mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-1803795 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SYMCHOWICZ WEISSBERG ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant-dire-droit du 23 juillet 2021, le tribunal administratif de Lille a, avant de statuer sur les conclusions de la SA Auxiliaire de Parcs tendant à la condamnation de la commune de Dunkerque à lui verser la somme de 11 630 979, 60 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 décembre 2017 et de leur capitalisation, ordonné une expertise en vue de déterminer la durée normale des investissements mis à la charge de la SA Auxiliaire de Parcs par les ensembles contractuels initial et global, si ces investissements ont été amortis à la date de la résiliation et, le cas échéant, la valeur résiduelle restant à amortir à cette date, la valeur nette comptable des investissements non amortis inscrite au bilan à la date de prise d'effet de la résiliation, le manque à gagner et le montant de la non-couverture par la SA Auxiliaire de Parcs de ses frais généraux.
Par des mémoires, enregistrés les 23 janvier et 28 mars 2023, non communiqué, la SA Auxiliaire de Parcs, représentée par Me Symchowicz, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Dunkerque à lui verser la somme de 11 630 979, 60 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 décembre 2017 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Dunkerque la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préjudice subi au titre de l'impact volume s'élève à la somme de 649 000 euros, dès lors que les dysfonctionnements et pannes des horodateurs ne sont pas établis et que le paiement sur les horodateurs n'a pas été obéré ;
- le préjudice subi lié à l'insuffisance du nombre d'agents affectés par la commune à la surveillance du stationnement payant sur voirie est évalué à la somme de 100 844 euros hors taxes, alors que la question du nombre d'agents verbalisateurs chargés d'atteindre le taux de respect fixé contractuellement dépend uniquement de la commune et que l'indisponibilité des horodateurs n'est pas établie ;
- en ce qui concerne le manque à gagner pour la période 2017-2034, les données issues du compte d'exploitation prévisionnel annexé à l'avenant de 2012 au traité commun doivent être prises en considération et non les données réelles, dès lors que les avenants de 2012 constituent la référence contractuelle la plus récente entre les parties afin d'établir les nouvelles données du service public du stationnement et que les décisions prises par la commune ont dégradé les conditions d'exploitation du service de 2012 à 2016 ;
- l'expert a respecté les termes de sa mission ;
- la durée contractuelle convenue entre les parties ne peut être comparée avec d'autres contrats de gestion déléguée du stationnement, dès lors que cette comparaison n'est pas exhaustive et que les contrats comparés ne sont pas identiques ;
- la valeur nette comptable des investissements inclut la régularisation de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 38 395, 87 euros validé par l'expert ;
- l'évaluation du manque à gagner sur la période 2012-2016 inclut l'indemnisation du manque à gagner résultant de modifications contractuelles opérées par la commune ;
- le manque à gagner sur la période 2017-2034 peut être indemnisé, dès lors que l'exploitation déficitaire résulte d'une perte de chiffre d'affaires consécutive aux modifications contractuelles décidées par la commune.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2022 et 22 février 2023, la commune de Dunkerque, représentée par Me Nguyen, conclut au rejet de la requête, à ce que la SA Auxiliaire de Parcs soit condamnée à lui reverser la somme de 25 676, 44 euros en l'absence de justification du paiement effectif de cette somme au trésor public et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SA Auxiliaire de Parcs au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'expert n'a pas apprécié le sérieux des hypothèses financières des comptes prévisionnels établis par la SA Auxiliaire de Parcs ;
- la durée d'amortissement des investissements mis à la charge de la société est manifestement excessive, dès lors que le taux de rentabilité interne (TRI) est le double de celui pour un contrat similaire et que la durée de l'ensemble contractuel initial est manifestement excessive ;
- l'expert ne s'est pas prononcé sur la régularité de la méthode de calcul concernant les investissements non amortis ;
- l'expert n'avait pas à apprécier le manque à gagner sur la période 2012-2016 ;
- aucun manque à gagner ne peut être allégué sur la période 2017-2034.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer partiel, dès lors que la commune de Dunkerque a effectué, en cours d'instance, un paiement d'un montant de 1 410 175, 36 euros à la SA Auxiliaire de Parcs.
Des observations, enregistrées le 30 novembre 2023, ont été produites pour la commune de Dunkerque.
