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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2302992

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2302992

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2302992
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, Mme D B, représentée par Me Tadic demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, afin de déterminer les conditions et les suites de sa prise en charge à compter du 28 juin 2023 par le centre hospitalier Saint-Charles de Toul et d'évaluer ses préjudices.

Elle soutient que, depuis l'intervention qu'elle a subie au centre hospitalier Saint-Charles de Toul qui consistait en une exérèse d'un nodule, elle a ressenti des douleurs importantes et que la plaie était infectée. Une antibiothérapie a été prescrite ainsi que des soins infirmiers mais elle a dû être réopérée et est toujours en arrêt de travail.

Par un mémoire, enregistré le 16 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le centre hospitalier Saint-Charles de Toul, représenté par Me Marrion, déclare ne pas s'opposer à la mesure sollicitée et demande que soit ordonnée la production du relevé détaillé des frais et débours de lacaisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moslle et que la mission d'expertise soit confiée à un médecin spécialisé en infectiologie selon les termes de son mémoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch déclare ne pas s'opposer à la mesure sollicitée mais formule les plus expresses réserves d'usage et protestations et demande que la mission de l'expert soit complétée selon les termes de son mémoire, que l'expert dépose un pré-rapport soumis aux dires des parties et qu'il soit statué sur les dépens.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

1. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 octobre 2023. Par suite il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions relatives à la demande d'expertise :

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal, appréciée en tenant compte, notamment, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. La mesure d'expertise demandée par Mme B entre dans le champ des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'y faire droit et de définir la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la dépôt d'un pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, à charge pour les parties de le lui demander. Il suit de là que les conclusions tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport soumis aux dires des parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la production du relevé des frais et débours par la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle :

5. Il résulte de l'instruction qu'à ce stade de la procédure, la production du relevé détaillé des débours et frais médicaux de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle ne présente pas un caractère d'utilité eu égard à la mission de l'expert telle qu'elle est fixée par la présente ordonnance. Il appartiendra à l'expert de solliciter, s'il l'estime nécessaire, la communication du relevé détaillé des débours et frais médicaux en lien avec la prise en charge de Mme B. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions du centre hospitalier Saint-Charles de Toul tendant à la communication de ce relevé.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " () le président du tribunal () fixe les frais et honoraires par une ordonnance (). Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans le cas où les frais d'expertise () sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une autre partie que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent () " et aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au juge des référés de statuer sur les dépens. Ainsi, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : M. le Professeur C A, infectiologue, exerçant 139 rue de Courlancy à Reims (51100), est désigné en qualité d'expert pour procéder, en présence des parties à l'instance à une expertise médicale à l'effet de :

1°) prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant la prise en charge à compter du 28 juin 2023 de Mme B détenus par le centre hospitalier Saint-Charles de Toul ou par la requérante et examiner cette dernière ;

2°) décrire les blessures, lésions ou affections dont Mme B était atteinte et les soins et prescriptions antérieurs à son entrée au centre hospitalier Saint-Charles de Toul ; décrire les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont elle a fait l'objet dans cet établissement ; préciser, le cas échéant, les soins et actes médicaux et chirurgicaux dont elle a fait l'objet dans d'autres établissements ;

3°) rechercher si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme B et aux symptômes qu'elle présentait ou si, au contraire, des erreurs, fautes, maladresses, négligences, retard et/ou défaut de prise en charge médicale ont été commis par les services du centre hospitalier dans lequel Mme B a été prise en charge ; indiquer si les fautes éventuellement constatées ont fait perdre à Mme B une chance sérieuse de guérison de la pathologie dont elle était atteinte lors de son admission à l'hôpital ; dans l'affirmative, déterminer l'ampleur de la chance perdue ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si l'état de Mme B a été causé par une infection nosocomiale et indiquer si, compte tenu de la chronologie des évènements, Mme B a pu contracter cette infection au sein du centre hospitalier de Toul ou si elle a pour origine une cause extérieure et étrangère à son hospitalisation ;

5°) identifier le cas échéant le ou les germe(s) en cause ;

6°) dire si cette éventuelle infection a eu pour conséquence d'aggraver l'état de santé de Mme B ; indiquer si l'infection nosocomiale éventuellement constatée a fait perdre à Mme B une chance sérieuse de guérison de la pathologie dont elle était atteinte lors de son admission à l'hôpital ; dans l'affirmative, préciser l'importance de cette perte de chance ;

7°) rechercher toutes informations en vue de déterminer si les traitements de toute nature prodigués à Mme B par les services du centre hospitalier Saint-Charles de Toul révèlent un mauvais fonctionnement ou une mauvaise organisation des services, une administration défectueuse des soins non médicaux, ou une mauvaise exécution des soins médicaux, et donner son avis sur ces points ;

8°) indiquer si le dommage a un rapport avec l'état initial de Mme B ou l'évolution prévisible de cet état ;

9°) préciser si le dommage constitue une conséquence anormale d'un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, pratiqué sur la personne de Mme B au regard de son état initial ou de l'évolution prévisible de cet état ; indiquer si l'acte présentait un risque connu auquel Mme B était particulièrement exposée ; dire, dans l'affirmative quelle était l'importance de ce risque ;

10°) dire si l'état de Mme B a entraîné une incapacité temporaire et en préciser l'origine, les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

11°) indiquer à quelle date l'état de Mme B peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part respective imputable au(x) manquement(s) éventuellement constaté(s) de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée en distinguant, en outre, le cas échéant la part imputable du centre hospitalier Saint-Charles de Toul ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;

12°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur l'activité professionnelle et personnelle de Mme B ;

13°) décrire l'état actuel de Mme B tant sur le plan psychologique que psychique ;

14°) dégager en les spécifiant les éléments propres à justifier une indemnisation au titre des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux subis et notamment donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices personnels (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément entre autres) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part respective imputable au(x) manquement(s) et/ou à l'infection nosocomiale éventuellement constaté(s) de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de Mme B ;

15°) dire si l'état de Mme B est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 2 dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Préalablement à toute opération, l'expert déposera au greffe du tribunal administratif la déclaration sur l'honneur prévue par les dispositions de l'article R. 621-3 du code de justice administrative, et, dans les cas prévus au second alinéa de cet article, prêtera également par écrit le serment prévu par l'article R. 221-15-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'expertise aura lieu en présence de Mme D B, du centre hospitalier Saint-Charles de Toul, de la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle et de l'ONIAM.

Article 6 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 7 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif, dans le délai de neuf mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Il n'établira un pré-rapport que s'il l'estime indispensable à une meilleure connaissance du dossier.

Article 8 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B, au centre hospitalier Saint-Charles de Toul, à la caisse primaire d'assurance maladie de Meurthe-et-Moselle, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et à M. le Professeur C A, expert.

Fait à Nancy, le 21 mars 2024.

Le juge des référés,

D. Marti

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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