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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2303325

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2303325

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2303325
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSCP VILMIN CANONICA REMY ROLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, le département de Meurthe-et-Moselle, représenté par Me Zimmer, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise portant sur les désordres affectant la façade du bâtiment abritant le collège Simone de Beauvoir à Vandoeuvre-lès-Nancy selon une mission définie conformément à ses écritures en sollicitant de l'expert qu'il rédige un pré-rapport.

Il soutient que :

- les mesures d'expertise sollicitées sont nécessaires pour permettre de constater les désordres consécutifs au défaut de l'ensemble du complexe d'isolation du bâtiment, lesquels tiennent notamment en un encollage et des fixations mécaniques insuffisantes, en l'absence de bande coupe-feu au niveau R+1 et de compriband en périphérie des encadrements de baies, en l'utilisation de colle douteuse, en un défaut de fixation au mur du rail du premier rang et en l'absence de coupe en " L " aux angles des baies ;

- la demande présente un caractère d'urgence dès lors que la façade, mise à nue pour comprendre l'origine des désordres, est désormais exposée aux intempéries.

Par des mémoires enregistrés les 6 et 11 décembre 2023, la société MMA Iard Assurances Mutuelles et la société MMA Iard, venant aux droits de la société Covea, assureur de la société Protect Façades, représentées par Me Canonica, demandent au juge des référés de leur donner acte de ce qu'elles entendent s'en rapporter quant à la mesure sollicitée, sans aucune reconnaissance ou approbation et sous leurs plus expresses réserves, et au rejet des demandes qui seraient dirigées à leur encontre.

Elles soutiennent qu'elles n'étaient plus l'assureur de la société Protect Façades à la date de la réclamation compte tenu de la résiliation de sa police d'assurance.

Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2023 et un mémoire en réplique et en intervention forcée enregistré le 11 décembre 2023, la société AEA Architectes et la CAMBTP, représentées par Me Lebon, demandent au juge des référés de leur donner acte de ce qu'elles s'en rapportent à prudence de justice sur la demande d'expertise sollicitée, sous leurs plus expresses protestations et réserves d'usage, de rejeter la demande de la société Apave Infrastructures et Construction France et d'étendre les opérations d'expertise à la SELARL MJ Synergie-Mandataires Judiciaires, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Sibeo Ingénierie, venant aux droits de la société Saunier Ingénierie.

Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2023, la société Apave Infrastructures et Construction France, venant aux droits de la société Apave Alsacienne, représentée par Me Marié, demande au juge des référés de lui donner acte de ce qu'elle ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sans reconnaissance de responsabilité, et indique qu'elle entend solliciter la condamnation de la société Bameco, de la société Protect Façades, des sociétés MMA Iard Assurances Mutuelles, de la société AEA Architectes et de la CAMBTP, à la relever et garantir indemne.

Vu :

- les pièces du dossier desquelles il ressort que la requête a été communiquée à la société Bameco, à la société Protect façades et à la SELARL MJ Synergie-mandataires judiciaires pour lesquelles il n'a pas été présenté de mémoire dans le délai imparti ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'utilité de la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. Par un acte d'engagement du 9 janvier 2014, le département de Meurthe-et-Moselle a confié à un groupement constitué de la société AEA Architectes, de la société Ott et Collin, de la société Saunier Ingénierie, devenue Sibeo Ingénierie, et de la société Alpha Process la restructuration du collège Simone de Beauvoir à Vandoeuvre-lès-Nancy. Le lot n° 5 " couverture - étanchéité - zinguerie " a été confié le 12 décembre 2016 à la société Bameco. Le lot n° 6 " Isolation thermique RPE " a quant à lui été confié à la société Protect Façades le 21 septembre 2016. La société Covea, aux droits de laquelle viennent la société MMA Iard Assurances Mutuelles et la société MMA Iard, était l'assureur de la société Protect Façades. La société Apave Alsacienne, aux droits de laquelle vient la société Apave Infrastructures et Construction France, est intervenue en qualité de contrôleur technique. Les travaux de ces lots ont fait l'objet d'une réception assortie de réserves n'ayant jamais été levées. En novembre 2023, le département a mandaté une société afin de retirer l'intégralité de l'enduit et de procéder au constat contradictoire des désordres affectant la façade du bâtiment. La demande d'expertise sollicitée par le département de Meurthe-et-Moselle apparaît utile pour déterminer l'origine et les causes des désordres précités, définir et chiffrer les travaux de reprise et donner les éléments nécessaires à l'identification des responsabilités encourues. Elle entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à cette demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la demande de pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir, à charge pour les parties de le lui demander. Il suit de là que les conclusions présentées en ce sens tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport soumis aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande de la société Apave Infrastructures et Construction France de condamnation de l'ensemble des parties dont la responsabilité pourrait être engagée à la garantir indemne :

