuelle ;

- sa requête est recevable ;

- elle ne méconnaît pas l'autorité de la chose jugée ;

- la créance est infondée et inopposable au regard de l'article L. 622-26 du code du commerce ; le département des Vosges n'a pas déclaré sa créance dans le cadre de la procédure de sauvegarde dont a fait l'objet la société BEA aux droits de laquelle elle est venue, alors que le fait générateur, à savoir la réalisation des travaux, est antérieur au jugement du 3 juillet 2013 prononçant l'ouverture d'une procédure de sauvegarde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le département des Vosges conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Pingat aménagement bâtiment au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le juge administratif est incompétent pour se prononcer sur l'opposabilité de la créance ;

- le titre exécutoire ne fait que matérialiser la créance résultant du jugement n° 1701381 rendu le 30 avril 2019 ; la requête remet en cause l'autorité de la chose jugée ;

- la créance est née postérieurement au jugement n° 1701381 rendu le 30 avril 2019 par le tribunal administratif de Nancy ; il n'a d'ailleurs pas été informé de la procédure de sauvegarde dont a fait l'objet la société BEA.

II. Par une requête enregistrée le 30 décembre 2022 sous le numéro n° 2203805, ainsi que par un mémoire enregistré le 18 avril 2024 qui n'a pas été communiqué, la société Pingat aménagement et bâtiment, représentée par la SCP Badré Hyonne Sens-Salis Denis Roger Daillencourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 25 août 2022 par le département des Vosges d'un montant de 245 575,76 euros toutes taxes comprises (TTC) ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de mettre à la charge du département des Vosges la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le juge administratif est compétent, la créance trouvant son origine dans l'engagement de sa responsabilité contractuelle ;

- sa requête est recevable ;

- elle ne méconnaît pas l'autorité de la chose jugée ;

- la créance est infondée et inopposable au regard de l'article L. 622-26 du code du commerce ; le département des Vosges n'a pas déclaré sa créance dans le cadre de la procédure de sauvegarde dont a fait l'objet la société BEA aux droits de laquelle elle est venue, alors que le fait générateur, à savoir la réalisation des travaux, est antérieur au jugement du 3 juillet 2013 prononçant l'ouverture d'une procédure de sauvegarde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, le département des Vosges conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société Pingat aménagement bâtiment au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le juge administratif est incompétent pour se prononcer sur l'opposabilité de la créance ;

- le titre exécutoire ne fait que matérialiser la créance résultant du jugement n° 1701381 rendu le 30 avril 2019 ; la requête remet en cause l'autorité de la chose jugée ;

- la créance est née postérieurement au jugement n° 1701381 rendu le 30 avril 2019 par le tribunal administratif de Nancy ; il n'a d'ailleurs pas été informé de la procédure de sauvegarde dont a fait l'objet la société BEA.

