Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 septembre 2023, M. A... B... demande au tribunal d’annuler la décision du 31 juillet 2023 par laquelle le directeur adjoint chargé de l’ingénierie à la direction interdépartementale des routes de l’Est (DIR Est) a refusé de faire droit à sa demande de mutation.
Il soutient que :
la décision attaquée n’a pas été notifiée conformément à l’article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration ;
elle est entachée d’un défaut de motivation ;
elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que le caractère insuffisant de l’ancienneté à deux viabilités hivernales n’est pas au nombre des motifs légaux pouvant fonder cette décision ; à supposer cette règle existante, elle ne lui est pas opposable compte tenu de son adoption irrégulière, de son absence des lignes directrices de gestion définies à l’article 8 du décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 et de la méconnaissance des dispositions du II de l’article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
en recrutant une personne extérieure, l’administration n’a pas tenu compte du critère de priorité légale lié à la nécessité d’un rapprochement familial, repris dans les lignes directrices de gestion, et qui doit être mobilisé dans le cadre de l’opération de restructuration de service désignée par l’arrêté du 13 juin 2013 ;
la décision attaquée méconnaît le principe d’impartialité, de neutralité et d’égalité dès lors que l’avis du directeur du service d’origine et l’avis du directeur du service d’accueil ont été émis par le même agent ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le directeur interdépartemental des routes de l’Est conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- sa requête est dépourvue d’objet dès lors que le poste est pourvu depuis le 1er octobre 2023 ;
- le moyen tiré de ce que M. B... justifie d’une priorité légale est inopérant ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- l’arrêté du 13 juin 2023 désignant les opérations de restructuration au sein des services déconcentrés de l'Etat dans le cadre du transfert aux départements et métropoles ou de la mise à disposition aux régions des voies non concédées du domaine public routier national ouvrant droit aux dispositifs indemnitaires d'accompagnement des agents et aux dispositifs de ressources humaines ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Philis,
- et les conclusions de Mme Stenger, rapporteure publique.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B... est un agent de catégorie C titularisé au grade de chef d’équipe d’exploitation principal des travaux publics de l’Etat au sein du corps des personnels d'exploitation des travaux publics de l'Etat. A compter du 1er septembre 2022, il a été affecté au centre d’entretien et d’intervention de Champigneulles du district de Metz de la division d’exploitation de Metz, devenu le service régional d’exploitation Grand-Est, relevant de la direction interdépartementale des routes de l’Est. Dans le cadre du cycle de mobilité ouvert en 2023, il a présenté, le 30 mai 2023, une demande de mutation pour être affecté sur un poste de chef d’équipe au district de Nancy situé à Fléville pour raison familiale. Par une décision du 31 juillet 2023, le directeur adjoint chargé de l’ingénierie à la direction interdépartementale des routes de l’Est a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur l’exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
Si le poste proposé au centre d’entretien et d’intervention de Champigneulles lors du cycle de mobilité ouvert en 2023 a été attribué à un autre agent depuis le 1er octobre 2023, cette circonstance n’a ni pour objet ni pour effet d’abroger la décision en litige. Par suite, le directeur interdépartemental des routes de l’Est n’est pas fondé à soutenir qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B....
Sur le cadre juridique applicable au litige :
Aux termes de l’article L. 512-18 du code général de la fonction publique : « L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires de l'Etat en tenant compte des besoins du service. » Aux termes de l’article L. 512-19 de ce code : « « Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées au chapitre II du titre IV du livre IV, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. / Les demandes de mutation sont examinées en donnant priorité aux fonctionnaires de l'Etat relevant de l'une des situations suivantes : / 1° Etre séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles ou séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / 2° Etre en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées à l'article L. 131-8 ; / 3° Exercer ses fonctions dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; / 4° Justifier du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; / 5° Etre affecté sur un emploi qui est supprimé, y compris si cet emploi relève d'une autre administration, sans pouvoir être réaffecté sur un emploi correspondant à son grade dans son service. »
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : « Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée. » De telles dispositions, concernant l’opposabilité d’une décision, n’ont aucune incidence sur sa légalité. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée n’a pas été notifiée conformément à cet article. Le moyen doit être écarté comme inopérant.
