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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302264

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302264

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302264
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSCP DE ANGELIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, la communauté de communes Terres Touloises, représentée par Me Lebon, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise portant sur les causes et les conséquences de la fuite de chlore gazeux survenue à l'usine de traitement de l'eau potable de la Croisette à Toul.

Elle soutient qu'une expertise est indispensable pour déterminer les causes de la fuite, les conséquences de celle-ci sur la solidité de l'ensemble des ouvrages de l'usine, dont les conduites en inox, dégager les éléments permettant au tribunal de statuer, le cas échéant, sur les responsabilités, déterminer les moyens d'y porter remède et chiffrer l'ensemble des travaux de réparation et de mise en conformité.

Par un mémoire enregistré le 10 août 2023, la société Prominent France demande qu'il soit prescrit à l'expert de déterminer si la fréquence et les modalités d'entretiens prévues par la notice Instructions de Service ont été exécutées.

Elle soutient qu'elle n'a jamais été sollicitée pour un contrat de maintenance pas moins qu'elle ne l'a été pour l'entretien dudit matériel dans ses ateliers.

Par un mémoire enregistré le 24 août 2023, la société Saur, représentée par Me De Angelis, demande au juge des référés de lui donner acte de ce qu'elle formule ses plus expresses réserves et protestations de responsabilité et de garantie et de laisser à la charge de la communauté de communes les frais de consignation des honoraires de l'expert.

Vu :

- les pièces du dossier desquelles il ressort que la requête a été communiquée à la MMA Iard Assurances Mutuelles et à la MMA Iard, qui n'ont pas produit d'observations ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'utilité de la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. En 2016, le syndicat intercommunal des eaux du cœur toulois a conclu un marché pour le renforcement et l'extension de l'usine de production d'eau potable de la Croisette à Toul, dont la réception est intervenue le 28 novembre 2019. Le 14 décembre 2019, la communauté de communes Terres Touloises, ci-après dénommée (CC2T), à qui la compétence eau et assainissement a été transférée à compter du 1er janvier 2020, a confié un marché de service relatif à la conduite, à l'entretien et à la maintenance d'installations d'eau potable à la société SAUR pour une durée de cinq ans, du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2024. En cours d'exécution de ce contrat, le 13 juin 2023, une importante fuite de chlore gazeux est intervenue au sein de cette usine. Selon les premières investigations réalisées par la société Saur, la fuite pourrait provenir du chloromètre n° 1 fourni par la société Prominent, présent dans le local chlore, celui-ci ayant laissé échapper du chlore sans que l'hydro-éjecteur soit actif. La demande d'expertise de la CC2T apparaît utile pour décrire de manière exhaustive les causes de la fuite, les conséquences de celle-ci sur la solidité de l'ensemble des ouvrages de l'usine, en particulier les conduites en inox, pour déterminer les responsabilités et les solutions techniques propres à y remédier. Il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la charge des frais d'expertise :

3. Les dispositions des articles R. 621-12 et R. 621-13 du code de justice administrative font obstacle à ce que le juge des référés, au stade de la désignation de l'expert, mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. Au surplus, aucune disposition du code de justice administrative ne prévoit la consignation au greffe d'une provision à titre d'avance sur les honoraires d'expertise et en tout état de cause, l'article R. 621-12 du code de justice administrative prévoit que : " Le président de la juridiction () peut, soit au début de l'expertise, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations () ".

4. Il s'ensuit que les conclusions de la société Saur tendant à ce que les frais de consignation soient mis à la charge de la CC2T doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : M. A B, demeurant 13 rue des Frères Stoeffer à Strasbourg (67000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, prendre connaissance de tout document utile à sa mission, entendre les parties, décrire et examiner tous les ouvrages de production et de distribution d'eau potable de l'usine, en particulier le dispositif de chloration de l'eau et les conduites en inox, en précisant s'ils sont affectés de désordres, malfaçons ou non-conformités ;

2°) décrire les désordres qui seraient constatés et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination. Indiquer, pour chaque désordre, si, à la date de réception, il était apparent ou à tout le moins prévisible, en tout cas dans toutes ses circonstances. S'il était apparent, préciser si le désordre a fait l'objet de réserves et si celles-ci ont été levées ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de réfection, aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage ou à toute autre cause qu'il déterminera ou, en cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

4°) indiquer de manière précise les conséquences dommageables de la fuite sur les canalisations, matériels ou éléments qui auraient été dégradés, la nature des travaux nécessaires pour remédier aux désordres, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ; dire si l'urgence et/ou la nature des désordres impliquent que des mesures conservatoires soient prises ;

5°) donner un avis motivé sur l'évaluation du coût des travaux propres à mettre fin aux désordres ; fixer la durée des travaux compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés et de leur exécution ; donner son avis sur les préjudices de toute nature causés par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert déposera au greffe du tribunal administratif la déclaration sur l'honneur prévue par les dispositions de l'article R. 621-3 du code de justice administrative, et, dans les cas prévus au second alinéa de cet article, prêtera également par écrit le serment prévu par l'article R. 221-15-1 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de la communauté de communes Terres Touloises, de la société Saur, de la MMA Iard Assurances Mutuelles, de la MMA Iard et de la société Prominent.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de 8 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes Terres Touloises, à la société Saur, à la MMA Iard Assurances Mutuelles, à la MMA Iard, à la société Prominent et à M. A B, expert.

Fait à Nancy, le 7 décembre 2023.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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