Le Tribunal Administratif de Nancy, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de la décision du 8 juillet 2025 par laquelle la présidente de l’université de Lorraine a refusé l’admission de Mme D... en première année de master « droit civil ». La requérante invoquait notamment une erreur de droit, la présidente s’étant crue en situation de compétence liée, et contestait la régularité de la procédure de sélection. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la condition d’urgence n’était pas établie et qu’aucun moyen sérieux n’était de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2025 et un mémoire en réplique enregistré le 18 septembre 2025, Mme A... D..., représentée par Me Verdier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l’exécution de la décision du 8 juillet 2025 par laquelle la présidente de l’université de Lorraine a refusé de l’admettre en première année de master mention « droit civil » ;
3°) d’enjoindre à l’université de Lorraine de procéder à son inscription, à titre provisoire, dans la formation de master sollicitée dans un délai de 8 jours ;
4°) de mettre à la charge de l’université de Lorraine le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros HT en application des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les écritures en défense de l’université de Lorraine ne sont pas recevables et seront écartées des débats ainsi que les pièces qui y sont annexées ;
- la condition d’urgence est remplie dès lors que l'exécution de la décision en litige aurait pour effet de la priver de la possibilité de poursuivre ses études en début d’année universitaire, alors que toutes ses demandes d'admission dans des formations similaires ont été rejetées, faisant ainsi obstacle à la réalisation de son projet professionnel pour devenir avocate ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- les moyens tirés du défaut de base légale de la décision contestée, de l’absence d’homologation de la plateforme Mon Master pour la session 2025 et de l’erreur manifeste d’appréciation sont abandonnés ;
- la décision est entachée d’une erreur de droit dès lors que la présidente de l’université, qui s’est crue en situation de compétence liée, a méconnu l’étendue de sa compétence ;
- l’université doit établir que les candidatures ont été examinées conformément aux modalités fixées par le conseil d’administration de l’établissement et que le jury ad hoc ayant instruit la demande a été régulièrement créé et composé par décision du chef d’établissement ; en l’espèce, aucune information à disposition du public ne permet de vérifier quelle procédure a été mise en place et si elle a été correctement suivie ; si l’université produit un arrêté de nomination, elle ne produit pas la preuve du contrôle effectif de légalité du recteur ; cet arrêté n’est donc pas exécutoire et opposable.
Par des mémoires en défense enregistrés les 15 et 23 septembre 2025, l’université de Lorraine conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est mal fondée en l’absence d’urgence et en l’absence de moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- la requête aux fins d’annulation enregistrée le 3 septembre 2025 sous le n° 2502840 par laquelle Mme D... demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 24 septembre 2025 à 10h30 :
- le rapport de M. Coudert, juge des référés,
- et les observations de Mme E..., représentant l’université de Lorraine, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens,
- Mme D... n’étant ni présente, ni représentée.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 10h38.
Considérant ce qui suit :
Mme D... est titulaire d’une licence de droit. Elle a déposé une candidature, pour une inscription en première année de master par l’intermédiaire de la plateforme « Mon Master ». Par une décision du 8 juillet 2025, la présidente de l’université de Lorraine a rejeté sa candidature en première année de master « droit civil » en raison du niveau insuffisant au regard des prérequis de la formation, du niveau des candidatures examinées et du nombre de places disponibles. Par la présente requête, Mme D... demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cette décision du 8 juillet 2025.
Sur les conclusions aux fins d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président » et aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de Mme D... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir opposée par Mme D... aux écritures en défense de l’université de Lorraine :
Par décision du 9 juillet 2024 la présidente de l’université a donné délégation à Mme B... C..., directrice des affaires juridiques, à l’effet de signer notamment les mémoires en réponse aux requêtes en référé devant la juridiction administrative. Il ressort des mentions de cette décision, publiée sur le site internet de l’université, qu’elle a été affichée à la présidence de l’université à compter du 16 juillet 2024 et transmise au contrôle de légalité du recteur à compter de cette même date. Il résulte de ce qui précède que Mme D... n’est pas fondée à soutenir que les écritures en défense de l’université de Lorraine seraient irrecevables et qu’elles devraient être en conséquence écartées des débats.
Sur les conclusions aux fins de suspensions de la décision en litige :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ».
En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués par Mme D... à l’appui de sa demande de suspension n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle la présidente de l’université de Lorraine a rejeté sa candidature pour une inscription en première année de master « droit civil ».
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative, que les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de la décision 8 juillet 2025 doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
La présente ordonnance, qui rejette les conclusions aux fins de suspension présentées par Mme D..., n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais du litige :
Les dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions présentées par la requérante sur ce fondement.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme D... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D... est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... D..., à l’université de Lorraine et à Me Verdier.
Fait à Nancy, le 25 septembre 2025.
Le juge des référés,
B. Coudert
La République mande et ordonne à la ministre d’Etat, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.