Elle soutient qu'elle s'est bien acquittée de la somme de 1 410 175, 36 euros.
Des observations, enregistrées le 3 décembre 2023, ont été produites pour la SA Auxiliaire de Parcs.
Elle soutient qu'il n'y a pas de non-lieu à statuer partiel.
Vu :
- l'ordonnance du 13 août 2021 par laquelle la magistrate désignée a désigné M. A en qualité d'expert ;
- le rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal le 2 novembre 2022 ;
- l'ordonnance du 31 mai 2023 taxant les frais de l'expertise à la somme de 36 480 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemée,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- les observations de Me Scanvic, substituant Me Symchowicz, représentant la SA Auxiliaire de Parcs et celles de Me Nguyen représentant la commune de Dunkerque.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Dunkerque, a été enregistrée le 20 décembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Auxiliaire de Parcs et la commune de Dunkerque (Nord) ont conclu le 23 juin 1993 un contrat de concession portant sur l'exploitation du parc de stationnement situé place Jean Bart à Dunkerque, un contrat de gestion déléguée portant sur l'exploitation du stationnement payant sur voirie ainsi qu'un traité commun organisant les modalités communes de ces conventions. S'y sont notamment ajoutés, le 11 juillet 1994, l'exploitation du parc de stationnement situé cours François Bart à Dunkerque et, le 24 juillet 2012, l'aménagement et l'exploitation de parkings en enclos sur la voirie. Les contrats initiaux ont été conclus pour une durée de quarante ans courant à compter du 1er juin 1995, date de mise en service du parc de stationnement situé place Jean Bart.
2. Par une délibération du 19 novembre 2015, la commune de Dunkerque a décidé de résilier unilatéralement l'ensemble contractuel précité en fixant la date d'effet de cette mesure au 31 décembre 2016. Par un courrier du 4 décembre 2017, la SA Auxiliaire de Parcs a demandé à la commune de Dunkerque le versement d'une indemnité évaluée à la somme de 15 424 005, 48 euros au titre, d'une part, du préjudice résultant pour elle des mesures de modifications unilatérales décidées par la commune au cours de l'exécution du contrat de gestion déléguée, et d'autre part, des conséquences de la mesure de résiliation unilatérale précitée. Cette demande ayant été rejetée par un courrier du 19 février 2018, par la présente requête, la SA Auxiliaire de Parcs demande au tribunal de condamner la commune de Dunkerque au versement d'une somme totale de 11 630 979, 60 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.
3. Par un jugement du 23 juillet 2021, le tribunal administratif de Lille a ordonné, avant de se prononcer sur la requête de la SA Auxiliaire de Parcs, qu'il soit procédé, par un expert désigné par le président du tribunal, à une expertise en vue de déterminer la durée normale des investissements mis à la charge de la SA Auxiliaire de Parcs par les ensembles contractuels initial et global, si ces investissements ont été amortis à la date de la résiliation et, le cas échéant, la valeur résiduelle restant à amortir à cette date, la valeur nette comptable des investissements non amortis inscrite au bilan à la date de prise d'effet de la résiliation, le manque à gagner et le montant de la non-couverture par la SA Auxiliaire de Parcs de ses frais généraux. L'expert a déposé son rapport le 2 novembre 2022.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les modifications unilatérales :
4. En vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, la personne publique contractante peut unilatéralement apporter des modifications à un tel contrat dans l'intérêt général, son cocontractant étant tenu de respecter les obligations qui lui incombent en vertu du contrat ainsi modifié tout en ayant droit au maintien de l'équilibre financier du contrat.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des articles 24 et 25 du contrat de gestion déléguée du stationnement payant sur voirie tels que modifiés par l'article 5 de l'avenant n° 10 du 24 juillet 2012, que les conditions tarifaires sont fixées par délibération du conseil municipal et que l'évolution des tarifs est définie annuellement par la commune de Dunkerque après concertation avec la SA Auxiliaire de Parcs. Si la commune de Dunkerque a fait application de ces stipulations pour décider de la diminution des tarifs minimums de perception applicables au stationnement payant sur voirie, il ne résulte toutefois d'aucune stipulation contractuelle que la société requérante doive supporter la charge de ces modifications décidées unilatéralement par la commune.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la zone de stationnement payant sur voirie par horodateurs a été étendue en zones orange et verte de manière unilatérale par la commune par la délibération du 28 juin 2012 annexée à l'avenant n° 10 du 24 juillet 2012. Aucune stipulation contractuelle ne prévoit que la SA Auxiliaire de Parcs doive supporter le coût d'une telle mesure.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que l'article 16 du contrat de gestion déléguée du stationnement payant sur voirie tel que modifié par l'article 3 de l'avenant n° 10 du 24 juillet 2012 a prévu un taux de respect moyen, c'est-à-dire le rapport entre le nombre de véhicules en stationnement payant en situation régulière, qui ont soit acquitté leur droit de péage, soit été verbalisés, et le nombre total de véhicules en stationnement sur ces mêmes places. Si la SA Auxiliaire de Parcs reproche à la commune de Dunkerque de ne pas avoir respecté ce taux, en l'absence de contrôles suffisants par la commune, toutefois, cette circonstance n'est pas établie.
