mardi 9 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2502731 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 août 2025 à 15 heures 23, M. B D, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 juillet 2025 par lequel le préfet de la région Grand-est, préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juillet 2025 par lequel le préfet de la région Grand-est, préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois, avec l'obligation de se présenter tous les mercredis, hors jours fériés, entre 14 heures et 15 heures à l'hôtel de police de Nancy ;
4°) d'enjoindre au préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin ou à tout préfet territorialement compétent de lui permettre de déposer une demande d'asile en France en procédure normale et d'obtenir la délivrance, dans un délai de trois jours, d'une attestation de demande d'asile en procédure normale ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Le requérant soutient que :
En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités croates :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, du droit de la défense et de la bonne administration ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatives à l'obligation d'information du demandeur d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatives à l'entretien individuel ;
- elle méconnaît l'article 20 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 concernant les membres de familles demandeurs ou bénéficiaires d'une protection internationale ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3-2 et 17 du règlement du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des articles 4 et 18 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 33 de la convention de Genève ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
-l'arrêté sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant transfert aux autorités croates ;
- cet arrêté est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît son droit d'être entendu tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2025, le préfet de la région Grand-est, préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n°60/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Marini, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marini ;
- les observations de Me Jeannot, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et rappelle que M. D a quitté la Turquie parce qu'il est kurde. En octobre 2024, il a été arrêté la nuit en Croatie et privé de liberté pendant quelques heures. Il a subi des mauvais traitements, frappé aux jambes. Ces mauvais traitements sont corroborés par des rapports d'organisations internationales. Il ne souhaitait pas déposer une demande d'asile en Croatie et a signé une feuille sans avocat, sans interprète, sans savoir ce qu'il signait et ce alors qu'il a toujours souhaité venir en France où se trouve sa famille. Il a quitté la Croatie, est reparti en Turquie avant de revenir en France ;
- et les observations de M. D, assisté d'un interprète en langue turque, qui indique qu'il a quitté la Croatie pour la Bosnie puis la Turquie où il a vécu clandestinement et a cherché un moyen de revenir en France. Il est entré en France le 13 mai 2025. Il souhaite rester en France pour être avec sa famille. Il a été très mal accueilli en Croatie et ne veut plus y retourner.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant turc serait entré irrégulièrement sur le territoire français le 13 mai 2025, selon ses déclarations à l'audience, pour y solliciter l'asile. La consultation du fichier EURODAC a révélé qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités croates. Les autorités croates ont été saisies le 19 mai 2025 d'une demande de reprise en charge. Elles ont fait connaître leur accord le 29 mai 2025. Par un arrêté du 10 juillet 2025, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin a ordonné son transfert vers la Croatie. Par un arrêté du 25 juillet 2025, dont le requérant demande également l'annulation, le préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois, avec l'obligation de se présenter tous les mercredis, hors jours fériés, entre 14 heures et 15 heures à l'hôtel de police de Nancy.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
4. M. E C, chef du pôle régional Dublin, a reçu délégation à l'effet de signer les décisions contestées, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, par des arrêtés du 19 juin 2025 et du 25 juillet 2025 du préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin, régulièrement publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités croates :
5. En premier lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre Etat membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
6. En l'espèce, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et précise que M. D est entré irrégulièrement en France et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire, qu'il a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture du Bas-Rhin le 16 mai 2025 et que la consultation du fichier EURODAC a fait apparaitre qu'il avait déjà sollicité l'asile auprès des autorités croates, lesquelles ont été saisies d'une demande de reprise en charge conformément à l'article 18 de ce règlement. L'arrêté attaqué mentionne également que les autorités croates ont donné leur accord exprès à la reprise en charge le 29 mai 2025. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
8. En troisième lieu, en vertu de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, dès le début de la procédure, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de cet article 4. Eu égard à leur nature, la délivrance de ces informations constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
9. Il ressort des pièces des dossiers que M. D s'est vu remettre par les services de la préfecture du Bas-Rhin, le 16 mai 2025, la brochure A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", rédigées dans une langue que le requérant comprend, conformément à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 de ce règlement doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. "
11. D'une part, les agents des services de la préfecture du Bas-Rhin, et en particulier les agents recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile mis en place dans cette préfecture, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement n° 604/2013, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article. Il ressort des pièces des dossiers que M. D a bénéficié d'un entretien, le 16 mai 2025, mené par un agent qualifié de la préfecture du Bas-Rhin à l'aide d'un interprète. Le requérant qui a signé le compte-rendu de son entretien et a certifié de l'exactitude des renseignements qu'il a porté à la connaissance des services de la préfecture, n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause la mention " entretien conduit par un agent qualifié de la préfecture du Bas-Rhin " qui fait foi jusqu'à preuve du contraire.
12. D'autre part, l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013 n'impose pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent qui l'a mené. En outre, ce résumé, qui peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type selon le point 6 de l'article 5 de ce règlement, ne saurait être regardé comme une correspondance au sens de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, la circonstance que le résumé des entretiens ne mentionne pas le nom et la qualité de l'agent qualifié est sans incidence sur la régularité de la procédure suivie.
13. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il résulte, toutefois, également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
15. Ainsi qu'il a été dit au point 11, M. D a bénéficié le 16 mai 2025 d'un entretien individuel au sein de la préfecture du Bas-Rhin avant l'édiction de la décision attaquée, au cours duquel il a pu faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de leur droit d'être entendu, tel que protégé par le principe général du droit de l'Union européenne découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article 20 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 5. L'État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre État membre sans titre de séjour ou qui y introduit une demande de protection internationale après avoir retiré sa première demande présentée dans un autre État membre pendant le processus de détermination de l'État membre responsable. / Cette obligation cesse lorsque l'État membre auquel il est demandé d'achever le processus de détermination de l'État membre responsable peut établir que le demandeur a quitté entre-temps le territoire des États membres pendant une période d'au moins trois mois ou a obtenu un titre de séjour d'un autre État membre. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au deuxième alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable ".
17. M. D n'établit pas avoir quitté le territoire des Etats membres pendant une période d'au moins trois mois depuis l'enregistrement de ses empreintes en Croatie le 13 octobre 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 20 du règlement (UE) n° 604/2013 précité doit être écarté.
18. En septième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. " Aux termes de l'article 10 de ce règlement : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. " Aux termes de l'article 11 de ce même règlement : " Lorsque plusieurs membres d'une famille et/ou des frères ou sœurs mineurs non mariés introduisent une demande de protection internationale dans un même État membre simultanément, ou à des dates suffisamment rapprochées pour que les procédures de détermination de l'État membre responsable puissent être conduites conjointement, et que l'application des critères énoncés dans le présent règlement conduirait à les séparer, la détermination de l'État membre responsable se fonde sur les dispositions suivantes : / a) est responsable de l'examen des demandes de protection internationale de l'ensemble des membres de la famille et/ou des frères et sœurs mineurs non mariés, l'État membre que les critères désignent comme responsable de la prise en charge du plus grand nombre d'entre eux ; / b) à défaut, est responsable l'État membre que les critères désignent comme responsable de l'examen de la demande du plus âgé d'entre eux ".
19. D'autre part, aux termes de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () / g) " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers, / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national, / - lorsque le demandeur est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du demandeur de par le droit ou la pratique de l'État membre dans lequel cet adulte se trouve, / - lorsque le bénéficiaire d'une protection internationale est mineur et non marié, le père, la mère ou un autre adulte qui est responsable du bénéficiaire de par le droit ou la pratique de l'État membre dans lequel le bénéficiaire se trouve ; / () ".
20. Si le requérant soutient que la France aurait dû examiner sa demande d'asile dès lors que son frère est présent sur le territoire français et bénéficie du statut de réfugié, une nièce et un neveu sont également présents, il ne peut utilement se prévaloir des articles 9 à 11 du règlement (UE) n° 604/2013 précités au point 18 dès lors qu'à supposer même établie cette circonstance, ces personnes ne peuvent être regardées comme des membres de la famille au sens du paragraphe g) de l'article 2 du même règlement précité au point 19, au nombre desquels ne figurent par les frères d'un demandeur d'asile majeur ainsi que les nièces et neveux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 9 à 11 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
21. En huitième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. / () " Aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. "
22. La Croatie, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont l'article 3 prévoit : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces trois conventions internationales. Cependant, cette présomption peut être renversée s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques de la procédure d'asile et dans les conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain et dégradant. Il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises, sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité par les autorités de ce pays répondent à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
23. D'autre part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
24. Si M. D se prévaut de défaillances systémiques dans la procédure d'asile en Croatie, les documents généraux qu'il produit ne permettent pas d'établir qu'il y aurait des raisons sérieuses de croire que les défaillances en Croatie seraient systémiques ou de tenir pour établie la circonstance que la demande d'asile de M. D serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Si le requérant se prévaut par ailleurs de son état de vulnérabilité, il ne ressort pas des pièces du dossier que son transfert en Croatie l'exposerait à un risque personnel de traitement inhumain ou dégradant. En outre, le requérant ne produit pas d'éléments permettant de démontrer la réalité de ses allégations relatives aux mauvais traitements subis lors de son séjour en Croatie. La circonstance que son frère réside en France est insuffisante pour établir que la demande d'asile du requérant devrait nécessairement être examinée en France.
25. Par suite, et en l'absence de tout autre élément de vulnérabilité apporté par le requérant, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des articles 3-2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, des articles 4 et 18 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 33 de la convention de Genève doivent être écartés.
26. En neuvième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
27. Si le requérant se prévaut de la présence en France de son frère, de sa nièce et d'un neveu, il n'apporte aucun élément suffisant de nature à établir la réalité des liens qu'il entretiendrait avec eux. Faute de justifier d'attaches familiales anciennes, intenses et stables sur le territoire, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté de transfert aux autorités croates en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
28. En dernier lieu, il ressort des pièces des dossiers et, en particulier de la motivation de la décision de transfert attaquée qui indique que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation de M. D ne relève pas des dérogations prévues par les articles 3-2 ou 17 du règlement (UE) n° 604/2013 que la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, ne s'est pas crue en situation de compétence liée pour transférer les requérants aux autorités croates.
En ce qui concerne les moyens propres aux arrêtés portant assignation à résidence :
29. En premier lieu, M. D n'établit pas l'illégalité de la décision portant transfert aux autorités croates. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités croates.
30. En second lieu, M. D n'établit pas avoir vainement sollicité un entretien avec les services de la préfecture ni avoir été empêché de faire spontanément valoir ses observations. Au demeurant, le requérant ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision d'assignation à résidence. Par suite, le moyen de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquences les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Jeannot et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Grand-Est, préfet du Bas-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2025.
La magistrate désignée,
C. Marini
La greffière
O. Tsimbo-Nussbaum
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2502731
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026