Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 septembre 2024 et 16 avril 2025, M. A... B..., représenté par Me Blanchard Koos, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 18 avril 2024 par lequel la maire de la commune d’Azerailles ne s’est pas opposée à sa déclaration préalable de travaux en tant qu’elle lui impose de construire sa clôture hors de l’emprise de l’emplacement réservé, ensemble la décision du 5 juillet 2024 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune d’Azerailles le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté du 18 avril 2024 est entaché d’une erreur de fait quant à la largeur de la route du Chemin du Behais et ainsi sur la délimitation de l’emplacement réservé sur sa parcelle ;
- la commune pouvait élargir la route sans utiliser l’emplacement réservé situé sur son terrain ;
- il est entaché d’une erreur de droit dès lors que le motif tiré de ce que le projet de clôture envisagé était situé sur un emplacement réservé n’était pas au nombre de ceux pouvant légalement fonder la réserve édictée ;
- il est entaché d’un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2025, ainsi qu’un mémoire enregistré le 25 août 2025 et non communiqué, la commune d’Azerailles, représentée par Me Loctin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les conclusions à fin d’annulation sont irrecevables et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Siebert, rapporteur,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- et les observations de Me Conti, représentant la commune d’Azerailles.
Considérant ce qui suit :
M. B..., propriétaire d’un terrain situé section ZK n° 0082 sur le territoire de la commune d’Azerailles (Meurthe-et-Moselle), a déposé le 15 février 2024 une déclaration préalable de travaux en vue de l’édification d’une clôture autour de sa propriété. Par un arrêté du 18 avril 2024, la maire de la commune d’Azerailles ne s’est pas opposée à son projet, sous réserve que la clôture soit implantée hors de l’emplacement réservé situé sur sa parcelle. Par sa requête, M. B... demande l’annulation, d’une part, de cet arrêté en tant qu’il lui impose cette prescription et, d’autre part, de la décision du 5 juillet 2024 rejetant son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
Aux termes de l’article R. 411-1 du code de justice administrative : « La juridiction est saisie par requête. (…) Elle contient (…) l'énoncé des conclusions soumises au juge (…) ».
La requête introduite par M. B... contient l’énoncé de conclusions à fin d’annulation pour excès de pouvoir soumises à la juridiction. Si elles mentionnaient initialement qu’elles tendaient à l’annulation d’un arrêté « préfectoral », cette erreur de plume, corrigée en réplique, est sans incidence sur l’identification de la décision attaquée, qui fait grief au requérant, par laquelle la commune lui a imposé d’installer sa clôture en dehors de l’emprise de l’emplacement réservé. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 151-41 du code de l’urbanisme : « Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; (…) ».
Ces dispositions ont pour objet de permettre aux auteurs d’un document d’urbanisme de réserver certains emplacements, notamment, à des voies et ouvrages publics, le propriétaire concerné bénéficiant d’un droit de délaissement lui permettant d’exiger de la collectivité publique au bénéfice de laquelle le terrain a été réservé qu’elle procède à son acquisition, faute de quoi les limitations au droit à construire et la réserve ne sont plus opposables. Le propriétaire reste libre de l’utilisation de son terrain, sous réserve qu’elle n’ait pas pour effet de rendre ce dernier incompatible avec la destination prévue par la réservation. L’inscription d’une parcelle en emplacement réservé au titre de ces dispositions ne peut, par elle-même, justifier légalement l’opposition à l’édification d’une clôture.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a déposé une déclaration préalable de travaux afin de construire une clôture, composée de murets et de grillages, en limite de parcelle et le long de la voirie du Chemin du Behais. L’arrêté attaqué porte non-opposition à ce projet, sous la seule réserve que la clôture soit installée hors du périmètre de l’emplacement réservé situé sur la parcelle de l’intéressé. Toutefois, il résulte de ce qui précède que le motif tiré de l’existence d’un emplacement réservé n’était pas au nombre de ceux pouvant légalement justifier l’opposition à l’édification d’une clôture, alors même que cette dernière comportait un muret avec des fondations. Dans ces conditions, l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur de droit. Par suite, le moyen soulevé doit être accueilli.
Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n’est, en l’état du dossier, susceptible d’entraîner l’annulation de l’arrêté attaqué.
Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué portant non-opposition à sa déclaration préalable de travaux en tant qu’il impose l’installation de la clôture hors du périmètre de l’emplacement réservé situé sur sa propriété ainsi que la décision du 5 juillet 2024 rejetant son recours gracieux.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d’Azerailles demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d’Azerailles la somme de 1 500 euros que demande M. B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 18 avril 2024 par lequel la maire d’Azerailles ne s’est pas opposée à la déclaration préalable de travaux de M. B... est annulé en tant qu’il impose l’installation de la clôture hors de l’emprise de l’emplacement réservé, ensemble, la décision du 5 juillet 2024 rejetant son recours gracieux.
Article 2 : La commune d’Azerailles versera la somme de 1 500 euros à M. B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune d’Azerailles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la commune d’Azerailles.
Délibéré après l’audience du 30 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Siebert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025.
Le rapporteur,
T. SiebertLe président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.