8. En quatrième et dernier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des avenants n° 11 et 13 au contrat de gestion déléguée du stationnement payant sur voirie en date du 23 juin 1993, que l'allongement de la plage horaire gratuite médiane à l'heure du déjeuner résulte non d'une modification unilatérale à l'initiative de la commune de Dunkerque, mais d'un accord entre les parties. Alors que l'article 3 de l'avenant n° 13 prévoit l'organisation d'une réunion de revoyure destinée à tirer les conséquences financières de ces nouvelles dispositions, il n'est toutefois pas établi qu'une telle réunion ait eu lieu afin de maintenir l'équilibre économique du contrat.
9. Il résulte de ce qui précède que la SA Auxiliaire de Parcs est seulement fondée à demander l'indemnisation de son préjudice subi en raison de la diminution des tarifs minimums de perception, de l'extension de la zone de stationnement payant et de l'allongement de la plage horaire gratuite médiane à l'heure du déjeuner.
En ce qui concerne la résiliation :
10. Aux termes de l'article 40 de la loi du 29 janvier 1993 relative à la prévention de la corruption et à la transparence de la vie économique et des procédures publiques, codifié à l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales, alors en vigueur : " Les conventions de délégation de service public doivent être limitées dans leur durée. Celle-ci est déterminée par la collectivité en fonction des prestations demandées au délégataire. Lorsque les installations sont à la charge du délégataire, la convention de délégation tient compte, pour la détermination de sa durée, de la nature et du montant de l'investissement à réaliser et ne peut dans ce cas dépasser la durée normale d'amortissement des installations mises en œuvre. () ". Il résulte de ces dispositions que la durée normale d'amortissement des installations susceptible d'être retenue par une collectivité délégante peut être la durée normalement attendue pour que le délégataire puisse couvrir ses charges d'exploitation et d'investissement, compte tenu des contraintes d'exploitation liées à la nature du service et des exigences du délégant, ainsi que de la prévision des tarifs payés par les usagers, que cette durée coïncide ou non avec la durée de l'amortissement comptable des investissements.
11. Par ailleurs, eu égard à l'impératif d'ordre public imposant de garantir, par une remise en concurrence périodique, la liberté d'accès des opérateurs économiques aux contrats de délégation de service public et la transparence des procédures de passation, la nécessité de mettre fin à une convention de délégation de service public dépassant la durée prévue par la loi constitue un motif d'intérêt général justifiant sa résiliation unilatérale par la personne publique, sans qu'il soit besoin qu'elle saisisse au préalable le juge.
12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'expert a estimé, après avoir retenu un taux de rentabilité interne (TRI) projet de référence dans une fourchette comprise entre 8 et 11% pour une délégation de service public de ce type, que le TRI projet de ce contrat est de 9,2% aussi bien pour l'ensemble contractuel de 1993 que pour celui de 1994 et que la durée contractuelle, 41,5 ans pour le contrat débutant le 1er juillet 1993 et 40 ans pour celui débutant le 1er janvier 1995, n'apparaît donc pas incohérente bien qu'elle se situe en haut de la fourchette des durées des références contractuelles mentionnées par la société requérante elle-même.