4. La société Apave Infrastructures et Construction France demande au juge des référés, dans l'hypothèse où sa responsabilité pourrait être recherchée, de condamner les parties dont la responsabilité pourrait être engagée à la garantir indemne, cette demande en justice étant interruptive de prescription et de forclusion. Cependant il n'appartient pas au juge du référé, statuant sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative pour ordonner une mesure d'expertise, de statuer sur les condamnations et les appels en garantie des parties en cause. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la société Apave Infrastructures et Construction France doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : M. B A, demeurant 5 rue René Hirschler à Strasbourg (67000), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se rendre sur les lieux, prendre connaissance de tout document utile à sa mission, entendre les parties et procéder à la constatation et au relevé précis et détaillé des désordres affectant la façade du bâtiment abritant le collège Simone de Beauvoir à Vandoeuvre-lès-Nancy ;

2°) décrire les désordres qui seraient constatés et réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire s'ils sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination. Indiquer, pour chaque désordre, si, à la date de réception, il était apparent ou à tout le moins prévisible, en tout cas dans toutes ses circonstances. S'il était apparent, préciser si le désordre a fait l'objet de réserves et si celles-ci ont été levées ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres et malfaçons, en précisant s'ils sont imputables aux travaux de restructuration, aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage ou à toute autre cause qu'il déterminera ou, en cas de causes multiples, d'évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

4°) indiquer la nature des travaux nécessaires pour remédier aux désordres, en assurant la solidité de l'ouvrage et un usage propre à sa destination, en précisant s'il en résulte une plus-value pour l'immeuble en cause ; dire si l'urgence et/ou la nature des désordres impliquent que des mesures conservatoires soient prises ;

5°) donner un avis motivé sur l'évaluation du coût des travaux propres à mettre fin aux désordres ; fixer la durée des travaux compte tenu des nécessités de leur conception, de la passation des marchés et de leur exécution ; donner son avis sur les préjudices de toute nature causés par lesdits désordres et en évaluer le montant ;

6°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert déposera au greffe du tribunal administratif la déclaration sur l'honneur prévue par les dispositions de l'article R. 621-3 du code de justice administrative, et, dans les cas prévus au second alinéa de cet article, prêtera également par écrit le serment prévu par l'article R. 221-15-1 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence du département de Meurthe-et-Moselle, de la société Bameco, de la société Protect Façades, des sociétés MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard, de la société AEA Architectes, de la CAMBTP, de la société Apave Infrastructures et Construction France et de la SELARL MJ Synergie-Mandataires Judiciaires.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe dans un délai de 6 mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée au département de Meurthe-et-Moselle, à la société Bameco, à la société Protect Façades, aux sociétés MMA Iard Assurances Mutuelles et MMA Iard, à la société AEA Architectes, à la CAMBTP, à la société Apave Infrastructures et Construction France, à la SELARL MJ Synergie-Mandataires Judiciaires et à M. B A, expert.

Fait à Nancy, le 8 février 2024.

Le juge des référés,

O. Di Candia

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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