En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n’impose à l’administration de motiver une décision portant refus de mutation. En particulier, la mutation n’est pas un avantage dont l’attribution constitue un droit pour l’agent public qui remplit les conditions pour l’obtenir, de sorte que le refus opposé à M. B... n’est pas au nombre des décisions administratives individuelles défavorables dont l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration impose la motivation. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
En troisième lieu, si M. B... se prévaut de la méconnaissance du principe d’impartialité, de neutralité et d’égalité, rien ne fait obstacle à ce que le chef d’une direction, au sein de laquelle un fonctionnaire demande à changer d’affectation, donne son avis sur l’opportunité, à la fois, du départ de cet agent de son service d’origine et de son arrivée dans le service d’accueil. Par conséquent, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
En quatrième lieu, par une décision du 31 juillet 2025, l’administration a refusé de faire droit à la demande de mutation de M. B... au motif qu’il ne justifie pas d’une ancienneté suffisante et qu’il n’a pas réalisé deux viabilités hivernales.
Il résulte des dispositions précitées au point 3 que lorsque dans le cadre d’un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, alors que des agents se sont portés candidats dans le cadre du mouvement, l’administration doit procéder à la comparaison des candidatures dont elle est saisie en fonction, d’une part, de l’intérêt du service, d’autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés, appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l’article L. 512-19 du code général de la fonction publique qui reprennent celles de l’article 60 de la loi susvisée du 11 janvier 1984. L’administration doit également tenir compte de l’ancienneté dans le corps, de l’expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir. Ainsi, c’est sans commettre d’erreur de droit que l’administration a pris en considération l’ancienneté de l’affectation de M. B... au centre d’intervention et d’exploitation Champigneulles, ainsi que les qualités requises pour exercer les fonctions au district de Nancy, ces éléments étant au nombre de ceux qui permettent d’apprécier l’intérêt du service. Le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
En cinquième lieu, M. B... soutient qu’en recrutant une personne extérieure à la DIR Est, l’administration n’a pas tenu compte du critère de priorité légale lié à la nécessité d’un rapprochement familial, repris dans les lignes directrices de gestion, et qui doit être mobilisé dans le cadre de l’opération de restructuration de service désignée par l’arrêté susvisé du 13 juin 2013. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’il n’a pas formulé une demande de mutation pour un motif qui donne lieu à un examen prioritaire par l’autorité compétente au sens des dispositions précitées de l’article L. 512-19 du code général de la fonction publique. Au demeurant, s’il a demandé à être affecté au district de Nancy pour raison familiale, il n’établit pas que la distance entre son lieu d’affectation actuel et son domicile emporte des conséquences préjudiciables sur l’état de santé psychique de sa fille, son éducation et le suivi de sa scolarité. Dans ces conditions, et alors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que l’administration n’aurait pas tenu compte de sa situation de famille, le moyen doit être écarté.
En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B... a sollicité sa mutation du centre d’intervention et d’exploitation de Champigneulles le 30 mai 2023 alors qu’il n’occupait ce poste que depuis le 1er septembre 2022. En outre, il ne conteste pas le motif opposé par l’administration tenant à l’absence de réalisation de deux viabilités hivernales. Par ailleurs, il ne démontre pas le préjudice causé à sa fille mineure, issue d’une première union et dont il a la charge dans le cadre d’une garde alternée, par le temps de trajet entre son lieu de travail et son domicile. En particulier, les modalités de garde définies par l’accord de médiation familiale tiennent compte des astreintes qu’il doit effectuer au titre de ses fonctions. Ainsi, et compte tenu de ce qu’il a été dit aux points 8 et 9, M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de prononcer sa mutation sur le poste vacant au district de Nancy. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre des transports.
Copie en sera adressée, pour information, au directeur interdépartemental des routes de l’Est.
Délibéré après l’audience publique du 25 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
Mme Samson-Dye, présidente,
Mme Bourjol, première conseillère,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
La rapporteure,
L. Philis
La présidente,
A. Samson-Dye
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au ministre des transports, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.