13. Si la commune de Dunkerque fait valoir que l'expert n'a pas apprécié le sérieux des hypothèses financières des comptes prévisionnels établis par la SA Auxiliaire de Parcs, toutefois, la mission de l'expert telle que définie par le jugement avant-dire-droit du tribunal n'imposait pas à l'expert une telle appréciation, alors qu'il s'est fondé, pour déterminer la durée normale d'amortissement des investissements mis à la charge de la société requérante, sur les rapports des cabinets Eight Advisory et KPMG produits respectivement par la SA Auxiliaire de Parcs et par la commune de Dunkerque. La commune défenderesse ne peut pas davantage contester la durée d'amortissement des investissements retenue par l'expert, alors que ce dernier indique dans son rapport que le TRI projet de référence n'est pas contesté dans sa construction et que le TRI projet se situe dans la fourchette des TRI calculés et que, même si la durée contractuelle se situe en haut de la fourchette des durées des références contractuelles mentionnées par la SA Auxiliaire de Parcs, elle n'apparaît toutefois pas incohérente. A ce titre, l'expert mentionne dans son rapport que la commune de Dunkerque a elle-même considéré que les données de comparaison avec d'autres contrats de concession en termes de durée étaient de peu d'intérêt, eu égard aux critères de comparabilité difficiles à mesurer.
14. Ainsi, le motif tiré de la durée excessive de l'ensemble contractuel n'est pas de nature à justifier la mesure de résiliation. Par suite, la société requérante est fondée à demander la réparation des préjudices subis du fait de cette résiliation.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant de la valeur non amortie des biens :
15. Lorsque la personne publique résilie la convention avant son terme normal, le délégataire est fondé à demander l'indemnisation de la valeur non amortie des dépenses d'investissement qu'il a consenties.
16. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'expert a estimé la valeur nette comptable des investissements réalisés par la SA Auxiliaire de Parcs non amortis à la date de prise d'effet de la mesure de résiliation à la somme de 2 075 000 euros. Si la commune de Dunkerque fait valoir que l'expert n'aurait pas dû prendre en compte les horodateurs installés initialement puis remplacés en 2009, toutefois, le rapport d'expertise indique que la société requérante elle-même n'en a plus tenu compte dans son calcul de la valeur nette comptable.
17. Par ailleurs, l'indemnité versée au titre du préjudice subi à raison du retour anticipé des biens à titre gratuit dans le patrimoine de la collectivité publique alors qu'ils n'ont pas été totalement amortis n'a pas le caractère d'une opération économique assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), de sorte que la société requérante n'a pas à s'acquitter de la TVA auprès de l'administration fiscale au titre de cette indemnité. Dès lors, la TVA réclamée par la SA Auxiliaire de Parcs n'a pas à être incluse dans l'assiette du préjudice subi par cette société. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, il sera ainsi fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 664 824, 64 euros, en prenant en compte le paiement intervenu en cours d'instance de la somme de 1 410 175, 36 euros effectué par la commune de Dunkerque au titre de l'indemnité sur la valeur nette comptable des investissements.
S'agissant du manque à gagner lié aux modifications unilatérales :
18. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " () Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ".
19. Il résulte de l'instruction que, pour le manque à gagner pour l'année 2012, le délai de prescription de quatre ans prévu par les dispositions précitées a commencé à courir au plus tard à compter du 1er janvier 2013, dès lors que la SA Auxiliaire de Parcs pouvait déterminer son préjudice dès la clôture de chaque exercice. Ainsi, à la date du courrier du 4 décembre 2017 de la société requérante demandant l'indemnisation de son préjudice, le délai de quatre ans était expiré. Par suite, la SA Auxiliaire de Parcs n'est pas fondée à demander l'indemnisation de son manque à gagner pour l'année 2012.
20. En revanche, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la SA Auxiliaire de Parcs a subi des préjudices en raison de la diminution des tarifs minimums de perception à hauteur de 723 000 euros entre 2013 et 2016 et en raison de l'extension de la zone de stationnement payant et de l'allongement de la plage horaire gratuite médiane à l'heure du déjeuner pour les mêmes années à hauteur de 481 000 euros. Si l'expert n'avait pas à se prononcer sur ce poste de préjudice, conformément à sa mission définie par le jugement avant-dire-droit du tribunal du 23 juillet 2021, toutefois, ces éléments ne sont pas infirmés par d'autres éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction. Il résulte également du rapport d'expertise que la SA Auxiliaire de Parcs a réalisé sur cette même période des économies d'un montant de 108 000 euros. Dès lors, il y a lieu de faire une exacte appréciation du préjudice subi par la société requérante au titre du manque à gagner pour les années 2013-2016 en l'évaluant à la somme de 1 096 000 euros.