Dans chacune des deux instances, par une lettre du 17 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des requêtes dès lors que les titres exécutoires en litige émis en exécution du jugement n° 1701381 rendu le 30 avril 2019 par le tribunal administratif de Nancy, confirmé par un arrêt n° 19NC02061 et n° 19NC02083 du 2 février 2021 de la cour administrative d'appel de Nancy, n'ont pas de portée juridique propre et ne sont pas susceptibles de recours contentieux.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code du commerce ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Philis,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'une opération d'extension des locaux et de requalification des aires extérieures des archives départementales des Vosges, le département des Vosges a conclu, le 29 mai 2008, un marché de maîtrise d'œuvre complète avec un groupement conjoint composé de MM. B et A, architectes, et de deux bureaux d'études, la société AC Ingénierie Ile de France et la société AC Ingénierie Est. Par des avenants nos 2 et 3 des 13 septembre 2010 et 2 mai 2011, la société BDM architectes Paris a été substituée à M. B et la société Bâtiments Energies Assistance (BEA) Ingénierie aux sociétés AC Ingénierie Est et AC Ingénierie Ile de France, avec lesquelles elle avait fusionné au 1er janvier 2011. Le lot n° 1 " terrassements - voirie et réseaux divers - espaces verts " a été attribué à la société Colas Est, aux droits de laquelle est venue la société Colas Nord Est. Le lot n°12 " Plomberie, sanitaire, chauffage, ventilation, traitement d'air " a été confié à la société Axima Seitha, aujourd'hui dénommée Engie Axima Concept et exerçant sous l'enseigne Engie Axima. Le lot n° 12 comportait, notamment, l'installation d'un puits canadien destiné à assurer le traitement de l'air dans les magasins d'archives et le lot n° 1, notamment, les travaux de terrassement et de réglage du fond de forme pour la mise en place des réseaux du puits canadien. A la suite de la réception des travaux de chacun de ces lots, le département des Vosges a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Nancy la désignation d'un expert au sujet de différents désordres affectant le puits canadien. Après le dépôt de son rapport le 23 septembre 2016, le département des Vosges a demandé au tribunal de condamner solidairement la société BDM architectes Paris, M. A, la société BEA Ingénierie, la société Colas Est et la société Axima Seitha à lui verser la somme de 631 839,56 euros en réparation des préjudices résultant de ces désordres. Par un jugement n° 1701381 du 30 avril 2019, le tribunal administratif de Nancy a, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, condamné solidairement la société BDM architectes Paris, M. A, la société BEA Ingénierie et la société Axima Seitha à verser la somme de 547 824 euros hors taxes (HT), ainsi que la somme de 66 115,40 euros TTC au département des Vosges. Le tribunal a notamment fait une juste appréciation des responsabilités encourues en fixant à 40 % la part incombant à la société BEA Ingénierie. Par ce jugement, le tribunal administratif de Nancy a également mis à la charge définitive et solidaire de la société BDM architectes Paris, de M. A, de la société BEA Ingénierie et de la société Axima Seitha, la somme de 17 900,16 euros au titre des frais d'expertise. Par un arrêt n° 19NC02061 et n° 19NC02083 du 2 février 2021, la cour administrative d'appel de Nancy a rejeté l'appel formé par la société BEA Ingénierie contre ce jugement. Le 6 juillet 2022, la société Pingat Aménagement et Bâtiment, venant aux droits de la société BEA Ingénierie, a été rendue destinataire d'un titre exécutoire émis par le département des Vosges pour le recouvrement de la somme de 14 320,13 euros. Le 25 août 2022, cette société a également été rendue destinataire d'un titre exécutoire émis par le département des Vosges pour le recouvrement de la somme de 245 575,76 euros. Par les requêtes n° 2203804 et n° 2203805, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, la société Pingat Aménagement et Bâtiment demande au tribunal d'annuler ces deux titres exécutoires et de la décharger de l'obligation de payer les sommes correspondantes.

Sur l'exception d'incompétence opposée en défense :

2. Le juge administratif n'est pas compétent pour statuer sur l'acte par lequel une personne morale de droit public déclare une créance au représentant des créanciers d'une entreprise faisant l'objet d'une procédure de sauvegarde en application de l'article L. 620-1 du code du commerce, dès lors qu'il appartient de façon exclusive à l'autorité judiciaire, en vertu des articles L. 624-2 à L. 624-4 de ce code, de statuer sur l'admission ou le rejet des créances déclarées. En revanche, le juge administratif est compétent pour statuer sur l'existence et le montant d'une créance publique, qui peut être matérialisée par l'émission d'un titre de recettes.

3. Il est constant que les titres exécutoires en litige ont pour seul objet de procéder au recouvrement des sommes correspondant aux condamnations prononcées à l'encontre de la société BEA Ingénierie et à la mise à sa charge des dépens par le jugement n° 1701381 rendu le 30 avril 2019 par le tribunal administratif de Nancy, confirmé par un arrêt n° 19NC02061 et n° 19NC02083 du 2 février 2021 de la cour administrative d'appel de Nancy. Par suite, le département des Vosges n'est pas fondé à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation de ces titres exécutoires et à la décharge des sommes correspondantes, qui portent sur des créances de nature administrative, ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation des titres exécutoires et de décharge de l'obligation de payer :

4. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires. " Aux termes de l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution : " Seuls constituent des titres exécutoires : / 1° Les décisions des juridictions () de l'ordre administratif lorsqu'elles ont force exécutoire () ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'un jugement par lequel un tribunal condamne une partie à verser une somme d'argent constitue un titre exécutoire propre dont le recouvrement peut être poursuivi directement et qu'un titre émis aux mêmes fins par l'ordonnateur de la collectivité n'a pas de portée juridique propre.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il résulte de l'instruction que les titres exécutoires en litige ont été émis aux seules fins d'assurer le recouvrement des sommes correspondant aux dépens et aux condamnations prononcées à l'encontre de la société BEA Ingénierie aux droits de laquelle est venue la société Pingat Aménagement et Bâtiment. Dans ces conditions, ces titres exécutoires, qui n'ont pas de portée juridique propre, ne sont pas susceptibles de recours.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des titres exécutoires et de décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Vosges, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme que la société Pingat aménagement et bâtiment demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Pingat aménagement et bâtiment la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le département des Vosges et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2203804 et n° 2203805 sont rejetées.

Article 2 : La société Pingat aménagement et bâtiment versera au département des Vosges la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Pingat aménagement et bâtiment, au département des Vosges et à la paierie départementale des Vosges.

Délibéré après l'audience publique du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Samson-Dye, présidente,

M. Bastian, conseiller,

Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

L. Philis

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203804, 2203805

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