mercredi 13 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2403063 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E A et de Mme C épouse A du logement qu'ils occupent, dans le cadre du dispositif d'hébergement pour les demandeurs d'asile, au CADA " Les Oseraies " au 118 avenue du 69ème R. I. à Essey-lès-Nancy ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du lieu d'hébergement pour procéder à l'enlèvement des biens meubles s'y trouvant aux frais et risques des intéressés à défaut pour ces derniers de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- le maintien non autorisé des intéressés dans leur hébergement fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée sont remplies dès lors que le maintien des intéressés dans les lieux compromet le fonctionnement normal de l'organisme chargé de l'hébergement d'urgence ;
- les demandes d'asile des intéressés ont été définitivement rejetées ;
- ils occupent irrégulièrement les lieux depuis le 30 novembre 2022 ;
- ils se sont maintenus dans le lieu d'hébergement à l'issue du délai qui leur était accordé, malgré la mise en demeure de quitter les lieux dont ils ont fait l'objet.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 novembre 2024, M. E A et Mme C épouse A, représentés par Me Martin, concluent :
1°) au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, au rejet de la requête de la préfète de Meurthe-et-Moselle ;
3°) à titre subsidiaire, à ce qu'un délai de six mois leur soit accordé pour libérer l'hébergement qu'ils occupent au centre d'accueil pour les demandeurs d'asile situé 118 avenue du 69ème R. I. à Essey-lès-Nancy pour leur permettre de trouver un autre logement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement à leur profit de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- leur expulsion se heurte à une contestation sérieuse : leur maintien dans le lieu d'hébergement est justifié par l'état de santé de Mme A, qui doit pouvoir bénéficier d'un logement à proximité du centre de dialyse ; elle présente ainsi une vulnérabilité particulière justifiant le maintien du couple dans l'hébergement qu'il occupe ;
- subsidiairement, il convient de leur accorder un délai suffisant pour leur permettre de trouver un nouveau logement près du centre de dialyse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer en matière de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2024 à 11h00 :
- le rapport de M. Coudert, juge des référés,
- les observations de M. B, représentant la préfète de Meurthe-et-Moselle, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- et les observations de Me Martin, représentant M. et Mme A, qui concluent aux mêmes fins que leur mémoire en défense par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h19.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions de M. et Mme A tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la préfète de Meurthe-et-Moselle :
3. Le chapitre I du titre V du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile détermine l'ensemble des dispositions applicables à l'hébergement des demandeurs d'asile pris en charge par l'Etat. L'article L. 551-11 de ce code, dans sa version applicable à compter du 1er mai 2021, dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. () ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin, en l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, à la notification de cette décision, ou, lorsqu'un recours a été formé dans ce délai contre la décision de l'Office, à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de notification de celle-ci. Enfin, en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ". L'article L. 521-3 du code de justice administrative dispose que : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par un préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement d'un demandeur d'asile dont le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. et Mme A, ressortissants arméniens, entrés en France le 16 juillet 2019, ont sollicité la protection internationale et ont bénéficié, en cette qualité, d'un hébergement dans une structure d'accueil de demandeurs d'asile situé au CADA Adoma, 118 avenue du 69ème R.I. à Essey-lès-Nancy. Les demandes d'asile de M. et Mme A ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 novembre 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 octobre 2022. Après que les intéressés ont été informés, le 21 novembre 2022, de la fin de leur prise en charge par le gestionnaire du lieu d'hébergement, la préfète de Meurthe-et-Moselle les a mis en demeure de quitter les lieux par courrier du 21 novembre 2022. M. et Mme A s'étant maintenus dans les locaux, la préfète a saisi le juge des référés en vue d'ordonner leur expulsion.
6. Dès lors que les intéressés se maintiennent dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées, que la fin de leur prise en charge leur a été régulièrement notifiée, et que la mise en demeure qui leur a été notifiée est demeurée infructueuse, la mesure d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Si les requérants font valoir que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale et qu'elle doit pouvoir en conséquence bénéficier d'un logement situé à proximité de son centre de dialyse, ces circonstances ne permettent pas de caractériser une contestation sérieuse de la mesure d'expulsion. Elles ne constituent pas davantage des circonstances exceptionnelles de nature à justifier le maintien des époux A dans un hébergement pour demandeurs d'asile.
7. En deuxième lieu, la préfète de Meurthe-et-Moselle fait valoir que les arrivées de demandeurs d'asile sont en constante augmentation au niveau local comme au niveau national. En particulier, elle indique que dans le département de Meurthe-et-Moselle, 1 995 places sont dédiées à l'accueil des demandeurs d'asile et que le parc départemental présente actuellement un taux d'occupation de 97,3%, les rares places inoccupées ayant vocation à être accordées aux nouveaux entrants ou étant inutilisables en raison de travaux de maintenance. Enfin, la préfète précise que 15,5 % de ces places sont indûment occupées par des personnes ne relevant plus de la catégorie des demandeurs d'asile, ce qui place le département de Meurthe-et-Moselle à un taux d'indu plus élevé que la moyenne régionale ou nationale, qui est de l'ordre de 10 %. Dans ces conditions, la demande de la préfète de Meurthe-et-Moselle présente un caractère d'urgence et d'utilité, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et en raison de la nécessité d'assurer un bon fonctionnement du service public destiné à leur accueil.
8. En troisième lieu, il résulte toutefois de l'instruction, ainsi qu'il a été dit, que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale et qu'elle est hémodialysée quatre fois par semaine à la polyclinique de Gentilly. Les époux A présentent ainsi une situation de vulnérabilité particulière. Ces circonstances sont de nature à justifier qu'un délai supplémentaire leur soit laissé afin de trouver un nouvel hébergement. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. et Mme A de libérer dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'ils occupent dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé 118 avenue du 69ème R.I. à Essey-lès-Nancy. En absence de départ volontaire de M. et Mme A dans ce délai, la préfète de Meurthe-et-Moselle pourra avoir recours au concours de la force publique et donner toute instructions utiles au gestionnaire afin d'évacuer les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés, à défaut pour eux d'avoir emporté leurs effets personnels.
9. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. et Mme A sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. et Mme A de quitter dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'hébergement qu'ils occupent au centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé au CADA Adoma, 118 avenue du 69ème R.I. à Essey-lès-Nancy.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de M. et Mme A, la préfète de Meurthe-et-Moselle pourra, à l'issue du délai fixé à l'article 2, procéder à l'expulsion de M. et Mme A et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. E A, à Mme C épouse A et à Me Martin.
Copie de la présente ordonnance sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au procureur de la République près le tribunal judicaire de Nancy et à Adoma.
Fait à Nancy, le 13 novembre 2024.
Le juge des référés,
B. Coudert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026