S'agissant du manque à gagner lié à la résiliation :
21. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la méthode d'évaluation du manque à gagner la plus adaptée et la moins sujette à erreur d'appréciation repose sur l'extrapolation pour le futur du résultat courant avant impôt en prenant comme référence les années précédant la mesure de résiliation. Si les parties contestent que l'expert a retenu comme période de référence les années 2013 à 2016, toutefois, d'une part, cette période, suffisamment longue, est celle qui précède immédiatement la prise d'effet de la mesure de résiliation de l'ensemble contractuel et, d'autre part, les résultats de l'année 2016 ont été retraités des éléments exceptionnels survenus cette année afin de prendre comme base de calcul une période de référence plus adaptée pour évaluer le manque à gagner.
22. Dès lors, en appliquant la méthode de calcul du manque à gagner à partir du résultat courant avant impôt en retenant les années 2013 à 2016 comme années de référence et un taux d'actualisation de 4,9%, il y a lieu de faire une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 1 634 000 euros.
S'agissant de la non-couverture de ses frais généraux :
23. La société SA Auxiliaire de Parcs n'établit pas que sa société mère, la société Indigo Infra, anciennement société Vinci Park, aurait continué à réaliser les prestations de gestion à raison desquelles elle demande à être indemnisée au titre de la non-couverture de frais généraux, ni s'être acquittée du coût de ces prestations auprès de sa société mère, après la résiliation des conventions en discussion. Les conclusions de la société requérante présentées à ce titre ne peuvent donc qu'être rejetées.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Dunkerque doit être condamnée à verser à la SA Auxiliaire de Parcs la somme de 3 394 824, 64 euros.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
25. La SA Auxiliaire de Parcs a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 3 394 824, 64 euros à compter du 3 janvier 2018, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la commune de Dunkerque.
26. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à compter du 3 janvier 2019, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
27. La SA Auxiliaire de Parcs a également droit aux intérêts au taux légal correspondant à la somme de 1 410 175, 36 euros à compter du 3 janvier 2018, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la commune de Dunkerque jusqu'au 22 mars 2021, date du paiement de cette somme par la commune de Dunkerque à la SA Auxiliaire de Parcs. Il y a également lieu de faire droit à la demande de capitalisation de ces intérêts à compter du 3 janvier 2019, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date jusqu'au 22 mars 2021.
Sur les conclusions reconventionnelles de la commune de Dunkerque :
28. La commune de Dunkerque demande à ce que la SA Auxiliaire de Parcs soit condamnée à lui reverser la somme de 25 676, 44 euros en l'absence de justification du paiement effectif de cette somme au trésor public au titre de la TVA. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du relevé de compte du mois de décembre 2017 produit par la société requérante, que cette somme a déjà été versée au trésor public concomitamment avec la somme de 12 719, 43 euros. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Dunkerque ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les dépens :
29. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
30. Les frais d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 36 480 euros par ordonnance du magistrat désigné de ce tribunal du 31 mai 2023. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de les mettre à la charge définitive de la commune de Dunkerque au titre des dépens de l'instance.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SA Auxiliaire de Parcs, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Dunkerque au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Dunkerque une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la SA Auxiliaire de Parcs et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Dunkerque est condamnée à verser à la SA Auxiliaire de Parcs la somme de 3 394 824, 64 euros avec intérêt au taux légal à compter du 3 janvier 2018. Les intérêts échus à la date du 3 janvier 2019 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Dunkerque est condamnée à verser à la SA Auxiliaire de Parcs les intérêts au taux légal à compter du 3 janvier 2018 sur la somme de 1 410 175, 36 euros jusqu'au 22 mars 2021. Les intérêts échus à la date du 3 janvier 2019 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts jusqu'au 22 mars 2021.
Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 36 480 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Dunkerque.
Article 4 : La commune de Dunkerque versera à la SA Auxiliaire de Parcs la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SA Auxiliaire de Parcs et à la commune de Dunkerque, et à M. A, expert.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. LEMÉE
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026