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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2403059

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2403059

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2403059
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A C du logement qu'elle occupe, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile, au 54 avenue du 8 mai 1945 à Longwy ;

2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques de l'intéressée à défaut pour cette dernière de les avoir emportés.

Elle soutient que :

- le maintien non autorisé de l'intéressée dans son hébergement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien de l'intéressée dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement d'urgence ;

- la demande d'asile de l'intéressée a été définitivement rejetée ;

- elle occupe irrégulièrement les lieux depuis le 12 octobre 2023 ;

- elle s'est maintenue dans son lieu d'hébergement à l'issue du délai qui lui était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont elle a fait l'objet.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2024, Mme A C, représentée par Me Martin, conclut :

1°) au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) à titre principal, au rejet de la requête de la préfète de Meurthe-et-Moselle ;

3°) à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de trois mois lui soit accordé pour libérer l'hébergement qu'elle occupe au centre d'accueil pour les demandeurs d'asile situé 54 avenue du 8 mai 1945 à Longwy pour lui permettre de trouver un autre logement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à son profit de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- son expulsion se heurte à une contestation sérieuse : son maintien dans son lieu d'hébergement est justifié par sa situation familiale ; elle vit seule avec ses trois filles mineures, qui sont scolarisées ; elle présente ainsi une vulnérabilité particulière justifiant son maintien dans l'hébergement qu'elle occupe ;

- subsidiairement, il convient de lui accorder un délai suffisant pour lui permettre de trouver un nouveau logement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 à 11h00 :

- le rapport de M. Coudert, juge des référés,

- les observations de M. B, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Martin, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h28.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions de Mme C tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la préfète de Meurthe-et-Moselle :

3. Le chapitre I du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 de ce code, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021, dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". L'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C, ressortissante géorgienne, entrée en France le 25 octobre 2022, a sollicité la protection internationale et a bénéficié, en cette qualité, d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile gérée par l'AMLI, situé 54 avenue du 8 mai 1945 à Longwy. La demande d'asile de Mme C a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 6 mars 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 septembre 2023. Après que l'intéressée a été informée, le 12 octobre 2023, de la fin de sa prise en charge par le gestionnaire du lieu d'hébergement, la préfète de Meurthe-et-Moselle l'a mise en demeure de quitter les lieux par courrier du 7 décembre 2023 notifié le 15 décembre 2023. L'intéressée s'étant maintenue dans les locaux, la préfète a saisi le juge des référés en vue d'ordonner son expulsion.

6. Dès lors que l'intéressée se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, que la fin de sa prise en charge lui a été régulièrement notifiée, et que la mise en demeure qui lui a été notifiée est demeurée infructueuse, la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Si Mme C fait valoir qu'elle vit seule avec ses trois filles mineures, qui sont scolarisées, et qu'elle présente ainsi une situation de vulnérabilité, ces circonstances ne permettent pas de caractériser une contestation sérieuse de la mesure d'expulsion. Elles ne constituent pas davantage des circonstances exceptionnelles de nature à justifier son maintien dans un hébergement pour demandeurs d'asile.

7. En deuxième lieu, la préfète de Meurthe-et-Moselle fait valoir que les arrivées de demandeurs d'asile sont en constante augmentation au niveau local comme au niveau national. En particulier, elle indique que dans le département de Meurthe-et-Moselle, 1 995 places sont dédiées à l'accueil des demandeurs d'asile et que le parc départemental présente actuellement un taux d'occupation de 97,3 %, les rares places inoccupées ayant vocation à être accordées aux nouveaux entrants ou étant inutilisables en raison de travaux de maintenance. Enfin, la préfète précise que 15,5 % de ces places sont indûment occupées par des personnes ne relevant plus de la catégorie des demandeurs d'asile, ce qui place le département de Meurthe-et-Moselle à un taux d'indu plus élevé que la moyenne régionale ou nationale, qui est de l'ordre de 10 %. Dans ces conditions, la demande de la préfète de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.

8. En troisième lieu, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi qu'il a été dit, que Mme C vit seule avec ses trois filles mineures, qui sont scolarisées, et qu'elle présente ainsi une situation de vulnérabilité particulière. Ces circonstances sont de nature à justifier qu'un délai supplémentaire lui soit laissé afin de trouver un nouvel hébergement. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme C de libérer dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'elle occupe dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé 54 avenue du 8 mai 1945 à Longwy. En absence de départ volontaire de Mme C dans ce délai, la préfète de Meurthe-et-Moselle pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'intéressée, à défaut pour elle d'avoir emporté ses effets personnels.

9. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à Mme C de quitter dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'elle occupe au centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par l'AMLI situé 54 avenue du 8 mai 1945 à Longwy.

Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme C, la préfète de Meurthe-et-Moselle pourra, à l'issue du délai fixé à l'article 2, procéder à l'expulsion de Mme C et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 4 : Les conclusions présentées par Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme A C et à Me Martin.

Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au procureur de la République près le tribunal judicaire de Briey et à l'AMLI.

Fait à Nancy, le 13 novembre 2024.

Le juge des référés,

B. Coudert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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